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Laëtitia Hible, la « positive attitude »

Malgré la morosité ambiante, la nouvelle présidente de Giphar entend bien insuffler dynamisme et optimisme auprès de ses adhérents.

« Je suis un pur produit Giphar ! » Laëtitia Hible n’est pas du genre à renier ses convictions. Encore moins son attachement à son groupement. Cette pharmacienne nordiste exilée en Corrèze l’a rejoint en 2004. « J’ai été Giphar au premier jour de mon installation », aimet- elle répéter. Dix ans plus tard, elle en prenait les rênes en insufflant son énergie et son optimisme. « Comment pérenniser mon activité ? Le monopole tiendra-t-il ? La pharmacie a-t-elle encore un avenir ? Les titulaires se posent beaucoup de questions. Et souvent à juste titre. L’officine traverse une période charnière marquée par une restructuration du réseau, l’arrivée de services supplémentaires, l’intégration d’un nouveau mode de rémunération, l’avènement d’un autre métier… Le présent peut paraître trouble mais le futur est porteur d’espérance, d’opportunités nouvelles. C’est ce message d’optimisme que j’essaie de transmettre à mes adhérents ».

Don de soi

Optimiste, Laëtitia Hible l’était déjà à ses débuts : « J’ai eu la chance de bénéficier d’un soutien local lors de ma première installation. Se sentir épaulé, c’est vital, surtout pour un jeune ». Après une deuxième installation, Laëtitia Hible souhaite s’investir. Elle prend la présidence du groupement local et devient membre de la commission nationale Giphar « Développement réseau ». « J’avais bénéficié de ce soutien, il était normal qu’à mon tour, j’apporte ma modeste contribution au groupement ». Progressivement, la jeune femme se voit confier des responsabilités. Elle dirige le comité stratégique réseau, co-anime l’institut de formation, l’Institut d’études et de perfectionnement (IEP), et devient trésorière du groupement. « En trois ans, j’ai eu une vision globale de l’entreprise ». Laëtitia Hible a fait sienne la devise de Giphar, à laquelle elle a ajouté « solidarité ». « On n’entre pas dans un groupement uniquement pour son modèle économique ou la mutualisation des achats, ce serait trop facile, explique-t-elle. On y adhère car on y retrouve des valeurs, une philosophie, une vision du métier. Rejoindre un groupement, c’est faire don de soi, accepter les débats d’idées, l’entraide… Je ne veux pas de consommateurs de groupements, d’adhérents au forfait ou à la carte. Giphar est une coopérative, ce qui implique que tout est redistribué aux adhérents. D’une certaine manière, le groupement leur appartient ». Depuis quelques années, les jeunes installés sont ciblés. Objectif ? Rajeunir les forces vives… et compenser les prochains départs à la retraite. « Un grand nombre de cadres fondateurs vont partir à la retraite dans les années qui viennent. Un travail de transmission doit s’opérer entre générations ». Pour attirer les jeunes, Giphar a présenté lors de son dernier congrès son concept Agora qui associe éthique, proximité, modernité et compétence. Porté par la commission « Enseigne, marketing et communication », Agora se veut un levier de croissance pour les adhérents qui cherchent à se différencier. Il décline les outils du groupement (animations commerciales, recommandations merchandising…) et propose un parcours client simplifié autour d’un arbre central, synonyme de proximité. Les différentes couleurs (vert en façade, blanc en front office et orange en bandeau) permettent une bonne lisibilité même sur de petites surfaces de vente. Et les résultats sont là : « Moins d’un an après le lancement, on assiste à une progression de 9 % des pharmacies passées sous ce concept ».

Alternance et continuité

C’est l’une des particularités de Giphar. La charte du groupement n’autorise pas plus de deux mandats de quatre ans. Une fois ces mandats effectués, il faut passer la main. L’alternance est donc une constance au niveau des postes à responsabilité. « Pas de risque d’une personnalisation du pouvoir, ici c’est la démocratie directe qui est privilégiée, souligne Laëtitia Hible. Cela permet un débat d’idées constant, une réelle pertinence dans les prises de position stratégiques, et surtout de donner à chaque adhérent la possibilité d’accéder à des postes clés ».

