Robin Ignasiak « Nous pourrions aller vers un service sanitaire »

Depuis juin dernier, Robin Ignasiak est président de l’Anepf, Association nationale des étudiants en pharmacie de France. Rencontre avec ce jeune, engagé et immergé rapidement dans une actualité chargée.

La Revue Pharma: Quel est ton parcours et quelles sont tes ambitions ?

Robin Ignasiak : Je suis actuellement inscrit en 5e année de pharmacie à la faculté de Strasbourg, avec une appétence pour l’industrie et la recherche. Je suis d’ailleurs inscrit en master de pharmacologie et espère me diriger dans cette voie pour réaliser une thèse. Si ce parcours ne me convient pas, je reviendrai à l’officine avec grand plaisir ! Depuis 3 ans, je suis pleinement investi dans la vie associative de ma faculté. Une fois la Paces réussie, j’ai immédiatement souhaité m’engager auprès des étudiants pour promouvoir les liens entre promotions et valoriser la filière pharmacie. En parallèle de mes études, je pratique l’arbitrage en basket en championnat de France. Cette année, je la consacre exclusivement à mon mandat en tant que président de l’ANEPF.

Nouveau gouvernement, nouvelle convention pharmaceutique, expérimentation de la vaccination à l’officine… Tu prends tes fonctions dans un contexte politique chargé. Quel regard portes-tu sur l’avenir de l’officine ?

J’ai toujours porté un regard positif sur l’officine, même avant d’y mettre les pieds. C’est un métier riche, de par le contact et la confiance que les patients accordent à leur pharmacien. Nous sommes à un tournant en matière de pratique officinale. Certains disent que « la pharmacie de papa, c’est terminé », et ce n’est pas complètement faux ! En termes de nouvelles missions, de digitalisation et de vaccination, c’est un tout nouveau champ d’action qui s’ouvre à notre profession et qui va valoriser la pratique officinale avec, au centre, la reconnaissance des compétences du pharmacien. Ce nouvel écosystème me fait beaucoup réfléchir à mon propre cursus, me donne envie d’aller vers l’officine, et rend le métier encore plus attractif auprès des étudiants.

L’ANEPF a regretté de ne pas être conviée aux discussions en amont de la signature de la convention pharmaceutique…

Nous ne nous sommes pas positionnés sur le versant financier, mais nous saluons toutes les avancées réalisées sur le volet métier. D’ailleurs, la FSPF le dit elle-même : les nouvelles missions lui conviennent, même si le syndicat a refusé de signer la convention pour le volet financement. Concernant la suite, nous avons déjà sollicité Nicolas Revel, directeur général de la Cnam, qui souhaite entendre la voix des étudiants sur ces nouvelles missions et sur les bonnes pratiques liées à leur réalisation pour les 3 prochaines années. Ces sujets nous tiennent à cœur et intéressent les étudiants.

À ton avis, les étudiants sont-ils à nouveau motivés par la filière officine ?

Malheureusement, quand on regarde les courbes de choix des étudiants entre les filières internat, industrie et officine, on s’aperçoit qu’elles se croisent, et que l’industrie n’est pas loin de prendre le dessus sur l’officine, ce qui n’était pas le cas auparavant. La faute à qui, à quoi ? Pas simple à définir… Ce qui est sûr, c’est que le discours peu encourageant de certains pharmaciens dès la 2e année ne donne pas très envie à leurs nouveaux stagiaires d’embrayer et de poursuivre vers l’officine. On parle souvent de la mauvaise réputation de ce métier auprès de l’opinion publique, mais le problème vient le plus souvent de nos confrères, du désamour des pharmaciens euxmêmes… Il y a encore du travail à faire là-dessus, d’autant plus que de nombreux étudiants espèrent encore s’engager vers l’officine avec de l’énergie et beaucoup d’ambition !

L’ANEPF a largement soutenu la vaccination à l’officine. Alors que les pharmaciens se lancent dans la campagne, comment allez-vous accompagner cette démarche ?

C’est vrai, l’ANEPF s’est engagée très tôt dans l’acte de vaccination à l’officine et nous regrettons que le public concerné soit restreint. Cependant, nous nous réjouissons de l’élargissement du champ de compétence du pharmacien. Si nous voulons aller plus loin dans l’évolution de notre métier et voir notre rémunération revalorisée sur ce volet, nous devons vacciner. Et si nous ne nous mobilisons pas maintenant, il y a de forts risques que nous n’entendions plus parler de la vaccination à l’officine pendant un bon bout de temps ! La présidente de l’Ordre nous a affirmé que d’ici à l’année prochaine, tous les étudiants seraient formés à la réalisation de l’acte vaccinal, afin que, dans l’hypothèse où nous nous dirigerions vers une expérimentation nationale, tous les futurs pharmaciens soient prêts. Je me souviens d’une AG à Lyon il y a 3 ans au cours de laquelle nous débattions de la loi santé. Un intervenant avait demandé aux étudiants présents dans la salle « Qui a envie de vacciner ? » et tous avaient levé la main. Ceci témoigne d’une réelle envie. Les jeunes sont demandeurs.

