À peine installé à la présidence du Leem, Jean-François Brochard tire la sonnette d’alarme. Si le baromètre annuel d’attractivité réalisé avec le cabinet PwC montre une stabilité des indicateurs de la France en valeur absolue, le pays recule face à la concurrence européenne.
« J’ai une conviction chevillée au corps : le secteur du médicament est une chance pour notre pays, il faut lui donner la place qu’il mérite », souligne Jean-François Brochard, également président de Roche France, le 25 juin dernier, lors d’une conférence de presse.
2e plus gros marché pharmaceutique d’Europe
Comme chaque année, le syndicat des laboratoires pharmaceutiques a livré son baromètre de l’attractivité de la France pour les industries du médicament. Premier constat : la France conserve sa place de 2e plus gros marché pharmaceutique européen, portée par ses dépenses de médicament en ville qui atteignent 38 milliards d’euros, derrière l’Allemagne et devant le Royaume-Uni.
L’attractivité pour la recherche et développement (R&D) demeure également solide grâce à l’excellence scientifique des 200 établissements de santé et des dispositifs fiscaux incitatifs comme le Crédit d’Impôt Recherche (CIR), bien que ce dernier soit « de plus en plus talonné par d’autres pays européens comme la Pologne », indique Anna Cohen, associée chez PwC.
Autre point positif, fait savoir le Leem : les déclarations de ruptures d’approvisionnement sont en baisse de 34 % entre 2024 et 2025, retrouvant leur niveau le plus bas depuis 2017.
Des délais d’accès longs
Les mauvais points maintenant. Selon le baromètre, la France décroche en termes d’essais cliniques. Le pays recule du 2e au 4e rang, dépassé par l’Espagne et l’Allemagne. Sur le plan de la propriété intellectuelle, la France descend à la 5e place mondiale pour le nombre de brevets, doublée cette année par la Chine et la Suisse. Aussi, seulement 10 % des nouvelles AMM octroyées entre 2021 et 2025 disposent d’un site de fabrication sur le territoire français.
Concernant l’accès aux nouveaux médicaments, là encore la France est à la traîne. Dans l’Hexagone, le délai médian pour qu’un médicament intègre le droit commun reste stable, mais long : 520 jours en France, contre 56 en Allemagne.
Toutefois, grâce au dispositif d’accès précoce français, ce délai chute à 72 jours, « avec un taux d’octroi de 78 % pour les innovations majeures (ASMR 1 à 4) », précise Anna Cohen, qui ajoute : « le taux d’accès global des nouveaux médicaments remboursables se maintient à 60 % (contre une moyenne européenne de 45 %) ».
« Ruptures silencieuses »
« Aujourd’hui, 40 % des médicaments approuvés par l’EMA ne sont pas disponibles en France », alerte pour sa part Auriane Cano-Chancel, présidente, AstraZeneca France. « Ce sont des ruptures silencieuses. Des médicaments qui ne sont jamais arrivés sur le marché français », comme des traitements oncologiques ciblant des anomalies rares, par exemple.
Enfin, point régulier de vigilance du Leem depuis des années, les prix des médicaments en France restent parmi les plus bas d’Europe. Ainsi, en 2025, les prix faciaux des médicaments en France, sans prendre en compte les remises, sont de 13 % inférieurs à la moyenne Europe pour les médicaments sans concurrence générique et de 17 % inférieurs pour les molécules avec concurrence générique.
« On commence à voir des signaux qui invitent à l’action urgente », insiste Jean-François Brochard. « Les autorités et l’État doivent nous aider à agir maintenant, il est urgent d’avoir une trajectoire plus lisible », souligne le président du Leem qui, à quelques mois du PLFSS 2027, formule trois propositions d’urgence : garantir un accès rapide et efficace aux innovations, inscrire la recherche clinique dans une dynamique nouvelle et bâtir un cadre économique lisible et soutenable, en exigeant par exemple un moratoire immédiat sur les baisses de prix.



