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Marie-Christiane Ho « Je vis dans la peur mais je ne céderai pas »

Agressée à plusieurs reprises et criblée de dettes, cette pharmacienne installée à Paris dans le quartier de Belleville vit un véritable calvaire.

Pharma. Vous avez repris la pharmacie de l’Orillon en février 2012. Depuis, vous faites l’objet d’incessantes intimidations et agressions physiques. Comment l’expliquez-vous ?

Marie -Christiane Ho. Lorsque j’ai racheté cette pharmacie, j’ignorais tout de son environnement. L’ancien titulaire m’a garanti que le quartier était tranquille. Après quelques semaines, la réalité m’a rattrapée ainsi que la réputation sulfureuse de mon prédécesseur. Ce dernier, pour éviter d’être la cible des clans du quartier, dispensait gratuitement les médicaments. Certains clients présentaient des ordonnances falsifiées, d’autres déclaraient qu’ils reviendraient payer plus tard. D’autres enfin se servaient directement. J’ai voulu mettre fin à ces pratiques. Bien mal m’en a pris.

Quelles ont été les réactions suite à ces refus ?

J’ai fait l’objet de menaces de mort et d’intimidations physiques, notamment de la part d’une famille influente du quartier qui voulait que je me soumette à leurs « trafics ». J’ai toujours refusé. Les intimidations se sont poursuivies, empoisonnant la vie de mes employés. À bout de nerfs, j’ai déposé plainte le 12 juillet 2013 au tribunal correctionnel de Paris. Un mois plus tard, c’était l’agression de trop.

Que s’est-il passé ce jour-là ?

Il était minuit passé le 9 août. J’étais en train de réaliser l’inventaire afin de clôturer mon bilan lorsqu’un individu s’est introduit dans l’officine. Il s’est rué vers moi et m’a injuriée. Il a déclaré que la pharmacie lui appartenait puisqu’il était le « boss » du quartier. Selon lui, j’avais intérêt à délivrer gratuitement des médicaments si je ne voulais pas voir ma pharmacie partir en fumée. D’un coup de poing, il a cassé l’écran d’un ordinateur. J’ai essayé de le raisonner mais il s’est montré de plus en plus agressif. Fou de rage, il m’a donné un coup de pied en pleine poitrine. Un complice a débarqué et m’a frappée avec la crosse d’une arme à feu. Ensanglantée, j’ai quand même eu le réflexe d’appuyer sur le bouton SOS situé sous le comptoir. La police est arrivée… 1h40 plus tard.

Qu’avez-vous ressenti ?

J’ai vraiment cru que j’allais y passer. Heureusement pour moi, il y avait un jeune du quartier dans la pharmacie qui était venu me demander des renseignements sur son traitement. Ils l’ont fait sortir et j’ai réussi à sortir avec lui. Ils ont continué à me frapper devant l’officine mais il y avait plus de témoins. Je n’ose imaginer ce qui ce serait passé si j’étais restée seule à l’intérieur… Lorsque les policiers sont arrivés, un de mes agresseurs a déclaré que j’avais été attaqué par des jeunes qui avaient pris la fuite. Puis avant de partir, il m’a dit : « Je te laisse 48 heures et je reviendrai te voir ». Je suis traumatisée. Et je ne vous parle pas des séquelles physiques : quatorze points de suture et la mâchoire fracturée assortis d’une ITT de quinze jours. Depuis, malgré deux vigiles et quinze caméras de surveillance, je vis dans la peur. J’aime mon métier mais je crains pour ma vie et celle de mes collaborateurs.

En plus de ces violences, vous avez récupéré les dettes de l’ancien gérant…

Plusieurs clients avaient des factures non payées pour des montants dépassant les 1 000 €. Aujourd’hui, je dois près de 300 000 €. La banque a bloqué plusieurs reprises mon compte. J’ai une dette de 100 000 € auprès de mon ancien grossiste que je rembourse peu. Mais plus aucun grossiste répartiteur ne veut travailler avec moi. Avec l’équipe, c’est le système D qui prime mais pour combien de temps ? Dernièrement, j’ai reçu une contravention. L’ancien titulaire avait enregistré sa voiture comme véhicule de fonction. Cela ne s’arrête jamais…

Comment voyez-vous votre avenir ?

J’ai demandé un transfert mais il m’a été refusé. Malgré la peur, les menaces, je suis condamnée à résister. J’ai reçu des lettres de soutien de patients. Pour eux, cela vaut le coup de se battre. Je veux leur montrer que je ne me soumets pas aux diktats de petits caïds. Je n’aspire qu’à une seule chose : exercer mon métier en toute sérénité.

Propos recueillis par Olivier Valcke

 

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