Prégabaline : reine du détournement

La prégabaline est un gabapentinoïde indiqué chez l’adulte dans le traitement de l’épilepsie, des douleurs neuropathiques et du trouble anxieux généralisé. C’est un dérivé structurel du GABA sans action directe, qui modifie l’activité des canaux calciques dépendants du voltage. En bloquant les canaux présynaptiques, il diminue l’excitabilité des neurones.

GABA

La prégabaline est un gabapentinoïde indiqué chez l’adulte dans le traitement de l’épilepsie, des douleurs neuropathiques et du trouble anxieux généralisé. C’est un dérivé structurel du GABA sans action directe, qui modifie l’activité des canaux calciques dépendants du voltage. En bloquant les canaux présynaptiques, il diminue l’excitabilité des neurones.

2013 : l’explosion

Commercialisée au début des années 2000 dans le monde, la prégabaline est alors présentée comme étant « sans risque d’abus ». Dès 2010, les premiers signaux de mésusages, et de décès, sont émis en Suède et en Allemagne. En France, le premier usage récréatif du Lyrica est rapporté un an plus tard, par un généraliste corse. Une enquête d’addictovigilance est lancée. En 2013, alors que le recours aux benzodiazépines cherche à être limité, sa consommation en France explose.

Palmarès

L’enquête OSIAP (Ordonnances suspectes, indicateur d’abus possible) montre qu’en 2019, la prégabaline est la molécule la plus présente sur les ordonnances falsifiées ou suspectes. Elle est citée dans 23,8 % des ordonnances signalées par les pharmaciens d’officine. Ce taux de déclaration a été multiplié par 14 ces 3 dernières années ; en 2017, le Lyrica ne figurait qu’à la 15e place des médicaments les plus

Contexte suspect

L’enquête OSIAP se base sur plus de 2 000 ordonnances suspectes, déclarées par les pharmaciens. Il s’agit soit de documents falsifiés, modifiés par le patient, soit d’un contexte suspect : faute d’orthographe, prescription incohérente, écriture différente, refus de montrer la carte vitale. Et dans seulement 5 % des cas, d’ordonnances volées. En 2019, derrière la prégabaline se plaçait la codéine antitussive (dans 19,9 % des ordonnances citées), suivie du paracétamol (14,9 %), du tramadol seul ou en association (11,6 %), du paracétamol codéiné (9,8 %) et du bromazépam (7,1 %).

Ordonnance sécurisée ?

Face aux abus, une dizaine de pays ont déjà restreint les modalités de prescription et de délivrance de la prégabaline, dont le Royaume-Uni, récemment. En France, le Comité technique des centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance (CEIP) recommande, pour la prégabaline, la mise en place d’ordonnances sécurisées avec limitation à 12 semaines. Cette mesure n’est pas encore effective.

Euphorie

Le mésusage de prégabaline est plus souvent constaté chez des patients en proie au nomadisme médical, mais aussi sous TSO ou ayant des antécédents de dépendance. Les effets recherchés sont l’euphorie, la sédation, l’anxiolyse, soit pour un usage récréatif, soit après une prise en charge thérapeutique. La tolérance se met en place très rapidement.

Dépression respiratoire

L’association opiacé/prégabaline expose à un risque accru de dépression respiratoire, notamment chez les patients dépendants aux opioïdes pour lesquels la dose d’opiacés seule n’entraînait pas de dépression respiratoire. Des symptômes de sevrage peuvent survenir à l’arrêt brutal : insomnie, nervosité, dépression, diarrhée, état grippal, douleurs, convulsions, sueurs… Les doses devront donc être diminuées progressivement, avec accompagnement médical.

Absorption rapide

La prégabaline se différencie de la gabapentine, autre gabapentinoïde commercialisé 10 ans plus tôt. Ainsi, son profil d’absorption par voie orale est plus rapide, avec une concentration maximale atteinte en 1 heure, contre 3 à 4 heures pour la gabapentine. Son absorption est également beaucoup plus linéaire. « Ces propriétés sont en faveur d’un potentiel d’abus supérieur de la prégabaline par rapport à celui de la gabapentine », indique le Centre d’addictovigilance de Toulouse en 2019. •