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La pharmacie doit-elle sortir de la Paces ?

Trois ans après l’entrée en vigueur de la première année commune des études de santé (Paces), le bilan est plus que mitigé. Les étudiants en pharmacie dénoncent un système inadapté entraînant une désaffection pour la filière. Explications.

Sur le papier, l’idée paraissait séduisante. Réunir les futurs médecins, pharmaciens, sages-femmes et dentistes autour d’un socle commun de connaissances lors d’une première année de formation, c’était encourager la coopération entre professionnels de santé. Autre vertu de la réforme : décloisonner des professions libérales qui ont longtemps fonctionné sur des modèles claniques. Enfin, le dernier défi de taille de cette Paces consistait à éviter le gâchis humain à l’issue des concours de médecine et de pharmacie.

« C’est là tout le paradoxe de la Paces, observe avec ironie éric Fouassier, enseignant à Châtenay-Malabry (92) et membre du Conseil national de l’ordre des pharmaciens. Des étudiants qui passent deux ans en médecine échouent, puis vont passer deux ans en pharmacie, ratent le concours… et se retrouvent à bac +4 sans rien. Pourquoi ne pas faire une année commune avec la possibilité de se réorienter au cours de celle-ci pour éviter trop d’échecs ? Or, la réorientation au cours de la première année ne fonctionne pas et le taux d’échec demeure conséquent pour les étudiants en pharmacie. »

Pour Maxime Villoria, vice-président éducation et réformes de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf), « la mutualisation des enseignements en première année ne marche pas. Au contraire, cela crée une hiérarchisation des professions de santé. La filière pharmacie devient une filière poubelle, par défaut. Il aurait été plus judicieux et cohérent d’intégrer cette mutualisation à partir de la troisième année, et particulièrement en niveau master. » C’est là le cœur du problème : en première année, ceux qui ratent médecine « captent » les places en pharmacie au détriment d’étudiants plus motivés. D’où l’appellation « filière par défaut ».

Nivellement par le bas des études de pharmacie

« Il est indéniable que ce système écarte des étudiants qui, dans l’ancien système, auraient eu pharmacie et qui, là, se font prendre leur place par des étudiants uniquement motivés par la médecine, abonde de son côté éric Fouassier. On a ainsi constaté l’an dernier que ceux qui avaient réussi le concours de Paces et qui étaient en pharmacie ont eu des résultats catastrophiques en L2. Il a même fallu ajuster les barèmes pour ne pas se retrouver avec un nombre de redoublants trop grand. Pire, lorsqu’on discute avec ces élèves, on se rend compte qu’ils ne sont pas du tout motivés par la pharmacie. Ils sont à la recherche de passerelles pour se réorienter vers d’autres filières. »

Une désaffection perceptible jusque dans les stages officinaux d’application. « Les maîtres de stage n’ont jamais vu ça, relaie Maxime Villoria. Des étudiants qui se fichent de tout, irrespectueux avec le reste de l’équipe officinale, démotivés… cela traduit le nivellement par le bas des études de pharmacie. » 80 % d’étudiants en L2 au rattrapage, 20 % de redoublement en moyenne, baisse de 4 % d’inscrits en première année : les chiffres pour la filière pharmacie sont éloquents.

Trois ans après sa mise en œuvre, la Paces suscite toujours de nombreuses critiques chez les étudiants en pharmacie. « Nous avons dénoncé la Paces dès sa mise en place, note Maxime Villoria. à la fin de la première année, nous avions déjà enregistré une baisse des résultats pour les admissions des étudiants dans la filière pharmacie ainsi qu’un désintérêt pour la filière. Trois années plus tard, on ne peut que constater l’ampleur des dégâts. La seule différence c’est que, aujourd’hui, nombre de professeurs et doyens pointent à leur tour des dysfonctionnements majeurs. »

Un casse-tête en termes d’organisation

Manque de salles et d’amphithéâtres, problèmes techniques liés à l’enseignement à distance, difficultés à élaborer des emplois du temps communs… parler de soucis logistiques pour accueillir les cours de la Paces relève de l’euphémisme ! Les doyens des facultés de médecine et de pharmacie sont d’ailleurs les premiers touchés par la réforme. Un grand nombre d’entre eux dénonce ainsi une réforme de grande ampleur… sans réels moyens. Car la Paces a un coût. Ainsi, à l’université de médecine d’Angers (49), il a fallu embaucher deux personnes en plus (une pour la scolarité, l’autre pour la surveillance et le contrôle) et débourser plus de 150 000 € en 2010 rien que pour la logistique. 50 000 € de frais supplémentaires ont également été nécessaires pour organiser le concours (source : L’étudiant, 8 septembre 2010).

