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Béatrice Clairaz-Mahiou : une pharmacienne multicasquette

Béatrice Clairaz-Mahiou est pharmacienne d’officine à Châtenay-Malabry, depuis 1998. Avant d’être installée en tant que titulaire, elle a travaillé comme adjointe durant une dizaine d’années. Aujourd’hui, elle multiplie les casquettes.

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La pharmacie

  • Pharmacie des Verts Coteaux à Châtenay- Malabry (92)
  • 2 pharmaciens adjoints
  • 2 préparatrices en pharmacie
  • 200 patients par jour en moyenne

Pharma : Vous êtes titulaire d’une officine depuis 20 ans, mais vous vous investissez également en dehors de votre établissement. Quelles sont vos différentes activités professionnelles ? Qu’aimez-vous dans votre métier ?

Béatrice Clairaz-Mahiou : Je me suis donné les moyens de faire plein de choses différentes, et c’est ce qui fait la richesse de ma vie professionnelle actuelle. En plus de mon activité à l’officine, je suis élue URPS Pharmaciens Île-de-France et coprésidente du Syndicat des pharmaciens du département des Hauts-de-Seine (92). Ceci me permet de toucher du doigt le côté institutionnel du métier de pharmacien. Je fais aussi partie de nombreux groupes de travail au sein de l’industrie pharmaceutique, afin notamment de travailler sur le parcours des patients. Je suis également intervenante à la faculté de Pharmacie et maître de stage, ce qui me permet d’avoir un contact régulier avec le monde universitaire. J’ai donc la chance d’exercer le métier de pharmacienne dans toutes ses composantes. Cela est très riche et je fais beaucoup de belles rencontres.

Vous avez été sollicitée fin 2017 pour une mission relative à « l’amélioration de l’information des usagers et des professionnels de santé sur le médicament » auprès de la ministre de la Santé. En quoi cela consistait-il ?

J’ai participé à cette mission de décembre 2017 à l’été 2018. Celle-ci avait été souhaitée par Agnès Buzyn après l’affaire du Levothyrox. L’objectif de cette mission était de comprendre ce qui s’était passé pour que l’on en arrive à une telle situation et surtout d’éviter qu’elle ne se reproduise. J’ai été sélectionnée pour en faire partie, car les deux coprésidents de la mission souhaitaient que ce soit une personne de terrain, avec une vision pharmacie clinique.

Comment avez-vous procédé ?

Nous avons auditionné un certain nombre de parties prenantes durant 3 mois, puis nous avons tenu des réunions de travail afin de compiler tout ce que nous avions entendu et de rédiger le rapport. La mission était composée de six personnes : les deux coprésidents, un médecin généraliste, un sociologue, une représentante d’association de patients et moi-même en tant que pharmacienne d’officine. Nous étions accompagnés par deux rapporteurs du Conseil d’État.

Quelles recommandations avez-vous émises ?

Un rapport n’est pas forcément fait pour être suivi à la lettre, en revanche, il donne des pistes. Nous avons proposé que les vitrines des pharmacies, plutôt que d’être uniquement des vitrines de promotion de produits, puissent être le relais d’une information institutionnelle, notamment en cas de problème de santé publique important. Nous avons aussi imaginé qu’un temps dédié à l’information donnée au patient soit réservé lors de la dispensation, ainsi qu’un temps dédié au moment de la consultation chez le médecin. Nous avons suggéré de nommer un « monsieur médicament » en période de crise, audible auprès du grand public, à la manière d’un procureur de la République chargé de s’exprimer publiquement. Par ailleurs, nous avons aussi suggéré une réforme des études de médecine, car actuellement très peu de place est consacrée au médicament. Enfin, nous avons proposé que des jeunes en service civique étudiant en pharmacie ou en médecine puissent donner de leur temps pour informer sur les médicaments.

Le rapport a-t-il été suivi d’effets ?

Lors de la remise du rapport, une conférence de presse a été organisée à l’ANSM. Quelques propositions ont été retenues, mais leur mise en œuvre n’est pas instantanée. Le rapport final a été rendu public, la version PDF est consultable sur le site solidarites-sante.gouv.fr.

Vous avez aussi cofondé cette année la SFSPO (Société française des sciences pharmaceutiques officinales). À quoi va-t-elle servir ?

La SFSPO est une société savante créée en juillet 2018. L’idée est la suivante : aujourd’hui, il existe des sociétés savantes dans le domaine médical, mais il n’y a pas le pendant pour l’exercice officinal. Or, il y a un vrai besoin pour les équipes officinales et une véritable attente de la part des autres sociétés savantes médicales. C’est comme cela que l’idée est venue. L’objectif de la SFSPO est de donner des outils à l’équipe officinale pour que titulaires, adjoints et préparateurs puissent monter en compétences. L’objectif est également de communiquer sur ce que fait exactement l’équipe d’une pharmacie, car nombreuses sont les personnes qui n’en ont qu’une vague idée, aussi bien au sein du grand public que chez les autres professionnels de santé. Nous allons d’ailleurs promouvoir l’interprofessionnalité.

Combien la SFSPO compte-t-elle d’adhérents et comment êtes‑vous organisés ?

Pour l’instant, il y a environ 80 adhérents dont certains sont pharmaciens, mais aussi étudiants ou préparateurs. Le conseil d’administration et le comité scientifique sont en cours de constitution. L’objet de la réunion de janvier : acter les candidatures et d’établir une feuille de route sachant que l’idée est de travailler le plus possible en visioconférence, car les personnes qui vont nous rejoindre vont faire cela bénévolement en plus de leur activité professionnelle, et qu’elles sont réparties dans toute la France. On travaillera par commission : celle sur l’exercice coordonné, celle sur l’exercice officinal et celle sur l’aspect communication.

Quelles sont les actions de la SFSPO prévues pour 2019 ?

Nous avons été beaucoup sollicités par les autres sociétés savantes médicales, des partenariats avec certaines sont déjà prévus. En janvier, nous allons notamment discuter du premier recours, de l’exercice coordonné (notamment des CPTS) et de l’exercice officinal. Une réflexion sera menée sur la communication au sujet de nos métiers (réalisation de posters, participation à des congrès ou prise de parole dans des médias professionnels). De façon générale, cette société savante doit servir à donner un cadre dans un certain nombre de domaines de la pratique du métier de pharmacien d’officine. Nous allons également travailler sur les parcours sécurisés dans l’automédication. C’est un vrai sujet. Aujourd’hui, nous comptons collaborer avec des médecins généralistes et des urgentistes afin de définir les clignotants rouges et savoir à quel moment orienter vers les urgences ou appeler le 15.

Vous avez co-organisé le congrès SPOT Pharma les 9 et 10 décembre dernier à la Cité universitaire, à Paris. Que faut-il retenir de cette édition 2018 ?

Ce congrès se veut très concret. Il y a eu 150 participants le dimanche et 120 le lundi. Ils étaient répartis par atelier. Chaque atelier a visionné des vidéos retraçant des situations rencontrées au cours de la vie officinale, les participants ont voté via une application pour choisir parmi plusieurs solutions proposées face à chaque situation, puis ces résultats ont été affichés à l’écran et discutés par des experts. Ils indiquent alors la meilleure attitude à avoir. •

Propos recueillis par Adeline Raynal

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