Après dix années d’atermoiement, les pouvoirs publics ont fini par donner la main au pharmacien pour substituer les biosimilaires. Si les enjeux économiques, pour l’officine et pour la collectivité, sont similaires à ceux des génériques, les différences industrielles, géographiques et de formulation obligent les officinaux à une approche distincte.

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Quelques exemples de distribution de certaines molécules biosimilarisées
→ Ranibizumab : 1 % des pharmacies font 10 % du marché -> les 250 pharmacies de tête délivrent autant que les 7 500 pharmacies de queue ;
→ Époétine alfa : 1,5 % des pharmacies font 10 % du marché ;
→ Follitropine alfa : 0,6 % des pharmacies de tête font autant de chiffre d’affaires que les 10 000 dernières.
(Source : GERS-data)
La substitution des biosimilaires fait partie de l’économie de l’officine de demain, assure David Syr, directeur général de Gers data, chiffres en main, avant de questionner : « Comment faire en sorte qu’il existe un relais de marge pour l’officine tout en améliorant l’adhésion aux traitements ? Comment lever les verrous ? ». En effet, face à cette opportunité économique, autant pour la collectivité que pour les pharmaciens, il reste de nombreuses barrières.
Un enjeu économique
Pour l’économie de l’officine, la tant attendue substitution est plus qu’un droit ou un devoir, c’est aussi un bol d’air économique. « Ce sont des molécules valorisées et pour lesquelles la remise autorisée par le législateur est plus importante que le bioréférent », indique David Syr. Certes, les biomédicaments constituent aujourd’hui un petit volume de boîtes, mais ils représentent de gros montants. « Prenons l’exemple de l’ustékinumab (Stelara). Même si vous n’avez qu’un ou deux patients dans l’officine, l’enjeu peut être aussi important que la substitution des génériques de centaines de patients », illustre Guillaume Racle, pharmacien titulaire et membre du bureau de l’USPO.
S’ajoute à cela le poids des biomédicaments qui devient de plus en plus substantiel. « Les nouveaux médicaments qui sortent sont à près de 80 % des biomédicaments. Dans les années à venir, on comptera autant, voire plus, de biomédicaments que de génériques », rapporte Guillaume Racle. Les efforts pour mettre en place la substitution au sein des équipes sont aussi menés pour le long terme.
Néanmoins, certaines différences notables avec les génériques vont modifier l’impact économique de la substitution des biosimilaires.
Disparité entre officines
« D’un point de vue macro-économique, la substitution des biosimilaires est-elle intéressante pour la pharmacie ? Indéniablement ! Mais du point de vue individuel, on verra des inégalités entre les pharmacies puisque la distribution est réduite », souligne David Syr. En effet, la distribution des biomédicaments varie énormément entre les officines et une petite partie d’entre elles en délivre la plus grande part (lire encadré). « Ce sont des pharmacies qui sont proches des hôpitaux ou qui ont une notoriété et un accompagnement spécifiques », analyse David Syr. Ce qui est intéressant pour tous les pharmaciens l’est-il pour chacun des pharmaciens ?
« Aujourd’hui, une certaine inégalité existe ; elle va petit à petit se résoudre. En effet, au plus il y aura de molécules, au moins il y aura d’aléas, hormis quelques cas spécifiques comme la proximité d’un centre hospitalier injecteur », projette Guillaume Racle qui se veut rassurant. « Personne n’a véritablement de potentiel. Certains en ont plus ou moins, mais cela va se stabiliser. Il faut déjà mettre la machine en œuvre pour sensibiliser les équipes. Identifier les molécules et agir dessus : ce sera bénéfique pour l’économie de l’officine ».
Convaincre, encore !
Au comptoir, les pharmaciens retrouvent quelques difficultés déjà vécues lors du lancement de la substitution des génériques : convaincre les patients… et les prescripteurs ! « Mais la substitution du biosimilaire fera travailler d’autres muscles que ceux utilisés il y a 25 ans sur le générique », observe David Syr. Déjà, parce que les formes galéniques sont bien différentes : peu de per os et beaucoup d’injectables. Ensuite, parce que nombre de biomédicaments sont administrés par des professionnels de santé. « La première fois, avant de substituer, j’ai contacté la clinique qui injectait le produit. Je leur ai expliqué les enjeux et ils m’ont dit “ok” ! C’est toujours mieux d’avoir un contact en amont, plutôt que de crisper le prescripteur », conseille Guillaume Racle, pour qui le dialogue est le meilleur moyen d’éviter les mentions « non substituable ».
Autre barrière nouvelle, la multitude des noms de marques. Victoire des laboratoires inscrite dans la loi, chaque biosimilaire se doit d’avoir un nouveau nom, renforçant ainsi la confusion chez les patients comme pour les équipes des officines. Une belle épine dans le pied laissée par un législateur visiblement peu connecté avec le réel. Néanmoins, Guillaume Racle rappelle que les pharmaciens aussi ont obtenu des succès : « À partir de septembre, des mesures viennent renforcer la substitution : la prescription en DCI, l’encadrement de la mention “non substituable” et le tiers payant contre biosimilaire ». Le titulaire installé dans La Marne reste optimiste : « Le potentiel est important, le marché se met en place et les pharmaciens se mobilisent avec brio ! Même s’ils ne sont pas encore récompensés à la hauteur de leurs efforts ». ■
Un marché pas tout à fait en place
Autre maillon de la chaîne nécessaire pour percevoir les bénéfices économiques de la substitution : les laboratoires. S’ils sont nombreux à proposer un large répertoire de génériques, ce n’est pas le cas pour les biosimilaires. La raison ? « Les producteurs sont moins nombreux et les coûts de mise sur le marché sont cent fois plus élevés que les génériques », explique Guillaume Racle, qui regrette un manque de maturité du marché. « Aujourd’hui, à l’exception de Sandoz, personne n’a le portefeuille suffisant sur les biosimilaires. Cela amène à un manque de concurrence, et laisse donc le laboratoire imposer ses conditions ».
Ainsi, les molécules anciennes, substituables de longue date avec des marchés importants permettent au pharmacien d’obtenir de bonnes remises. Ce n’est pas le cas pour les molécules plus récentes : si un peu de concurrence existe, il y aura des remises moyennes ; dans le cas contraire, il n’y aura quasiment pas de remise. Une situation face à laquelle les groupements pourraient se révéler moteurs. « Le groupement de pharmaciens Giphar fait de l’appel d’offres sur les biosimilaires en jouant sur huit génériqueurs. Ils ont donc tout le portefeuille et réalisent près de 20 % de leur CA générique avec les biosimilaires, ce qui est énorme ! », rapporte Guillaume Racle. Un exemple à suivre en attendant que le marché et les remises se structurent.