Au-delà de l’aspect comptable, c’est surtout en termes d’actions pédagogiques que le corps enseignant rencontre les principales difficultés… et c’est encore avec la filière pharmacie que le bât blesse. « 80 à 90 % des enseignements de la Paces sont issus de la première année de médecine », observe Maxime Villoria. Une perte pédagogique importante partagée par éric Fouassier qui coordonne l’UE7 « Santé, société, humanité » à la faculté de Châtenay-Malabry (université Paris-Sud) : « Sur le programme commun, on peut dire de manière objective que ce sont les futurs pharmaciens qui ont été les plus pénalisés par la concentration des enseignements. Des disciplines fondamentales comme la botanique systémique ou la chimie organique ont été allégées. Si l’on compare avec l’ancienne première année de pharmacie, on note que des modules entiers ont été sabrés comme l’histoire de la pharmacie ou la culture générale, désormais intitulée UE7 (sciences humaines et sociales). »

En octobre dernier, l’Anepf a envoyé au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche un communiqué pour rappeler aux instances décisionnelles l’ampleur des dégâts. Ses membres avaient déjà interpellé, en mai, les candidats à la présidentielle sur cette réforme. « à l’époque, seul François Hollande, par l’intermédiaire de Catherine Lemorton, nous avait reçus. » Actuellement, c’est avec le ministère que l’Anepf négocie. « Comment expliquer des résultats aussi catastrophiques alors que, dans le même temps, la ministre de l’époque Valérie Pécresse lançait le plan ‘‘Réussite en licence’’. Aujourd’hui, avec le changement de gouvernement, il y a une carte à jouer pour rectifier le tir. »

Un contexte économique qui n’incite pas à l’optimisme

L’Anepf a ainsi été mise à contribution lors des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche en octobre. L’occasion de proposer une solution radicale : le retrait de la filière pharmacie de la Paces. à la place, l’Anepf milite pour l’instauration d’une licence 1 de pharmacie. « Cela peut être considéré comme un retour en arrière, admet Maxime Villoria. Mais c’est le seul moyen de récupérer cette première année indispensable à la formation des futurs pharmaciens. C’est également l’unique façon de sauver le gâchis humain en première année. »

« La situation est plus complexe qu’il n’y paraît, nuance pour sa part Eric Fouassier. Il est en effet difficile d’analyser objectivement après seulement deux années les conséquences de cette réforme. » Pour l’enseignant, le désintérêt pour la filière pharmacie est la conséquence de plusieurs facteurs économiques et sociaux : « La Paces n’arrange pas les choses mais elle n’est pas la cause de tous les maux. Le contexte de la pharmacie d’officine n’est guère optimiste. Les pharmacies sont de plus en plus chères, les banques moins prêteuses, la confiance des patients ébranlée par les scandales sanitaires… les étudiants perçoivent ces éléments conjoncturels. Il est très compliqué de lutter contre ça. »

Quelles solutions pour redorer le blason des études de pharmacie ? « Je pense qu’il faut mettre en avant la diversité des débouchés, comme l’a fait récemment l’Ordre à travers sa campagne ‘‘Pharma, c’est pour moi’’. Beaucoup d’étudiants ignorent la variété de métiers qui se cache derrière le diplôme. » Alors que le métier de pharmacien, en pleine évolution, nécessite l’acquisition de connaissances solides, on peut légitimement s’interroger sur les conséquences de la Paces sur les futures générations au comptoir. Et rappeler que de la formation des futurs pharmaciens dépend la qualité de l’offre de soins en France.

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Auteur : Olivier Valcke

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