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Pharmacie rurale cherche médecin, urgent…

Pour pallier le départ à la retraite de son médecin, Eve-Catherine Kuntzmann, titulaire à Sentheim, en Alsace, a lancé une campagne de recrutement tous azimuts. Mais les candidats se font rares.

Ph121-Actu reportage 1

France 3 Alsace, Télématin, France bleu, le quotidien L’Alsace, mais également des journaux professionnels… Depuis quelques semaines, Sentheim, village de 1 600 âmes niché au début de la vallée de la Doller, dans le Haut-Rhin, est assailli par les micros et caméras. A u coeur de cette agitation médiatique, Eve-Catherine Kuntzmann se bat pour aider à recruter un médecin. Cette titulaire, qui a racheté il y a un an et demi avec son frère l’officine paternelle, ne se fait pas prier pour raconter son histoire. Comme souvent, le scénario se répète : l’unique prescripteur s’en va, et c’est l’accès aux soins des locaux qui se trouve menacé.

À Sentheim, c’est Gérard Mollet, généraliste en activité depuis 1977, qui prendra sa retraite cet été. Malgré les nombreuses tentatives du praticien pour trouver un successeur, on ne se bouscule pas au portillon… « Je pensais qu’on trouverait plus facilement, confie Eve-Catherine Kuntzmann, qui s’inquiète de l’absence de prescripteur pour la santé de ses concitoyens… et celle de l’officine. Je crains l’effet domino de ce départ. Sans médecin, plus d’ordonnances, donc moins de patients et un chiffre d’affaires qui, inéluctablement, se dégrade ».

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Sur tous les fronts

Loin de céder à la fatalité, la jeune titulaire se bat sur tous les fronts. Premier fait d’armes : la création, début février, d’une page Facebook « Sentheim, qu’est-ce qu’on attend ? » pour dénicher la perle rare. La page a déjà recueilli plus de 500 « j’aime ». La jeune femme s’improvise même conseillère touristique pour vanter les charmes de sa commune : « Sentheim a une position centrale dans la vallée, à dix minutes de l’autoroute entre Belfort et Mulhouse. Les villages alentours ne possédant aucun médecin généraliste, celui de Sentheim doit composer avec un bassin de population de 6 000 habitants ». La patientèle semble donc assurée pour le ou les successeurs. Le médecin actuel tournait autour de 25 à 30 patients par jour.
Eve-Catherine Kuntzmann tente également de tordre le cou aux idées reçues sur le monde rural : « Sur le papier, Sentheim ne fait pas rêver alors qu’en réalité c’est un village dynamique. Crèche, centre périscolaire, écoles, associations sportives et culturelles, commerces de proximité, le village dispose de toutes les infrastructures nécessaires pour un jeune couple avec enfants. Sans oublier une pharmacie, deux cabinets de kinésithérapeutes, un cabinet d’infirmières et un dentiste. Au total, nous sommes une dizaine de professionnels de santé jeunes et motivés ! »

Locaux rénovés

Autre atout de taille, la présence sur la commune d’une maison d’accueil en milieu rural pour personnes âgées (Marpa) et d’un centre de soins de suite et de réadaptation (CSSR), deux structures susceptibles d’attirer de jeunes praticiens. Également dans les tuyaux, un projet de maison de santé pluridisciplinaire qui devrait voir le jour courant 2017. En attendant, afin de faciliter l’installation du futur médecin, la mairie a remis aux normes les locaux de l’ancienne banque, situés au centre du village, à deux pas de la pharmacie. Des locaux rénovés accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR) et disposant de nombreuses places de stationnement. Cet espace de 80 m2 comprend un cabinet de consultation, des toilettes privées, une petite cuisine, et une partie pour l’accueil des patients avec un sas d’entrée, des toilettes aux normes PMR et une salle d’attente pouvant également accueillir un secrétariat.
« S’il fallait un dernier argument pour convaincre les plus sceptiques, Sentheim est classée zone prioritaire pour l’installation de médecins généralistes, et est à ce titre éligible au dispositif praticien territorial de médecine générale (PTMG) ». Ce contrat offre aux installés, pendant deux ans, un complément aux revenus tirés des activités de soins de manière à garantir un revenu net mensuel de 3 640 €. D’autres avantages sont consentis comme un complément de rémunération forfaitisé versé pendant trois mois en cas d’arrêt maladie ou pendant la durée d’un congé de maternité.

Chasseurs de têtes, opportunistes…

Malgré ces atouts, Sentheim tarde à trouver son nouveau médecin. « Quelques candidats étrangers sont venus se présenter mais ils n’avaient pas les diplômes requis ou les bonnes équivalences, d’autres parlaient peu le français, ce qui rendait compliquée leur intégration », énumère Eve-Catherine Kuntzmann, qui a également vu passer des chasseurs de têtes et une entreprise belge spécialisée dans le recrutement de professionnels de santé. « Le point positif, c’est que le bouche à oreille a porté ses fruits ; le revers de la médaille, c’est que l’annonce a attiré pas mal d’opportunistes davantage animés par l’intérêt financier du poste que par une vision philanthropique du métier ». Dernière visite en date, celle d’une association alsacienne qui place des médecins salariés. « Cela aurait pu convenir mais je crains qu’un médecin salarié ne s’investisse pas au même titre qu’un libéral », regrette la jeune femme, qui continue à bombarder de mails les associations de médecins, les facultés, les doyens, les ARS…

Le temps presse

En juillet, le médecin fermera son cabinet. « Que vont devenir les patients ?, s’alarme Eve-Catherine Kuntzmann, qui recueille au comptoir les nombreuses doléances. Beaucoup sont âgés et ne peuvent se déplacer. Sans médecin, on court à la catastrophe, c’est tout un bassin de population qui se trouve menacé ». Ironie du sort, le lancement de la campagne de recrutement à Sentheim a coïncidé avec la sortie sur les écrans d’Un village presque parfait, une comédie potache qui retrace l’opération de séduction d’un village pyrénéen pour attirer un médecin. Pour le persuader de s’installer dans leur bourgade reculée, les habitants sont prêts à tout, comme se mettre au cricket (sport favori du futur praticien), à la pêche… Eve-Catherine Kuntzmann espère ne pas être obligée d’en arriver là : « Je garde espoir. Toutes les conditions sont réunies pour recruter un médecin. Le message continue d’être relayé. Cela finira par payer. Je ne peux concevoir que personne ne veuille venir s’installer dans notre belle vallée ».

90 630 C’est, au 1er janvier 2014, le nombre de médecins généralistes inscrits en activité régulière recensé par l’ordre des médecins, soit une baisse de 1 % sur un an et de 6,6 % sur la période 2007/2014.

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Auteur : Olivier Valcke

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