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« Le Reipo a pour objectif de restructurer le métier par l’innovation des pratiques »

Le maillage territorial, valeur du réseau ville-hôpital, est le socle du Reipo, une initiative innovante mise en place en région Occitanie. Son objectif : déployer un bilan partagé de médication performant. Rencontre avec Cécile McCambridge et Amandine Cambon, pharmaciennes et membres du réseau.

LA REVUE PHARMA : LE REIPO, RÉSEAU D’ENSEIGNEMENT ET D’INNOVATION EN PHARMACIE D’OFFICINE, A ÉTÉ CRÉÉ EN 2015 À LA FACULTÉ DE TOULOUSE III. QUI SONT LES PERSONNES À L’ORIGINE DE CE PROJET ?

Amandine Cambon : Les personnes à l’origine de la création du Reipo sont les représentants de la Faculté de pharmacie de Toulouse, de l’Association à la formation continue des pharmaciens de Midi- Pyrénées (AFPM), du Collège des maîtres de stage, de l’Union ré- gionale des professionnels de santé (URPS) pharmaciens Occitanie, l’Équipe régionale vieillissement et prévention de la dépendance (ERVPD) de Midi-Pyrénées et du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens. Depuis peu, le Conseil régional de l’Ordre des médecins et l’URPS médecins libéraux nous ont rejoints, ce qui renforce notre pluridisciplinarité. Évidemment, les pharmaciens d’officine de notre région sont impliqués dans ce projet, à titre indépendant.

QUELLES SONT VOS ACTIONS ?

Amandine Cambon et Cécile McCambridge : Depuis la création du réseau, nous œuvrons pour l’amélioration de la prise en charge médicamenteuse du sujet âgé, raison pour laquelle nos actions reposent actuellement sur la thématique des bilans partagés de médication. Un des premiers objectifs est d’accompagner la restructuration du métier de pharmacien d’officine et d’aider au déploiement des pratiques innovantes. Deux autres volets sont également envisagés : le premier concerne la formation sur la prise en charge thérapeutique des patients âgés. Le second concerne l’évaluation des pratiques professionnelles existantes ainsi que de l’efficience des nouvelles missions du pharmacien d’officine dans le cadre du développement d’actes pharmaceutiques rémunérés.

 

« Nous souhaitons accompagner la restructuration du métier de pharmacien d’officine et aider au déploiement des pratiques innovantes. ” – Cécile McCambridge

 

POURQUOI AVOIR CHOISI LA GÉRIATRIE EN GUISE DE PREMIÈRE MISSION ?

Cécile McCambridge : Tout a commencé en 2012, avec la création de la première Équipe régionale vieillissement et prévention de la dépendance de Midi-Pyrénées par le gérontopôle de Toulouse à la demande de l’ARS. Le but de cette équipe est d’assurer un maillage territorial pour optimiser la prise en charge des personnes âgées. Peu à peu, une équipe territoriale a été créée dans chaque département de Midi-Pyrénées et, à l’heure actuelle, nous sommes en train de nous étendre dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon. Il était essentiel d’associer les pharmaciens à ces équipes, de les sensibiliser et de les former au parcours de santé de la personne âgée. Une des missions est notamment d’aider au repérage de la fragilité pour prévenir la perte d’autonomie de nos aînés.

COMBIEN DE PERSONNES CES ÉQUIPES TERRITORIALES COMPTENT-ELLES ?

Amandine Cambon : Ces équipes sont constituées d’une cinquantaine de professionnels, pharmaciens d’officine, pharmaciens hospitaliers, infirmier(e)s, médecins généralistes, gériatres, mais aussi des délégués territoriaux de l’ARS, assistantes sociales, représentants de MAIA… Tous les professionnels intéressés et amenés à prendre en charge des personnes âgées sont invités, et bienvenus !

COMMENT LES PHARMACIENS D’OFFICINE PARTICIPENT-ILS AU RÉSEAU ?