L’organisation du directoire mise également sur la continuité. Pour éviter une refonte entière des actions déjà engagées à chaque nouveau bureau, les plans stratégiques sont votés pour trois ans et présentés à chaque début d’exercice. « Il faut de la cohérence pour avancer. Pas question de faire table rase de ce que mes prédécesseurs ont réalisé, souvent avec succès d’ailleurs. Nous sommes dans la continuité des projets. Avec la possibilité de les réactualiser le cas échéant ». Si continuité il y a, Laëtitia Hible compte bien marquer son mandat de son empreinte en axant sa politique sur davantage de communication. « Une majorité de nos adhérents n’a pas encore pris conscience des évolutions en cours. Il y a, à mon sens, un colossal travail d’information à réaliser. Si j’arrive à faire prendre conscience à mes adhérents de la nécessité de se réinventer, j’aurais l’impression du devoir accompli. S’ils acceptent les outils que nous avons conçus pour les accompagner, j’aurais rempli correctement ma mission de présidente ».

Et pour réveiller les consciences, Laëtitia Hible n’y va pas par quatre chemins. Lors de son investiture, en septembre dernier, son premier discours fut un électrochoc. « Je leur ai dit ‘‘Si demain, on vous dit qu’il ne restera que trois pharmacies sur quatre, êtes-vous sûr de faire partir de ces trois-là ? Si vous avez le moindre doute, n’hésitez plus, sortez de votre officine pour échanger avec votre confrère qui a sans doute les mêmes difficultés que vous’’ ». Un discours qui a sensibilisé les adhérents. « Ceux qui m’inquiètent le plus, ce ne sont pas les jeunes. Ils ont de l’énergie à revendre et fourmillent d’idées innovantes. Je me fais davantage de souci pour les adhérents plus âgés, qui sont persuadés qu’ils parviendront à vendre leur officine dans l’état dans la décennie. C’est ceux-là qu’il faut convaincre du changement ».

De grands espoirs

Pour accompagner ces évolutions, Giphar a mis en place depuis deux ans un service développement qui assiste les adhérents dans leur souhait de transfert, d’association, de regroupement… « Ma mission actuelle ? Stabiliser les points de vente, les sécuriser, les transformer, les agrandir pour développer une offre commerciale supplémentaire, mais également une offre de services ».

Éducation thérapeutique, prévention, dépistage, vaccination… ces nouveaux services sont, selon Laëtitia Hible, une chance inouïe pour l’officine. D’où la nécessité de communiquer. « On est passé ces dernières années de la dispensation du médicament à la prise en charge globale des personnes. Comment voulez-vous que notre patient rentre dans un parcours de soins au sein de l’officine si le pharmacien n’a pas le droit de l’en informer ? La communication est obligatoire pour faire valoir nos nouvelles compétences. » Si elle reconnaît sans détour les difficultés économiques actuelles, Laëtitia Hible reste persuadée que l’avenir est porteur de grands espoirs pour la pharmacie d’officine. « Je n’ai pas de boule de cristal mais je dirais qu’il nous reste cinq années difficiles avant que la tendance s’inverse. Une fois le réseau restructuré, l’exercice officinal sera passionnant. Ma fille aînée fait pharma. Vous croyez vraiment que je l’aurais encouragée dans cette voie si je n’y croyais pas ? »

Bio express

  • 1997 : Diplômée de la faculté de pharmacie de Lille
  • 2004 : Installation en Corrèze
  • 2008 : Présidente du groupement local
  • 2011-2014 : Trésorière de Giphar et coresponsable de l’Institut d’études et de perfectionnement
  • Depuis 2014 : Présidente de Giphar
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Auteur : Olivier Valcke

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