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#Pharmasolidaire : face au Covid, des pharmaciens témoignent

Dans toute la France, nous avons recueilli les témoignages de pharmaciens face à l’épidémie.

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« Je ne me sens pas concerné par les applaudissements à 20 h. Je ne suis pas plus exposé qu’une hôtesse de caisse dans un supermarché. »

François, pharmacien adjoint à Romainville (93)

« Il y a encore des patients qui viennent à la pharmacie tous les jours, j’essaye de leur expliquer les consignes de confinement. Mais, pour certains, c’est le dernier lien humain qu’ils ont. Beaucoup de gens sont compréhensifs et respectueux. J’ai l’impression qu’il y a plus de discipline, l’épidémie force le civisme et les bonnes manières.

Toutes les boîtes de Doliprane ont rapidement été cachées dans le back-office. Nous avions fait notre dernier stock en décembre à cause de la baisse de prix prévue. Le Plaquenil était déjà en rupture la semaine dernière et, maintenant que ça fait le buzz, je m’inquiète pour mes patients qui ont un lupus ou une polyarthrite rhumatoïde. J’ai entre 5 et 10 patients sous Plaquenil et je ne peux avoir qu’une boîte tous les 2 jours, au mieux ! » •


« Je tiens à souligner l’implication et le soutien des préparateurs. » Florence, pharmacienne à Bully-les-Mines (62)

« Avec un début de semaine dernière de folie avant le confinement, nous avons d’abord essayé de discipliner les patients avec des lignes sur le sol ou des déambulateurs pour les éloigner des comptoirs, plus une prise de température à l’entrée par notre super stagiaire de 4e année. Mais l’équipe était très stressée. Depuis, ça va mieux. L’équipe est soudée. Notre titulaire a fait plusieurs petites réunions pour détendre l’atmosphère et rassurer les plus fragiles psychologiquement. La protection des salariés est la première préoccupation. Nous partageons notre dotation de masques avec les préparateurs qui souhaitent en porter un en permanence. Je tiens à souligner l’implication et le soutien des préparateurs, qui sont au taquet dans cette période difficile. »

Préparatrice de la pharmacie de Bully-les-Mines. DR

« Nous fabriquons un peu de solution hydro-alcoolique. Une brasserie locale nous a offert 20 litres d’alcool. Ce qui nous a permis de fabriquer 25 litres de SHA, dont 10 seront offerts aux policiers du département, cruellement en manque de SHA, et les 15 litres restants seront offerts aux auxiliaires de vie et aides-soignants à domicile qui ne sont pas équipés. »


Témoignage de Richard Gréaume, pharmacien titulaire à Barentin (76)

Richard Greaume. DR

Avez-vous fait face à la pénurie de masque ?

Nous sommes quatre pharmaciens et quatre préparatrices. Nous avons eu de la chance, car il nous restait des FFP2 de l’époque H1N1 et une entreprise locale vient même de nous fournir des FFP3 ! Mais je dois dire que toute l’équipe a été choquée de voir que les masques étaient à la base réservés aux pharmaciens, et non aux préparateurs. C’est aberrant.

Comment protégez‑vous vos patients ?

Nous avons mis des protections de comptoir. Une aide proposée par notre groupement Giphar, dont je suis l’un des élus. J’insiste beaucoup auprès des patients sur les gestes barrières. Ce qui a été le plus difficile, c’était de gérer les pénuries, notamment de gel hydro-alcoolique. Au début, nous recevions 50 à 100 appels par jour pour savoir si nous avions encore des gels HA. La fac de pharmacie a fabriqué 300 litres de solution HA qu’elle a mis à disposition de tous les professionnels de santé de la région !

En tant que pharmacien, comment percevez-vous votre rôle dans cette épidémie ?

Rarement la profession aura eu un rôle aussi majeur à jouer. On le voit avec le renouvellement des ordonnances périmées. Cette période démontre qu’en augmentant les missions des pharmaciens, on réussit à désengorger les cabinets médicaux et vraiment soulager les médecins. Mais, attention, il faut travailler en interprofessionnalité et dans le parcours de soin. Car, paradoxalement, en cette période d’épidémie les cabinets se vident, les patients ont peur d’y aller, de se contaminer. Il faut que les consultations médicales et le suivi persistent. •


3 questions à Guillaume Dessard, pharmacien titulaire à Cranves-Sales, Haute-Savoie

Comment la crise sanitaire Covid-19 a-t-elle touché la CPTS dont vous faite partie ?

Notre CPTS est à ses débuts : la structure est officielle, mais nous n’avions pas encore développé de mission active sur le terrain, jusqu’au coronavirus ! Dès le début de la crise, la coordination entre professionnels de santé s’est imposée. Le Covid-19 constitue finalement notre première mission de CPTS. Malgré l’effet initial de panique, nous avons très vite réagi et structuré nos actions. À l’avenir, nous pourrons d’ailleurs guider les professionnels souhaitant inscrire leurs soins dans une dynamique de CPTS.

Sous quelle forme s’illustre cette coordination ?

Certains kinésithérapeutes et dentistes disposent par exemple de masques qui ne leur servent pas en ce moment puisqu’ils ont fermé. Un infirmier a établi un tableau dynamique où chaque professionnel communique ce dont il dispose. Les échanges de matériel sont ainsi gérés : masques, SHA, surblouses, entre autres, sont répartis en fonction des besoins. Nous avons également utilisé le « carnet d’adresses » de la CPTS pour diffuser nos besoins aux administrations. À la suite des élections municipales, certaines mairies disposaient de stocks de SHA et de masques qu’elles nous ont volontiers cédés. La CPTS nous a permis de rapidement créer des centres de soin Covid. Les patients suspectés positifs ont été orientés vers ces centres de soin, mieux munis en matériel de protection. La communication interprofessionnelle a été cruciale à la mise en place de ces centres.

En tant que pharmacien, quel a été votre rôle au sein de la CPTS dans un tel contexte ?

Je me suis déjà demandé si la création des CPTS n’était finalement pas un jeu politique, servant le gouvernement plus que les professionnels de santé. Aujourd’hui, la CPTS se révèle indispensable à la gestion de l’épidémie. C’est une belle démonstration de la synergie positive de l’interprofessionnalité. La place du pharmacien apparaît essentielle dans la centralisation des informations et des besoins, et dans la redistribution de ces derniers. Étant au carrefour de l’information, peut-être avons-nous un peu plus de recul sur la situation par rapport à d’autres professionnels de santé qui sont dans l’urgence. •


Une pharmacie du golfe de Saint-Tropez (83). DR

« La sécurité de l’équipe est une priorité. Si nous n’avions pas de masque pour tout le monde, nous n’ouvririons pas. Nous n’avons plus de gel, plus de thermomètre, plus de gant… Entre pharmaciens du golfe de Saint-Tropez, nous avons la chance d’avoir mis en place un groupe d’entraide. » Sébastien, titulaire d’une officine du golfe de Saint-Tropez (83)


#Pharmasolidaire : venez témoigner !

La Revue Pharma investit les réseaux sociaux afin de porter la voix des officines. Dès à présent, vous pouvez nous suivre sur Twitter et Instagram, afin de poser vos questions, nous apporter vos témoignages, publier vos messages de soutien ou propositions d’entraide. Pour ce faire, c’est simple, il vous suffit de taguer vos publications avec le #PharmaSolidaire. •

Par Léa Galanopoulo, Pierre-Hélie Disderot et Carla Masciari

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