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La préparation de piluliers pour le domicile

C’est un service encore méconnu des Français et qui pourrait pourtant leur être bien utile. De plus en plus d’officines proposent de confectionner des piluliers pour leurs patients chroniques ou âgés, sur le modèle de la préparation de doses à administrer (PDA) pour les résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Quinze questions-réponses sur une activité émergente en pharmacie.

Sommaire du dossier

  • PDA : 15 questions-réponses
  • Convaincre et communiquer : une relation pharmacien‑patient à travailler !
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PDA 15 questions-réponses

1 • Qu’est-ce que la PDA ?

La préparation des doses à administrer ou PDA consiste à répartir les médicaments d’un patient en unités de prise selon différents moments de la journée et pour une période déterminée. Si cette activité est mentionnée dans le code de la santé publique, elle n’y est pas définie. Dans un rapport de 2013 sur la PDA, l’Académie nationale de pharmacie souligne son intérêt pour une meilleure prise en charge thérapeutique du patient. « Cette méthode vise à renforcer le respect et la sécurité du traitement et la traçabilité de son administration », indique l’Académie.

2 • La PDA est‑elle légale ?

La PDA est inscrite dans le code de la santé publique (dans son article R.4235-48) comme une composante à part entière de l’acte pharmaceutique, au même titre que l’analyse de l’ordonnance et la dispensation de conseils associés. Elle n’y figure que de manière facultative, laissant entendre qu’elle peut être réalisée lorsqu’un médecin ou un patient en fait la demande. Un autre texte, le décret relatif aux conseils et prestations en officine (Journal officiel du 5 octobre 2018), officialise la proposition de services par les pharmacies en dehors du champ conventionnel. La PDA en fait partie même si elle n’est pas explicitement mentionnée.

3 • Le déconditionnement hors blister est‑il autorisé ?

Qui dit préparation de piluliers ne dit pas forcément mise à nu du comprimé ou de la gélule. Certaines solutions de fabrication permettent de conserver un conditionnement primaire, garantissant de facto la conservation du principe actif et le respect de la traçabilité (mentions sur l’emballage du numéro de lot et de la date de péremption). Deux exigences auxquelles la pharmacie doit s’astreindre si elle procède au déconditionnement. Cette pratique n’est ni interdite, ni autorisée de manière explicite. Dans ces conditions, la mise en place d’une procédure de traçabilité, que les fournisseurs de matériel remplissent, est indispensable. Pour une conservation optimale, il est recommandé de ne déconditionner hors blister que pour une durée maximale d’une semaine.

4 • Quelles sont les bonnes pratiques de PDA ?

Un arrêté de bonnes pratiques de préparation est à l’étude depuis au moins une dizaine d’années, de même qu’un décret plus général sur la PDA. Sans attendre leur parution officielle, plusieurs agences régionales de santé (ARS) ont édité des recommandations sur le circuit du médicament en Ehpad à l’attention des personnels de ces établissements. Les pharmacies peuvent s’en inspirer pour rédiger leurs propres procédures de préparation.

5 • Les infirmiers au domicile ont-ils vraiment le droit de préparer des piluliers ?

Selon le code de la santé publique, les infirmiers ont parmi leurs missions l’aide à la prise des médicaments. Dans ce cadre, la préparation de semainiers « en dur » pour leurs patients au domicile ne leur est pas interdite. En pratique, cela se fait sur décision médicale dans le cadre d’une séance de soins hebdomadaires de surveillance au domicile rémunérée sur la base d’un forfait. Un autre type d’intervention permet aux infirmiers de préparer un pilulier pour faciliter l’administration lors de leur passage au domicile ou par un tiers dans le cas de patients dépendants.

6 • À quels profils de patients s’adresse la PDA ?

Les patients en difficulté pour prendre leurs traitements de manière régulière et/ou polymédicamentés du fait d’une ou de plusieurs pathologies chroniques sont indiqués pour bénéficier d’un pilulier. Cela concerne également les patients en recherche de sécurité et de praticité dans la prise de médicaments.

7 • Quel est le potentiel de patients par officine ?

Selon l’Assurance maladie, les ordonnances complexes (comportant au moins cinq principes actifs) représentaient 15 % des prescriptions remboursées en 2019, renouvellement compris. Pour une officine qui compte 3 000 patients, cela représente un potentiel de 450 patients éligibles environ. À partir du logiciel de l’officine, les extractions sur classe thérapeutique sont possibles, de même que l’effectif de patients en fonction de l’âge ou du nombre de lignes de prescription par ordonnance.

8 • Quel est le profil d’observance des patients concernés ?

Le niveau d’observance tout âge confondu est estimé entre 26 et 59 %, selon la définition et la méthodologie retenues. En particulier, une étude a montré que seulement 40 % des patients chroniques suivaient correctement leur traitement. Il existe un lien entre l’affection longue durée (ALD), comme le diabète ou la maladie de Parkinson, et une multiplication de prescriptions. Le défaut d’observance est souvent multifactoriel et pas toujours rationnel. De surcroît, les personnes âgées ont des difficultés à reconnaître des lacunes dans le suivi d’un traitement.

