Après les demandes répétées, depuis plusieurs semaines, des syndicats de pharmaciens, le rapport IGAS-IGF sur la chaîne de distribution pharmaceutique a été rendu public début mai. Un rapport, commandé par Sébastien Lecornu à l’issue de la crise estivale sur la baisse des remises génériques, qui confirme une dégradation de la rentabilité des officines.
« Il est avéré que la situation financière des officines s’est dégradée en 2023 après une période d’amélioration pendant la crise sanitaire. En dix ans, l’excédent brut d’exploitation a baissé de 11 % et la rentabilité a perdu trois points. Les baisses sont plus marquées pour les officines à faibles chiffres d’affaires et celles localisées en zones rurales », confirme ainsi le rapport.
Les inspecteurs s’inquiètent par ailleurs de la fermeture croissante de pharmacies ces dernières années. « Entre 2021 et 2024, dans 21 % des cas, les fermetures ont eu lieu alors que c’était la dernière pharmacie de la commune », résume Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO, qui ajoute : « et 64% des fermetures se trouvent en milieu rural ».
Décorrélation aux volumes
Second enseignement très attendu : les remises commerciales sont indispensables à la survie économie des officines, confirme le rapport. « Les officines bénéficient, en moyenne, de 55 000 € de remises commerciales par an, soit un peu plus de la moitié de leur EBE médian », affirme l’IGAS. Aussi, la baisse des remises prévue par François Bayrou l’été dernier aurait été un cataclysme pour les finances officinales avec un impact « allant de -480 à -550 millions d’euros sur le revenu annuel des officines », peut-on lire.
Aussi, « il devient urgent de réformer l’économie officinale et la désensibiliser très rapidement des volumes », note le président de l’USPO, qui appelle à l’ouverture rapide d’un avenant 3. Les inspecteurs de la mission recommandent eux aussi « d’engager une négociation conventionnelle avec les pharmaciens afin de décorréler totalement leur rémunération des prix et volumes des médicaments et atténuer la baisse de revenus liée aux baisses de prix des médicaments génériques, hybrides et biosimilaires ».
Ils proposent par exemple « l’instauration d’une tarification à l’ordonnance dégressive au volume d’ordonnances traitées ».
Contrôler les groupements
Au passage, le rapport en profite pour étriller les groupements de pharmacies, qui ne sont « pas soumis à des obligations de services publics », mais captent 5 à 14% du CAHT des génériques. D’autant plus que les bénéfices des groupements « sur les prix payés par les pharmacies aux laboratoires est très faible, et ne justifie par la rémunération qu’ils perçoivent pour cette fonction », indique le rapport, qui souligne également le risque de perte d’indépendance pour le pharmacien adhérent.
La mission recommande ainsi de « rendre effectif le contrôle, aujourd’hui inexistant, des contrats liant les officines aux groupements pour vérifier les aspects déontologiques d’indépendance du pharmacien ».



