Rencontre avec Matthéo de Faria, étudiant en pharmacie à Amiens et président de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf), pour l’année 2026-2027.

Matthéo de Faria (DROITS RÉSERVÉS)
Revue Pharma : Vous avez été élu président de l’Anepf en juillet dernier. Quelles sont les sources de votre engagement ?
Matthéo De Faria : Je suis en 5e année de pharmacie à Amiens, filière industrie et depuis quelques années, je suis engagé au sein de mon association étudiante locale. En tant que président de l’Anepf, cette année est particulière, avec l’élection présidentielle, mais aussi la question de la représentativité étudiante et l’évolution du métier de pharmacien.
Il s’agit aussi de la toute première année de mise en place de la réforme du 3e cycle. Quelles sont vos premières remontées ?
Nous sommes en plein dedans et les premiers retours des étudiants commencent à nous parvenir. À ce stade, nous n’identifions pas de difficulté majeure ou de point de blocage généralisé. Il y a bien quelques problématiques qui remontent ce qui est assez logique pour la première année de mise en œuvre d’une réforme de cette ampleur. Néanmoins, dans l’ensemble, nous sommes contents de cette avancée. Il faut aussi garder à l’esprit que toutes les facultés n’ont pas encore commencé cette nouvelle organisation, donc nous aurons une vision plus complète dans les prochains mois.
Qu’en est-il de la formation des maîtres de stage ?
Nous aurions aussi aimé avoir, pour les pharmaciens maîtres de stage, le statut de maître de stage universitaire (MSU). Cela permettrait de former les officinaux à la pédagogie, à la manière d’enseigner à l’étudiant son futur métier de pharmacien. Avec la réforme du 3e cycle, ce serait la suite logique de l’amélioration de notre formation. Malheureusement, il n’y a pas de financement prévu pour nos MSU, contrairement aux étudiants en médecine.
Pour cette rentrée, les étudiants en pharmacie auraient dû bénéficier du CESP. En échange d’une allocation de 1 200 euros par mois durant leurs études, ils s’engagent à exercer dans une zone sous-dense. Où en est-on ?
Le décret qui fixe le nombre de places ouvertes aux étudiants de pharmacien pour le contrat d’engagement de service public (CESP) n’est malheureusement toujours pas sorti, par manque de financement, je pense. Pour l’instant, toutes les places sont occupées par les étudiants en médecine et en dentaire. La mesure est reportée, on l’espère, à l’année prochaine.
Vous pointez régulièrement la précarité des étudiants en pharmacie. Quelles sont vos inquiétudes ?
Déjà, nous sommes inquiets de la fin de l’expérimentation sur l’encadrement des loyers, prévue pour novembre. Il existe une incertitude quant à la poursuite de l’encadrement ; or, sans celui-ci, les loyers des étudiants pourraient continuer à augmenter. Nous avons également dénoncé la suppression des APL pour les étudiants extracommunautaires, qui ont aussi vu leurs frais d’inscription à l’université multipliés par 16…
S’ajoute à cela la publication d’un rapport du Sénat qui prévoit de réfléchir à une augmentation des frais d’entrée en licence et en master, en les multipliant par 5. Nous désapprouvons ; cette mesure n’est pas possible alors que 1 étudiant sur 5 saute au moins 4 repas par semaine. Cette précarité influe grandement sur la santé mentale : 3 étudiants sur 10 déclarent avoir déjà renoncé à prendre rendez-vous chez un soignant pour des raisons financières.
Quelles sont vos propositions pour lutter contre la précarité ?
Continuer la généralisation du repas à 1 euro. Nous y sommes très favorables même si la rentrée a été difficile, du fait d’une très forte demande qui se traduit par des files interminables devant les restaurants universitaires. Le Crous est dépassé par manque de ressources humaines. Le risque que le repas à 1 euro pour tous s’arrête en janvier 2027 existe aussi, si le projet de Loi de finances n’est pas voté.
Ainsi, nous avons mis en place un fonds de dotation à l’Anepf, une aide pour accompagner les étudiants dans la précarité, notamment car les bourses ne sont versées que 10 mois sur 12. Globalement, nous sommes pour une réforme des bourses qui puisse intégrer les étudiants en grande précarité, mais qui aujourd’hui ne peuvent pas bénéficier de bourse, car ils sont à la limite du système. L’Anepf appelle alors à engager une réforme systémique ambitieuse des bourses sur critères sociaux pour la rendre linéaire, territorialisée et universelle et que les montants et les barèmes des bourses soient indexés sur l’inflation.
À la suite de l’échec de la réforme PASS/LAS, le gouvernement a annoncé vouloir créer, pour la rentrée 2027, une licence portail santé (LPS). Qu’en pensez-vous ?
Il s’agit d’une voie unique ce qui est positif, car avec la PASS/LAS il y avait un gros problème de lisibilité avec les deux filières. Les parents et les lycéens étaient totalement perdus ! L’autre avantage de la LPS, est que l’on garde une filière interprofessionnelle avec les autres étudiants et nous y tenons énormément. Nous sommes donc totalement favorables à cette licence ; attendons de voir la manière dont elle est mise en place concrètement dans les universités, car elle impose aussi un changement de maquette pédagogique.
Une expérimentation d’accès direct en pharmacie était aussi dans les tuyaux. Est-ce en place ?
Actuellement, aucune faculté à notre connaissance ne s’est lancée dans l’expérimentation. L’idée était de réserver 20 % des places en 2e année de pharmacie aux étudiants qui, en 1re année, avaient émis le souhait de ne faire que de la pharmacie. L’étudiant avait jusqu’à la fin du mois de septembre pour se faire connaître et n’avait simplement qu’à obtenir la moyenne pour passer en 2e année. L’expérimentation devait s’arrêter en 2029, ce qui a un peu refroidi les doyens. L’Anepf n’est pas favorable à l’accès direct, car nous souhaitons conserver l’interprofessionnalité dans les études de santé.
Comment booster encore l’attractivité de la filière ?
Pour attirer les étudiants en pharmacie, tout se joue sur la communication, en particulier sur les réseaux sociaux. Nous devons être davantage présents sur Tik Tok ou Instagram. Par ailleurs, nous participons toujours aux salons étudiants et aux journées portes ouvertes, et sommes proactifs auprès des parents.
Votre mandat tombe aussi en pleine année présidentielle. Qu’avez-vous prévu ?
Nous avons déjà mis en place des groupes de travail l’année dernière et allons élaborer un plaidoyer à l’échelle de l’Anepf pour faire connaître nos propositions aux candidats autour de la profession de pharmacien, la précarité et la santé mentale. Nous avons aussi des propositions entre filières de santé, pour mettre en avant la prévention, et demander une stratégie pluriannuelle de santé. Enfin, nous insisterons à nouveau sur la formation en interprofessionnalité. Nos formations sont encore trop cloisonnées, alors que, plus tard, le patient passera entre les mains de plusieurs professionnels de santé. ■
58,38 %
des étudiants en pharmacie se disent préoccupés financièrement au quotidien.
1 étudiant sur 3
en pharmacie a envisagé d’arrêter ses études, selon l’enquête Santé mentale de l’Anepf.
+ 399,49 euros
C’est l’augmentation du coût de la rentrée pour un étudiant en pharmacie, entre 2021 et 2026. Le logement reste le premier poste de dépenses et représente plus de 50 % du budget étudiant.