Ces nouvelles missions seraient-elles nées sur les bancs de la Paces ? L’interprofessionnalité berce-t-elle les étudiants en filière de santé ?

Oui. Cela peut paraître utopique, mais on sent un vrai frémissement en termes d’interprofessionnalité, une envie de travailler ensemble. Nous nous comprenons peut-être mieux, nous et nos spécialités. L’avenir réserve de belles surprises en matière de coordination des soins !

L’actualité santé est chargée. Anti-vacs, Lévothyrox… Face aux problèmes de communication rencontrés entre pharmaciens et patients, l’ANEPF peut-elle jouer un rôle ?

Ce n’est pas évident tant les convictions de certains patients sont fermes et arrêtées… Pourtant, chaque étudiant en pharmacie a un rôle à jouer auprès de son entourage. Ce qui est sûr, c’est que l’attitude au comptoir, l’argumentaire à mener face aux patients sceptiques s’apprennent sur le tas. Au cours de notre cursus, le bien-fondé de la vaccination paraît tellement évident… Via notre label Médic’Action, l’ANEPF s’engage dans la communication envers le grand public avec trois sujets majeurs : la contraception en décembre, en partenariat avec l’Association nationale des étudiants sages-femmes, la vaccination au mois de janvier et l’adhésion au traitement d’avril à mai. Ce mois-ci, nous soutenons bien évidemment Octobre rose et incitons les étudiants à accompagner les campagnes de communication sur les réseaux sociaux.

L’ANEPF est également très engagée dans les discussions sur la réforme du cursus. Où en est-on ?

Pour faire simple, tout va bouger. Des concertations ont été entamées au sujet de la Paces avec de nombreux acteurs, étudiants, politiques, universitaires… Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, a tout fait pour éviter le tirage au sort des étudiants lors de l’accès à l’université et nous sommes passés à un cheveu de ce procédé en Île-de-France. Notre filière est sous tension, mais il est rassurant de voir que la ministre elle-même estime que la Paces ne devrait pas être concernée par ce tirage au sort. Dès septembre 2018, les choses devraient toutefois changer. Au niveau du 3e cycle, nous allons vers la création d’un DES officine qui serait composé d’un stage de 6 mois en pharmacie. Pour les 6 autres mois, nous proposons à l’ANEPF que soit réalisé un stage de 3 mois sur un terrain novateur comme un Ehpad, une PUI, un cabinet de médecine générale ou encore une ARS, et que les 3 derniers mois soient réservés à un « service sanitaire », qui obligerait les étudiants en santé à exécuter des missions de prévention. C’était d’ailleurs une promesse de campagne du président Emmanuel Macron. Tout est actuellement en discussion. À l’issue de ce nouveau cursus, les étudiants auraient donc un maximum de compétences. D’autre part, ce DES devrait octroyer aux étudiants un statut d’interne avec 4 jours de stage, une demi-journée de cours et d’enseignements et une demi-journée réservée aux travaux personnels. Côté industrie, la réforme devrait également aboutir à la création d’un DES industrie hors statut d’interne, avec la construction d’un parcours de compétence soumis à jury pour un projet précis. Les doubles cursus seront préservés. Dans tous les cas, la rémunération sera revalorisée, la question étant de savoir quelles instances devraient participer à ce financement : ARS, officine ? Ce n’est pas encore tranché. Pour ce qui est du calendrier proposé : le professeur Dominique Porquet, en charge de la mission de réforme sur le 3eme cycle des études de pharmacie, a rendu son rapport fin septembre au gouvernement. Nous sommes en attente d’un retour du ministère d’ici à la fin de l’année, sachant que le calendrier annoncé précise déjà que les étudiants qui viennent de rentrer en 2e année (septembre 2017) seront les premiers concernés par ce DES.

L’ANEPF livrera fin novembre les résultats du dernier « grand entretien ». Quels en sont les principaux enseignements ?

Nous allons mettre à disposition des acteurs de la pharmacie une application pratique qui concentre toutes les données recueillies pendant ce grand entretien. L’idée de cette application est d’avoir une présentation dynamique des informations et de pouvoir les filtrer en fonction du niveau d’étude des étudiants, de leur premier choix en Paces, et bien d’autres paramètres. Parmi nos observations, nous avons déjà pu constater que le taux de recours aux passerelles pharmacie-médecine est bien plus important chez les étudiants qui avaient demandé médecine en premier lieu… Rien de surprenant, c’est sûr, mais l’ampleur du phénomène se confirme. Nous avons également comparé le taux de satisfaction des étudiants issus de prépas privées versus ceux ayant suivi un tutorat et nous sommes très fiers de constater que le tutorat remporte les suffrages ! Cet écart grandit d’année en année et nous pousse à maintenir nos efforts pour développer ce réseau tutorat, le promouvoir et le valoriser. Les missions de l’ANEPF se poursuivent, avec de beaux résultats !

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propos recueillis par Tina Géréral

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