Fin juillet 2026, nous recensons huit antennes de pharmacie ouvertes en milieu rural en France, dans le cadre de l’expérimentation autorisée par l’ARS via l’article 51. Ces dispositifs répondent à un enjeu critique : quand une commune de moins de 2 500 habitants perd sa dernière officine sans repreneur, la licence devient caduque et aucune nouvelle pharmacie ne peut rouvrir. Les antennes offrent alors une solution : un point de dispensation rattaché à une officine voisine. Mais pour le titulaire, l’enjeu reste économique : sans rentabilité, l’antenne ne survivra pas aux trois ans d’expérimentation.
D’un point de vue juridique, fiscal et comptable, l’antenne fait partie intégrante de l’officine de rattachement. Elle dispose d’une licence d’exploitation secondaire (et non d’une licence indépendante), et la licence principale fixe désormais deux lieux d’exercice. Conséquences comptables :
• Un seul compte de résultat et une seule déclaration annuelle d’activité.
• Aucun fonds de commerce distinct à immobiliser.
• Nécessité d’identifier distinctement le chiffre d’affaires, les marges et les charges propres à l’antenne au moyen d’une comptabilité analytique adaptée, afin de répondre aux exigences d’évaluation de l’ARS.
• Cadre strict :
– 1 antenne maximum par officine.
– Ouverture minimale de 2 demi-journées/semaine (plancher réglementaire).
– Durée : 3 ans à compter de l’ouverture au public.
• Des financements publics plafonnés et dégressifs
Les aides de l’État (FISS) et des ARS (FIR) couvrent une partie des coûts, mais ne suffisent pas à garantir la rentabilité.
Attention : Le forfait FISS est calculé sur la base d’une journée de pharmacien par semaine, quelle que soit la durée réelle d’ouverture. Tout temps supplémentaire est à la charge de l’officine.
L’expérience des premières antennes ouvertes montre que l’enjeu principal n’est pas l’autorisation administrative, mais l’atteinte d’un niveau d’activité suffisant pour couvrir les charges. D’après les retours des premiers porteurs, la faible rentabilité est le principal obstacle. Un exemple concret illustre l’enjeu :
À noter : cet exemple repose sur 28 heures d’ouverture hebdomadaires, bien au-delà du minimum réglementaire de 2 demi-journées. Le seuil de 28 500 € de CA mensuel n’est donc pas un seuil universel, mais celui d’une antenne très ouverte.
Les risques à maîtriser :
• L’ouverture d’une antenne ne génère pas nécessairement une activité nouvelle. Une partie de la clientèle peut simplement se déplacer de l’officine principale vers l’antenne.
• Difficultés logistiques : l’approvisionnement en médicaments (notamment thermosensibles) peut devenir coûteux si l’officine est isolée.
• Le modèle économique doit rester viable après extinction progressive des aides.
• Fragilisation du réseau : une multiplication non contrôlée des antennes pourrait déstabiliser les officines voisines.
En pratique
Au-delà de sa vocation de maintien de l’accès aux soins, l’antenne de pharmacie demeure un projet entrepreneurial nécessitant une analyse économique rigoureuse. Son succès reposera autant sur la qualité du service rendu à la population que sur la capacité du titulaire à piloter sa rentabilité, en veillant à :
→ Évaluer précisément la rentabilité prévisionnelle avant tout engagement.
→ Mettre en place une comptabilité analytique dédiée.
→ Assurer un suivi régulier des indicateurs économiques et financiers.
→ Préparer les évaluations intermédiaires et finales demandées par l’ARS.



