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Prévenir et guérir les radiodermites

Provoquées par l’irradiation de la peau lors du traitement du cancer, les radiodermites sont souvent favorisées ou aggravées par la chimiothérapie. Peut-on prévenir ces réactions cutanées et comment ? Quels soins recommander lorsqu’elles surviennent ?

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Les radiodermites sont des réactions provoquées par une irradiation sur la peau. Comme l’indique Bertrand Fleury, spécialiste en oncologie radiothérapique au Centre Marie Curie de Valence, « la réaction est plus intense en cas d’administration concomitante de certains cytolytiques et thérapies ciblées comme les sels de platine ou le Cetuximab. Radio et chimiothérapie étant cytotoxiques, ils se potentialisent l’un et l’autre. » Pour ne pas interrompre la radiothérapie et donc risquer de diminuer l’efficacité du traitement, la stratégie consiste à fractionner les doses et à gérer les réactions cutanées.

Avant le traitement

Si la peau est bien entretenue, elle résistera mieux aux agressions. L’objectif ? Éviter l’apparition de problèmes cutanés, de traumatismes (microcoupures, irritations…), l’humidité (macérations), le dessèchement (excès de chaleur, produits contenant de l’alcool). Conseillez à vos patients une toilette quotidienne avec des savons doux (pain dermatologique ou surgras ; huile nettoyante Xeracalm, Avène), un séchage méticuleux sans frotter (attention aux mycoses qui aggravent les radiodermites), l’application d’un soin hydratant (XeraCalm A.D en crème ou baume, crème Cicalfate, Avène ; Cicaplast, La Roche Posay).

Pendant le traitement

Ces conseils doivent être poursuivis en veillant, au cours de la toilette, à ne pas décoller ou effacer les “marquages” servant à délimiter le champ d’irradiation. « L’application d’une crème émolliente doit se faire après les séances – que ce soit en cabine, en sortant de la séance ou à la maison – jamais avant. La peau doit en effet être sèche au moment de l’irradiation », insiste Bertrand Fleury. À éviter : les eaux de toilette et parfums, savons parfumés, déodorants contenant de l’alcool, l’épilation et le rasage (si le rasage n’est pas évitable, préférer l’utilisation du rasoir électrique), le soleil (photoprotecteur indispensable), la chaleur (spa, bains chauds), le froid et l’humidité (brumisateur). Une précaution particulière s’impose également vis-à-vis des huiles essentielles de niaouli, arbre à thé, lavande. « Des effets de mimétisme oestrogénique ont été rapportés. Il n’est donc pas souhaitable de les conseiller lors d’irradiations pour cancer du sein », signale Bertrand Fleury.

Durant les semaines qui suivent

La peau reste très fragile. Il est possible d’utiliser des soins hydratants pour l’assouplir (émollient, cold-cream, huiles d’aloe vera, de calendula…) ou des pansements pour soulager et hydrater (hydrogels, pansements vaselinés). « Les zones irradiées doivent être surveillées à vie », ajoute Bertrand Fleury.

Survenue d’une radiodermite : les solutions

En cas de plaies exsudatives, les soins locaux consistent en l’application soit d’un pansement pour protéger, réguler l’humidité, cicatriser (type hydrocolloïde ou hydrocellulaire), soit d’un pansement gras qui exige « de laisser le moins de gras possible sur la peau au moment de la séance, pour éviter “l’effet bolus” », souligne Bertrand Fleury. Un pansement gras impose donc d’être défait au moment de la séance pour être refait ensuite. « Les hydrocolloïdes ou hydrocellulaires sont plus faciles à manipuler et souvent privilégiés lorsque l’irradiation est poursuivie », rapporte le spécialiste. « Les hydrocellulaires extraminces donnent les meilleurs résultats, car ils offrent une bonne adhérence dans les zones de plis et peuvent être facilement retirés et remis ensuite », ajoute Bertrand Fleury. Lorsque la plaie n’est pas exsudative, utiliser un émollient en cas d’érythème léger, ou un pansement hydrogel pour soulager, hydrater et protéger, en cas d’érythème plus marqué (au niveau des plis notamment), sensible ou douloureux. Préférez les émollients ayant une formule simple, car ils limitent les réactions de type allergique (calendula, facile à appliquer, vaseline officinale pour traiter irritations et sécheresse, cérat de Galien, protecteur et hydratant…). Enfin, pour maintenir les formes non-adhésives des pansements, conseillez un jersey tubulaire ou un filet.

  • Réactions aiguës : elles correspondent à des lésions cutanées précoces pendant l’irradiation ou au décours immédiat. Le plus souvent, les premières rougeurs apparaissent entre la 2e et la 3e semaine de l’irradiation
  • Effet bolus :  il correspond à l’augmentation de la toxicité des rayons à la surface de la peau, favorisée par toute substance de densité proche de l’eau en interface entre la source du rayonnement et la peau du patient.

Clémence Clerc

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