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Covid-19 : et nos amies les bêtes ?

Le coronavirus SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, concerne également les animaux de compagnie et certains animaux sauvages. Comment la médecine vétérinaire française vient‑elle en aide aux médecins et pharmaciens ? Qu’en est-il de la santé de nos animaux ?

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Les cabinets et cliniques vétérinaires ne sont pas épargnés par les mesures de confinement. Ils ne sont censés recevoir que les urgences, et les consultations de convenance sont reportées ainsi que la chirurgie non urgente. Une liste des missions essentielles à poursuivre a été publiée par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) qui mentionne, entre autres, les prélèvements, la rédaction de documents de circulation et les vaccinations. Des instructions contradictoires ont été publiées par l’Ordre des vétérinaires qui conseillait de reporter les vaccinations, puis par la DGAL qui considère finalement que l’exercice de la profession vétérinaire n’est pas interdit par l’arrêté du 14 mars et que le vétérinaire reste libre de juger de ce qui est indispensable, notamment les actes de stérilisation des chats dont les sorties ne peuvent être contrôlées ainsi que les actes de prophylaxie et donc les vaccinations. Le ministère de l’Agriculture, dont dépend la profession vétérinaire, a autorisé les téléconsultations.

Quand les vétérinaires viennent en aide aux soignants

Face au risque de pénurie de certains médicaments, les formes vétérinaires de produits ayant les mêmes principes actifs, les mêmes voies d’administration et la même posologie que les médicaments humains peuvent être utilisées par décret du 3 avril 2020. Les laboratoires vétérinaires ainsi que les grossistes-répartiteurs ont été sollicités et les vétérinaires qui souhaiteraient fournir des produits en tension doivent s’adresser à leur Agence régionale de santé. Le propranolol fait partie de ces molécules. De même, des masques, blouses, gants ont été offerts aux structures humaines qui en avaient le plus besoin.

Certaines cliniques vétérinaires ont proposé de prêter des respirateurs (des ventilateurs d’anesthésie) à des hôpitaux. Les petits appareils ont un débit insuffisant, mais les moyens et gros appareils peuvent être adaptés à l’humain. Près de 4 000 vétérinaires se sont portés volontaires pour faire partie de la Réserve sanitaire. Ce sont essentiellement des missions de régulation téléphonique qui leur sont confiées.

L’animal de compagnie : vecteur de contamination ?

L’académie vétérinaire recommande d’adapter les mesures barrières aux animaux de compagnie et d’éviter de les laisser divaguer. En effet, même si les animaux ne peuvent développer de Covid-19, ils peuvent en être les vecteurs au même titre qu’un objet qui se transmettrait de main en main. Un chat qui passerait d’un balcon à l’autre ou d’une maison à l’autre en se faisant caresser par des personnes atteintes et non atteintes pourrait constituer un moyen de transmission passif. Quelques rares animaux ont été testés positifs par PCR et ont développé des anticorps, mais en l’absence de tout symptôme. On les considère comme des culs-de-sac épidémiologiques. Le laboratoire vétérinaire Idexx a testé aux États-Unis 4 000 chiens et chats par PCR à la recherche du virus humain. En date du 13 mars, tous ces tests se sont révélés négatifs.

« Le laboratoire vétérinaire Idexx a testé aux États-Unis 4 000 chiens et chats par PCR à la recherche du virus humain. En date du 13 mars, tous ces tests se sont révélés négatifs. »

Du pangolin à l’homme…

Les fourrières continuent à recueillir les animaux trouvés, mais les adoptions, qui dans un premier temps étaient interdites, ont été rendues possibles à partir du 16 avril, devant la congestion des refuges, risquant de devoir euthanasier massivement les animaux recueillis et devant le fait que la possession d’un animal de compagnie pouvait constituer une aide psychologique en cas de confinement seul. De rares cas d’abandons par crainte du coronavirus ont été constatés, cela reste cependant marginal. Et dans les parcs zoologiques qui hébergent des primates et notamment des chimpanzés, les soigneurs utilisent des masques face aux singes dont on ne sait pas s’ils pourraient héberger et multiplier le virus. Ce sont des mesures de précaution en l’absence de toute donnée de certitude.

N’oublions pas le pangolin, ou fourmilier écailleux, de la famille des Manidés, qui semble être à l’origine de la pandémie. Un séquençage des génomes des coronavirus actuels laisse penser qu’une chauve-souris aurait contaminé un pangolin qui aurait à son tour contaminé l’Homme. Les pangolins malais (espèce chassée pour ses écailles, en voie de disparition) saisis par les douanes hébergeaient presque tous le coronavirus. En 2003, le coronavirus de l’époque avait migré de la chauve-souris à l’Homme par le biais de la civette palmiste à masque.

Péritonite infectieuse féline : le Covid du chat

Il existe une infection à coronavirus chez le chat : la péritonite infectieuse féline, due au FcoV et connue depuis plus de 30 ans, qui entraîne divers tableaux cliniques et un pronostic défavorable chez le chat. Il n’y a pas de vaccin en France et le vaccin américain reste peu efficace. Aucun cas de transmission à l’Homme n’a été signalé.

Dans le cas où une sérothérapie serait utile contre la coronavirose, on se souviendra que de nombreux sérums destinés à l’humain sont fabriqués à l’Institut Mérieux de Lyon en injectant la molécule à combattre à des chevaux, puis en prélevant leur sang pour en extraire le sérum contenant les anticorps utiles.

Et pour finir, rappelons que l’hexachloroquine peut être utilisée en médecine vétérinaire pour traiter de rares cas de lupus érythémateux disséminés chez le chien, mais les cliniques vétérinaires prescrivent la forme humaine et il n’existe pas de spécialité vétérinaire. Si la pandémie de Covid-19 fait trembler l’humanité, elle n’en affecte pas moins une autre partie des êtres vivants, nos amis les animaux.


Chat, chien… attention aux désinfectants !

Certains vétérinaires ont constaté des cas de brûlures aux pattes de chiens, dues à la désinfection à l’eau de Javel par leurs maîtres à chaque retour de promenade. Pensant bien faire, les maîtres ont utilisé de l’eau de Javel diluée. Cependant, même le rinçage n’a pas empêché l’irritation, ni des dermites de léchage dues à la gêne provoquée par l’inflammation locale. On rapporte également des cas d’intoxication éthyliques sur des chiens et des chats abondamment désinfectés au gel hydro-alcoolique et qui n’ont pas supporté la pénétration du produit au travers de la peau. Un maître qui souhaite laver son animal doit le faire à l’aide d’eau et de savon ou de shampooing vétérinaire, à l’exclusion de tout autre produit, et surtout bien rincer à l’eau claire.


  • 4 000 vétérinaires se sont portés volontaires pour faire partie de la Réserve sanitaire

Par Éric Jacobi

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