Cécile McCambridge : Les pharmaciens peuvent participer à des appels à projets sur le bon usage du médicament. Par exemple, en 2017, nous avons répondu à un appel national de la DGOS financé par le ministère de la Santé. Mais cela peut être local, et donc financé par l’ARS. Avec le Reipo, nous souhaitons évaluer les pratiques professionnelles existantes afin de pouvoir proposer des formations pertinentes, qui répondent aux demandes des professionnels, c’est pourquoi nous pouvons être également amenés à soutenir des initiatives individuelles. À titre d’exemple : l’une de nos pharmaciennes est très investie dans la prise en charge de la dénutrition. Au sein de son officine, elle a même développé des actions de formation de son équipe, des protocoles de bon usage des compléments nutritionnels oraux à destination des patients, ainsi que des programmes destinés aux personnes dénutries. En intégrant cette pharmacienne à nos équipes territoriales, nous avons pu faire connaître ses actions et son expertise à l’ensemble des professionnels de santé.

À L’HEURE OÙ LA RÉMUNÉRATION DES PHARMACIENS BASCULE SUR LES HONORAIRES ET LES SERVICES, PENSEZ-VOUS QUE LA PROFESSION SOIT PRÊTE ET ASSEZ FORMÉE ?

Cécile McCambridge : Nombre de nos confrères se sentent désarmés face à ces entretiens et aux échanges qu’on leur demande d’avoir avec les médecins.

ET VOUS, QUE PROPOSEZ-VOUS SUR LE VOLET THÉORIQUE ?

Amandine Cambon : La Société française de pharmacie clinique (SFPC) propose une formation par le biais des URPS, des facultés de pharmacie ou des Omedit. Il s’agit d’un e-learning associé à une séance présentielle de débriefing au cours de laquelle les pharmaciens peuvent poser toutes leurs questions aux experts. La formation présentielle est relayée par les pharmaciens hospitaliers dans chaque région.

Cécile McCambridge : Il est intéressant que tous les profession- nels partagent leurs compétences. Les pharmaciens hospitaliers ont déjà cette organisation en réseau ; il est bon d’ouvrir ce mode de fonctionnement à la pharmacie d’officine, et ainsi de renforcer le lien hôpital-ville en organisant des formations communes. Par ailleurs, l’AFPM propose des séances tous les 2 mois à la faculté de pharmacie de Toulouse sur « l’optimisation de la prise en charge mé- dicamenteuse des personnes âgées ». Ces sessions sont accessibles sur internet après souscription à l’association, en début d’année.

Amandine Cambon : Il existe également un DU d’optimisation médicamenteuse chez la personne âgée, ouvert aux médecins et aux pharmaciens, enseigné à la faculté de pharmacie de Toulouse. Enfin, nous proposons une permanence par mail et par téléphone que les pharmaciens peuvent utiliser à tout moment s’ils ont besoin d’aide au sujet du bilan de médication.

 » Pour que le pharmacien d’officine soit réellement performant et efficient, les logiciels métier doivent également évoluer pour répondre à ces nouvelles missions. ” – Amandine Cambon

 

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DES PROJETS BIMEDOC ?

Amandine Cambon : Le Reipo est porteur du projet Bimedoc régio- nal ou Bilan de médication en Occitanie. Ce projet a pour objectif de mesurer la faisabilité de mise en œuvre des bilans de médication en soins primaires. Il a commencé en novembre 2017 pour une durée de 2 ans. Cette évaluation est possible grâce aux pharmaciens du Reipo. Le projet Bimedoc national correspond lui au PREPS mentionné pré- cédemment. Neuf villes sont concernées : Toulouse, Lyon, Grenoble, Lille, Marseille, Nantes, Nîmes, Paris et Rouen. L’objectif principal de cette étude qui débutera fin 2018 sera d’évaluer l’impact du bilan de médication sur la survenue d’une hospitalisation à 12 mois chez les patients âgés de 65 ans et plus avec ALD vivant à domicile, ou de plus de 75 ans et polymédiqués, comparativement aux soins usuels.

EN PRATIQUE, COMMENT FONCTIONNENT LES PROJETS BIMEDOC ?

Amandine Cambon : Au niveau régional, nous accompagnons les pharmaciens du réseau lors des neuf premiers bilans de médication. Un pharmacien tuteur, spécialisé en gériatrie, est financé par l’ARS pour ces sessions qui ont lieu au sein même de l’officine ou au domicile du patient. Généralement, trois séances sont organisées. Au cours de chacune d’elles, les pharmaciens voient trois patients pendant environ 45 minutes chacun. À l’issue des bilans de médication, une relecture critique des synthèses envoyées au médecin généraliste est faite par le binôme. Après ce coaching, les pharmaciens sont autonomes et nous leur garantissons un suivi par mail et par téléphone si besoin.