9 • Quelles sont les situations améliorées par le recours au pilulier ?

Les situations qui doivent alerter sont celles qui révèlent une incapacité ou un doute sur la capacité du patient à prendre son traitement, à préparer lui-même un pilulier. Le patient peut être débordé par les prises journalières et la quantité de médicaments à prendre. Certains traitements peuvent donner lieu à des confusions, avec par exemple les conditionnements de génériques qui se ressemblent. La consultation de plusieurs médecins et des changements de traitement peuvent semer le trouble dans l’esprit du patient. Il s’ajoute un risque lié à la présence de signes de fragilité (perte de poids, difficulté à la marche, etc.) et de déficits fonctionnels, comme une perte de la dextérité manuelle.

10 • Comment sensibiliser et convaincre ?

Sécurité, praticité, propreté sont les principaux atouts d’un pilulier préparé à l’officine. Il permet de rassembler des médicaments qui sont dispersés à différents endroits du domicile. Le recours au pilulier préserve l’état de santé du patient. Dans l’échange, préférez des questions ouvertes : « Qu’est-ce qui vous semble difficile pour prendre vos médicaments chaque jour ? », « Quels sont les médicaments qui vous posent le plus de difficultés ? » ou encore « Quels sont les horaires de prise qui vous posent problème ? » La mise en évidence du besoin peut intervenir au cours d’un bilan partagé de médication, dès l’entretien de recueil, si le patient a apporté ses boîtes de médicaments, ou au moment de la restitution après analyse pharmaceutique. Vous proposez mais lui décide. Plus le patient est impliqué et s’approprie les outils, plus il a de chances d’être observant.

11 • Comment faire payer ce service ?

S’ils émettent une objection, cela ne veut pas dire que patients et aidants n’acceptent pas de payer pour la préparation d’un pilulier. Une enquête de l’association Pharma Système Qualité de 2018 a montré que les femmes, les proches aidants, les patients en traitement aigu et les jeunes sont plus enclins à payer pour ce service. Son tarif est libre, il est conseillé de le facturer entre 5 et 7 euros TTC par semaine. Un service plus personnalisé comprenant la livraison au domicile peut être proposé aux alentours de 13 euros. Une phase de test gratuite peut être envisagée.

12 • Avec quel matériel de préparation s’équiper ?

De manière schématique, les solutions semi-automatisées (remplissage manuel guidé par un logiciel) permettent de préparer des piluliers sous forme de cartes blistérisées, selon le modèle du semainier traditionnel. Le matériel automatisé produit à grande échelle des sachets-doses pour les résidents des Ehpad. Cela peut aussi convenir à des patients nomades, ainsi qu’à des soignants au domicile. Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans le choix et, en premier lieu, la présentation : format livre ou prises journalières intégrées dans un étui cartonné ? Faut-il ou non procéder à l’ouverture du blister ? Que se passe-t-il en cas de changement de traitement : le médicament à retirer est-il facile à identifier ? Comment s’effectue le contrôle de la production : par comparaison avec une base descriptive des médicaments ou par le biais d’une caméra ?

13 • Comment mettre en place cette activité ?

Le titulaire présente ce nouveau service comme partie intégrante de la stratégie d’entreprise lors d’une réunion d’équipe. Parfois considérée comme peu valorisante et routinière, la PDA peut intéresser pharmaciens, étudiants à partir de la 3e année et préparateurs qui souhaitent se tenir moins au contact des patients. Cette activité requiert des procédures de fabrication et de contrôle. C’est en ce sens qu’elle doit être valorisée par le titulaire. Si les conditions le permettent, un binôme composé d’un préparateur et d’un pharmacien est constitué pour mettre en oeuvre les différentes étapes de cette préparation.

14 • Quand et où préparer ?

On peut choisir de ne faire la PDA qu’à un moment précis de la semaine. Elle est alors programmée aux heures creuses de la journée qui sont définies en consultant les données de fréquentation dans le logiciel officinal. Le pilulier est rempli dans le préparatoire alors qu’aucune autre activité de préparation n’est effectuée. L’espace est organisé de manière à disposer d’un plan de travail et d’une zone de stockage pour les médicaments, les piluliers remplis, les boîtes entamées et les consommables. Cette zone doit être suffisamment spacieuse, lumineuse et propre. Le préparateur se préoccupe de la propreté du local et de sa tenue vestimentaire incluant le port de gants et d’une charlotte.

15 • Comment informer médecins et infirmiers de cette proposition de service ?

Les professionnels de santé environnant l’officine sont identifiés et informés de ce nouveau service. Il est conseillé de prendre contact en priorité avec les infirmiers qui pratiquent la préparation et de les rassurer sur leurs prérogatives et leur rémunération. Elle n’est pas amputée par la préparation de piluliers par les pharmacies, apportant en outre une garantie de sécurité et un gain de temps. Le contact d’un référent PDA de l’officine est transmis à ces professionnels. •

Fidélisation et observance des atouts pour le patient et pour l’économie

La PDA est-elle rentable ? Calculatrice en main, Bruno Dupouy, directeur national des ventes observance chez Pharmagest, répond par l’affirmative.

