Du rétinol au rétinal : la star de l’anti-âge évolue

Référence pour les « skincare addicts », le rétinol est bousculé par la réglementation et partage désormais son trône de l’anti-âge avec le rétinal. Cependant, face aux risques de réactions et aux difficultés d’observance de ces deux molécules, le pharmacien doit instaurer un protocole d’initiation raisonné pour garantir une tolérance optimale.

 

Le rétinal va-t-il vraiment détrôner le rétinol ?

 

Le rétinal, réellement plus efficace que le rétinol ?

Depuis 2026, l’Europe limite le rétinol (à 0,3 % pour le visage et à 0,05 % pour le corps) afin d’éviter une suraccumulation avec l’alimentation. Face à cette contrainte réglementaire, certains laboratoires privilégient désormais le rétinal. L’argument marketing ? Il ne nécessite qu’une seule conversion pour se transformer en acide rétinoïque, contre deux pour le rétinol.

Selon la vulgarisation d’études scientifiques de médias grand public, son activité biologique serait ainsi dix fois supérieure à celle du rétinol. Cette supériorité permettrait d’obtenir des résultats plus rapides sur la qualité cutanée même à des doses plus faibles. Ainsi, vendu sans ordonnance, il devient le rétinoïde le plus puissant et donc l’anti­rides le plus efficace dans l’esprit de vos clientes qui ont eu vent du scoop.

Toutefois, l’efficacité réelle d’un cosmétique ne dépend pas uniquement de la molécule active et de sa concentration, mais de sa formulation globale. Pour que le rétinal surpasse le rétinol, le laboratoire doit garantir une stabilisation parfaite et une galénique capable d’assurer sa pénétration.

Pour assurer l’efficacité de ces deux molécules, il faut donc privilégier :

  • Un conditionnement opaque et airless ;
  • L’encapsulation des actifs pour les stabiliser dans le pot et assurer leur diffusion dans la peau.

 

Le rétinal, réellement moins irritant que le rétinol ?

Souvent jugé moins agressif que le rétinol, le rétinal dispose pourtant de moins de recul scientifique, du fait d’une moindre utilisation. Néanmoins, en 1994, le Pr Saurat a démontré que le rétinaldéhyde est auto­régulé : les kératinocytes le transforment en actif ou en stock (par rétroversion) selon leurs besoins. À l’inverse, le rétinol sature souvent les cellules qui, faute de pouvoir le rétro-­inverser, subissent l’irritation du surplus resté libre dans la peau.

 


Accompagner votre cliente avec un protocole d’initiation cutanée au rétinol/rétinal

Malgré ces supposées différences de tolérance, chaque peau réagit différemment. Un protocole personnalisé d’initiation est donc nécessaire pour ces deux molécules. Voici un exemple de rétinisation à conseiller en 4 étapes :

1. Écarter les profils allergiques ou réactifs

Un diagnostic de peau vous permet d’écarter les profils allergiques ou réactifs qui ne supporteront jamais le rétinol/rétinal. Pour ces personnes, il est possible de les orienter vers des alternatives plus douces (bakuchiol, peptides de cuivre), éventuellement vers des esters de rétinyle (propionate de rétinol, palmitate de rétinol et linoléate de rétinyle) ou l’hydroxypinacolone retinoate.

2. Démarrer uniquement en automne ou en hiver

• Pour les peaux résistantes, conseillez de démarrer ce protocole uniquement en hiver ou en automne avec une concentration en rétinol/rétinal faible.

• Appliquer un soir sur trois, ou un soir deux, durant quinze jours, puis quotidiennement selon la tolérance. En cas de rougeurs, les doses doivent être espacées. L’application quotidienne n’est pas une finalité ; en revanche, la tolérance absolue est obligatoire.

• La régularité prime sur la concentration ou la fréquence pour un protocole de rétinisation réussi. Ce rythme progressif permet à la peau de la consommatrice d’accepter progressivement cette nouvelle molécule.

 

3. Protection solaire obligatoire !

Précisez l’obligation de porter une protection solaire la journée, même si l’application du rétinol est généralement conseillée le soir.

4. À combiner avec des actifs apaisants

Préconisez des formules aux actifs apaisants qui renforcent la barrière cutanée (céramides, bisabolol, allantoïne ou acide hyaluronique). La niacinamide est cliniquement pertinente : elle stimule les céramides, compensant l’effet asséchant du rétinol/rétinal et limite l’inflammation durant cette phase d’adaptation.

 

3 techniques d’application pour mieux supporter les rétinoïdes

• L’application d’un sérum aqueux ou d’une essence avant le rétinol ne bloque pas sa pénétration, mais renforce la barrière cutanée. Il est impératif d’attendre l’absorption complète du premier produit pour ne pas augmenter la pénétration du rétinol/­rétinal.
• La technique du « sandwich » (isoler le rétinol entre deux couches d’émollients) réduit le pic de concentration sans annuler les bénéfices.
• Enfin, doser selon la zone : la peau du front et des mâchoires est plus résistante, contrairement aux zones sensibles (ailes du nez, joues, contour des yeux).

 

Incompatibilités d’actifs avec le rétinol/rétinal

Devant la multiplication des étapes skincare, le pharmacien doit sensibiliser sur les incompatibilités physico-chimiques des actifs pour éviter les irritations ou l’inefficacité des dérivés de vitamine A.
• La vitamine C pure nécessite un pH cutané inférieur à 3,5 pour être efficace, tandis que le rétinol est optimal autour de 6. Leur application simultanée neutralise partiellement l’efficacité de chacun.
• Pour les mêmes raisons, éviter dans une même routine de mélanger le rétinol avec des acides de fruits.
• Prudence avec les peptides de cuivre : en raison de données contradictoires sur l’oxydation potentielle du rétinol par les ions de cuivre, il convient de ne pas les appliquer dans la même routine.

 

« Appliquer un soir sur trois ou un soir sur deux, durant quinze jours, puis quotidiennement selon la tolérance. »

 


Rétinoïdes en officine et types de peau : quelles marques conseiller ?

Même si le rétinol est lipophile — imposant souvent des textures riches en corps gras —, l’officine dispose de formules variées (sérums fluides, émulsions légères) capables de respecter le profil séborrhéique de chaque peau, des plus sèches aux plus grasses.

 

ISDIN Isdinceutics Retinal Intense

Actifs synergiques
Niacinamide, actifs nutritifs et hydratants.

Analyse de la formule
Idéale pour le confort des peaux matures, sèches, car texture riche et présence d’agents filmogènes. Absence du pourcentage en rétinal.

 

GEEK & GORGEOUS A-Game 10 Rétinal 0,1 %

Actifs synergiques
Allantoïne et panthénol. Apaisement immédiat pour limiter la réactivité.

Analyse de la formule
Adaptée aux peaux normales à grasses (texture fluide, non grasse).

 

AVÈNE Hyaluron Activ B3 Rétinal

Actifs synergiques
Niacinamide (6 %) et acide hyaluronique.

Analyse de la formule
L’encapsulation. Riche en corps gras, adaptée aux peaux normales à sèches. Absence du pourcentage en rétinal.

 

SVR [A] Ampoule Lift Rétinol 0,3 %

Actifs synergiques
Vitamine E, huile de rosier muscat, boron nitride qui est un matifiant.

Analyse de la formule
0,2 % encapsulé, donc stabilisé. Peau normale,
mixte à grasse.