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Stress post-traumatique : l’espoir du propranolol

La France compte 2 millions de déprimés, 600 000 bipolaires et autant de schizophrènes. Les besoins thérapeutiques en psychiatrie sont énormes, et pourtant la recherche piétine. L’Académie de pharmacie a décidé d’y consacrer une partie de sa séance plénière le 7 novembre dernier.

 

Alors que les attentats frappent fort, le besoin de nouvelles thérapeutiques pour traiter le syndrome de stress post-traumatique (ESPT) devient indispensable. « Le stress post-traumatique va devenir une pathologie emblématique des maladies psychiatriques » explique ainsi le Dr Bruno Millet, psychiatre à la Pitié Salpêtrière, où une équipe est dédiée à la mise au point d’un protocole thérapeutique pour traiter le ESPT. C’est l’étude « Paris Mémoire Vive » qui intègre environ 300 victimes d’attentat du 13 novembre et de Nice.

La conséquence des attentats

Le stress post-traumatique est induit par un contact direct et soudain avec la mort, que ce soit lors d’un attentat ou un accident de la route par exemple. Il se manifeste par des symptômes rémanents, comme le fait de revivre le traumatisme, une acuité mnésique, un souvenir qui devient prédominant, des cauchemars, une anxiété, des conduites d’évitement de tout ce qui est susceptible de rappeler la situation et des arrêts de travail fréquents.

Ce syndrome altère le mécanisme de peur, et donc le fonctionnement de l’amygdale et de l’axe hypothalamo-hypophysaire, qui entrent en jeu dans le conditionnement de la peur. Les zones de la mémoire pourraient également être altérées, même si l’hypothèse reste à confirmer. 

Inhibiteur de la recapture de la sérotonine et thérapie comportementale

Pour l’heure, les thérapeutiques proposées au patient sont faibles, et reposent principalement sur la prescription d’inhibiteur de la recapture de la sérotonine. « Certains IRS, comme la fluoxétine ou la sertraline sont efficaces sur le stress post-traumatique, mais on en sait pas trop comment ils agissent dessus » indique le Dr Millet.

En plus de cela, les thérapies comportementales sont indispensables pour déconditionner le patient. Après des séances de respiration et de relaxation, il est exposé à la situation redoutée, ce qui le permet de se déconditionner et de se rendre compte que le souvenir de l’évènement n’est pas la même chose que l’évènement en lui même. « Il y a une certaine efficacité, avec 49 à 70% d’amélioration, mais un gros taux d’abandon » précise tout de même le psychiatre.

L’espoir du propranolol

Une nouvelle approche thérapeutique, développée notamment avec la cohorte « Paris Mémoire Vive » consiste en l’administration de propranolol, illustre bêtabloquant, pour réduire les symptômes du stress post-traumatique. En effet, plusieurs études randomisées ont montré que le propranolol va altérer la mémoire de patient lorsqu’il s’agit de souvenirs émotionnellement forts. Mais pas quand les souvenirs sont neutres.

Ce protocole a été testé à large échelle, donc, sur les victimes des attentats de Paris et Nice. Les premiers résultats sont prometteurs, et les conclusions devraient arriver d’ici décembre 2019. Lors du protocole expérimental, la posologie de propranolol était de 0,5 mg/kg, avec une administration en IV sur 6 semaines. « Pour l’instant, on ne peut pas dire combien de temps dure l’effet positif, ni si l’action est simplement symptomatique ou étiologique » précise le Dr Millet.

À noter que le propranolol est parfois détourné par les étudiants ou les comédiens pour gérer le trac.

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