Prenons 15 patients diabétiques de type 2. Le coût de la fourniture d’un pilulier s’élève à environ 2 000 euros par an. Cela comprend l’abonnement (360 euros), le prix des consommables (780 euros, à raison de 1 euro par pilulier, par patient et par an) et la main-d’oeuvre pour la production (près de 1 000 euros, considérant un coût de 1,3 euro de préparation par pilulier)

Cela n’est pas valable pour la première année d’équipement pour laquelle il faut ajouter des frais de logiciel, de licence et de formation pour un montant supplémentaire de 2 000 à 2 500 euros

« Il a été montré qu’un patient diabétique de type 2 n’est observant qu’à hauteur de 37 % et fidèle à une officine à 43 % », estime Bruno Dupouy

La PDA garantit la fidélisation du patient. Le panier moyen mensuel pour ce type de patients est de 100 euros. Avec la PDA, le chiffre d’affaires annuel passe donc de 500 à 1 200 euros par mois, soit un gain de 700 euros de CA. Pour 15 patients, il est de 10 500 euros, soit une marge supplémentaire de 2 310 euros (22 % en moyenne). Dans cet exemple, le point d’équilibre est atteint.

« Il a été montré qu’un patient diabétique de type 2 n’est observant qu’à hauteur de 37 % et fidèle à une officine à 43 %. »


  • 450 patients sont potentiellement éligibles à la PDA, pour une officine qui compte 3 000 patients
  • Seulement 40 % des patients chroniques suivent correctement leur traitement

Convaincre & communiquer : une relation pharmacien-patient à travailler !

[Jeu de rôle] Préparez-vous à répondre aux objections !

« Merci à vous, mais je le fais déjà moi-même »

« Derrière cette affirmation, il peut y avoir la peur de parler d’argent, d’une perte d’autonomie ou, si on est aidant, d’une partie de ses prérogatives », considère la consultante et formatrice Sophie Gillardeau. Argumentez alors au plus près des préoccupations de votre interlocuteur : rester serein, conserver une bonne image de soi, disposer de plus de temps pour ses proches. En creusant, vous découvrirez peut-être la crainte de se tromper en remplissant son pilulier. « Je vais vous permettre de ne plus être dans cette angoisse » sera votre réponse en forme de soutien.

« Dans une autre pharmacie, ils ne font pas payer »

« Si d’autres l’ont déjà identifié, c’est que ce service est nécessaire au patient : vous pouvez le lui rappeler », assure Sophie Gillardeau. Faites valoir une prestation complète avec livraison à domicile et éventuellement un bilan partagé de médication. « Votre service, c’est plus que de fournir un pilulier, c’est de réaliser un suivi. Le fait qu’il soit pris en charge par la Sécurité sociale n’est pas un argument dans un premier temps. » Reste que de proposer une offre gratuite et ponctuelle de piluliers, par exemple dans le cas de traitements aigus, permettra de la faire connaître.

« 5 euros par semaine, c’est cher… »

Cette objection traduit un manque d’adhésion à la proposition. Sans trop d’insistance, revenez sur les besoins fondamentaux du patient pour valoriser ce service.


Piluliers : une porte d’entrée au domicile

Installé depuis 2018 sous enseigne Giropharm, Vincent Dondeyne fait face à la concurrence de sept autres officines dans le centre-ville d’Arras (Pas-de-Calais). Pour se démarquer, il s’est lancé dans la préparation de piluliers, réalisée à ce jour pour une dizaine de ses patients.
« Contrairement à ce que l’on pense, ce service intéresse aussi des patients chroniques entre 40 et 50 ans qui n’ont pas forcément beaucoup de médicaments à prendre. Ils ne veulent pas avoir à gérer chez eux des boîtes et des horaires de prise. »

Le service est facturé 5 euros par semaine. L’officine se tient prête à augmenter la cadence si d’autres patients adhèrent à l’idée. En parallèle, Vincent Dondeyne offre de livrer gratuitement le pilulier dans un rayon de 1 kilomètre.

« Par ce biais, nous entrons chez le patient et nous pouvons évaluer avec lui ses besoins en termes d’aménagement du domicile. En restant au comptoir, nous ne savons rien de son lieu de vie », estime le titulaire.


Communiquer : ne pas oublier les réseaux sociaux

La distribution de tracts à l’extérieur de l’officine constitue une sollicitation de clientèle. La promotion du service de PDA est limitée à l’espace de vente, c’est-à-dire à l’intérieur de la pharmacie par des affiches et leaflets et sur la vitrine. Les réseaux sociaux entrent dans cette dernière catégorie.
« Outre de fédérer une communauté de clients, ils permettent de faire connaître l’intégralité de vos offres et services », indique Kareen Mazeau, présidente de Cerp Rouen Formation.

Pour créer du lien, elle conseille de varier les types de contenus : photos de l’équipe, d’une animation et aussi vidéos de démonstration sur le savoir-faire de l’officine. Facebook, Instagram et YouTube peuvent se prêter à une présentation filmée de la préparation de piluliers. •

Par Matthieu Vandendriessche

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