Cécile McCambridge : En ce qui concerne le PREPS, chaque CHU devra associer et coordonner sept pharmacies d’officine et chacune de ces pharmacies devra recruter 20 patients en étroite collaboration avec leur médecin traitant. Chaque pharmacie aura une période « contrôle » où deux patients seront inclus par mois sans réaliser de bilans de médication, puis une période « intervention » où les patients inclus pourront bénéficier du bilan de médication. Une attention particulière sera portée sur la réduction des médicaments inappropriés et de la poly- médication, ainsi qu’une amélioration de l’observance.

AVEZ-VOUS ÉTÉ APPROCHÉS PAR D’AUTRES RÉGIONS SOUHAITANT METTRE EN PLACE CES PROJETS ?

Cécile McCambridge : Oui, plusieurs régions s’intéressent à la faisabilité de ces projets. Les régions Ile-de-France et Auvergne-Rhône- Alpes souhaitent notamment se lancer.

Amandine Cambon : La formation est en effet le premier socle à acquérir. Mais pour que le pharmacien d’officine soit réellement per- formant et efficient, les logiciels métier doivent également évoluer afin de répondre à ces nouvelles missions. Il est clair que les choses sont en train de bouger à ce niveau. L’objectif ultime serait de pouvoir transférer le bilan de médication sur le DMP. C’est d’ailleurs ce que souhaiterait l’Assurance maladie, et nous travaillons ensemble sur ce sujet. De leur côté, les pharmaciens comme les médecins et les infirmières doivent se faire les porte-parole des messages de prévention élaborés par le ministère de la Santé.

QUI POURRAIT LES ACCOMPAGNER DANS CES NOUVELLES MISSIONS ?

Cécile McCambridge : Le ministère de la Santé et l’Assurance maladie en première ligne. Le soutien financier des ARS peut également permettre de mettre en œuvre certains projets. Mais, au-delà, qui mieux que les pharmaciens eux-mêmes pour s’auto-accompagner, en réseau, dans ces missions de demain ?

AVEZ-VOUS OBSERVÉ LE DÉPLOIEMENT DE CES NOUVEAUX SERVICES DANS LES OFFICINES ÉTRANGÈRES ?

Amandine Cambon : Au sujet du bilan de médication, il y a eu plusieurs expérimentations en Europe, notamment dans les pays anglo- saxons (Grande-Bretagne, Danemark) et en Suisse. À l’échelle mondiale, nous avons observé les États-Unis et le Canada, mais également l’Océanie avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Grâce à ces études, il a pu être constaté que la mise en place des bilans de médication a permis de diminuer la polymédication, les coûts, mais aussi d’améliorer la qualité de vie du patient, l’adhésion et la tolérance au traitement. La diminution des chutes a été significative. Cette revue de la littérature a été essentielle pour construire notre projet.

VOUS TRAVAILLEZ SUR L’INNOVATION À L’OFFICINE : QUEL EST VOTRE PROCHAIN CHEVAL DE BATAILLE ?

Amandine Cambon : Le Reipo travaille actuellement sur l’optimisation des pratiques médicamenteuses en oncologie pour accompagner les pharmaciens dans la délivrance des traitements de cancérologie en ville. Mais chaque chose en son temps ! Nous nous concentrons d’abord sur ce bilan, et accueillons évidemment toutes les initiatives innovantes !

 

Le Reipo en quelques chiffres

  • 50 pharmaciens : Depuis le mois de novembre, une cinquante de pharmaciens ont pu bénéficier du tutorat.
  • 10 : C’est en moyenne le nombre de lignes de traitement par patient ayant bénéficie d’un bilan de médication.
  • 7 interventions pharmaceutiques : C’est en moyenne le nombre d’interventions par patient proposées au prescripteur (à nuancer, car lors de leur coaching, les pharmaciens choisissent le plus souvent des prescriptions très complexes pour bénéficier de la formation la plus complète possible).
  • 1 heure : C’est la durée moyenne d’un bilan de médication en coaching, une donnée à modérer, car ce temps incluait la formation et les échanges avec le tuteur. Au fil des séances, et après appropriation des outils, les pharmaciens réalisaient un entretien entre 30 et 45 minutes en fonction de la longueur de l’ordonnance.

Propos recueillis par Tina Géréral

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