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Réduction de l’hémoglobine glyquée, baisse des hospitalisations… Quelle est l’incidence réelle des interventions du pharmacien ?

Alors que le quotidien de l’officine est jalonné de conseils d’observance, d’éducation thérapeutique et d’actes de prévention, une étude inédite vient chiffrer concrètement l’apport du métier pour la santé des patients… et celle des comptes de la Sécurité sociale.

Le coût par vaccination diminue après l’intervention du pharmacien. (CRÉDIT FSPF)

 

Dispensation, vaccination, prévention des effets indésirables et conseils d’observance : difficile d’évaluer concrètement les bénéfices cliniques et économiques offerts par le quotidien multi-casquette du pharmacien.

Pourtant, pour valoriser son rôle auprès des pouvoirs publics, « il faut que nous arrivions à apporter la preuve du bénéfice des interventions du pharmacien », avance Philippe Besset, président de la FSPF, le 1er juin lors des Amphis de l’officine. Une estimation d’autant plus nécessaire que, selon l’OMS, la moitié des malades chroniques sont non observants et 10 millions d’hospitalisations ont lieu chaque année à cause d’évènements médicamenteux évitables.

 

L’intervention du pharmacien réduit l’hémoglobine glyquée

Afin de mettre des chiffres sur le quotidien de l’officine, Pierre Fabre et Springer Health+ ont réalisé une étude d’impact clinique et économique des interventions des pharmaciens. Une revue de littérature sur les dix dernières années, basée sur 83 publications scientifiques, menées en France, en Europe de l’Ouest, au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

« Nous avons évalué l’incidence réelle des interventions du pharmacien : réduit-on l’hémoglobine glyquée ou le LDL-cholestérol ? Réduit-on les effets indésirables ou les coûts directs sur la santé ? », résume Servane Lalinec, pharmacienne d’officine. Et les résultats sont significatifs.

Rien que sur le diabète de type 2, « on observe, à la suite de l’intervention du pharmacien, une diminution de 0,4 à 1,9 % de l’hémoglobine glyquée », note Servane Lalinec. « Une intervention très efficace et documentée », souligne encore la pharmacienne qui cite comme actions l’éducation thérapeutique, l’observance, ou encore les conseils liés à l’alimentation par exemple.

Ces améliorations sont d’autant plus efficaces lorsque médecin et pharmacien collaborent autour de leurs patients diabétiques : « dans ce cas, la réduction de l’hémoglobine glyquée est en moyenne de 0,8 % ». Aussi, « cette simple collaboration entraîne une économie de 918 dollars par an et par patient », se félicite encore Servane Lalinec.

 

Augmentation de l’observance et baisse des hospitalisations

Les résultats favorables de l’intervention du pharmacien ne se limitent pas au diabète. L’étude montre ainsi qu’en cas d’hypertension artérielle, les actions officinales réduisent la tension de 9,9 mmHg ; le LDL de 28 mg/dl en cas de dyslipidémie ou encore « baissent de manière significative les hospitalisations liées à l’asthme et de 47 % les exacerbations liées à la BPCO, par exemple grâce à l’apprentissage des techniques d’inhalation », poursuit Servane Lalinec.

Sans surprise, l’observance est aussi améliorée grâce au travail des pharmaciens. Là encore, l’étude apporte des données très concrètes : en cas de dépression, l’intervention du pharmacien réduit le risque de non-observance de 37 %, de 18 % pour le VIH ou encore de 13 % pour l’ostéoporose. Chez les patients atteints de cancer, la gestion des effets indésirables des traitements et les conseils lors de la délivrance ont permis de multiplier par 4,7 l’observance.

 

Économies pour la Sécu

Aussi, « l’intervention du pharmacien est non seulement pertinente d’un point de vue clinique, mais aussi économiquement intéressante dans les maladies chroniques », précise Servane Lalinec. Sur l’asthme, par exemple, le simple fait de réaliser une éducation thérapeutique fait baisser le coût de 350 dollars à 150 dollars.

Autre exemple : en réduisant de 14 % les effets indésirables des médicaments, les interventions du pharmacien ont permis d’économiser pas moins de 3 244 dollars, « soit 2,2 jours d’hospitalisation supplémentaires », précise Servane Lalinec citant une méta-analyse internationale.

Enfin, alors que l’officine devient un acteur majeur de santé publique, ses actes de prévention permettent, aussi, de faire des économies de santé. Ainsi, toujours selon cette revue de littérature, « on voit une diminution du coût moyen par acte de vaccination après l’intervention du pharmacien », indique Servane Lalinec qui détaille : – 19 % de coût moyen pour le vaccin du zona par rapport à un cabinet médical, – 16 % pour le pneumocoque ou encore – 26 % pour la vaccination antigrippale. Une prévention qui est donc moins chère, et efficace !

Concernant le sevrage tabagique, « nous observons un doublement des taux d’abstinence après l’intervention du pharmacien, passant de 8 % d’arrêt du tabac à 6 mois à 26 % », indique la pharmacienne d’officine.

 

Cette étude montre qu’il n’y a pas de débat : « sans le pharmacien, on ne peut pas améliorer notre système de santé. »
Vincent Guiraud Chaumeil, président de Nérès

 

Innover ? Tous les feux sont au vert !

« Derrière chaque intervention du pharmacien, il y a un expert qui sécurise, qui optimise et parfois qui sauve », conclut ainsi Servane Lalinec. Des résultats qui ont fait réagir les pharmaciens : « c’est une preuve pour aller de l’avant », résume ainsi Philippe Besset.

« Cette étude montre qu’il n’y a pas de débat, abonde Vincent Guiraud Chaumeil, président de Nérès. Sans le pharmacien, on ne peut pas améliorer notre système de santé. Il est temps que les pouvoirs publics donnent les moyens au pharmacien, en association avec les médecins ».

Après la vaccination, les TROD, les entretiens, l’avenant 3 à la convention pharmaceutique devrait aller plus loin en offrant de nouveaux services conventionnés comme un entretien pharmaceutique autour du diabète de type 2 ou le dépistage de l’hypertension artérielle en officine.

Aussi, avec la généralisation d’OSYS à toutes les officines, des débats sont en cours pour y intégrer deux nouvelles situations : la douleur dentaire et le repérage de l’endométriose.

Tous les feux semblent donc au vert pour élargir encore plus le rôle de santé du pharmacien. Sauf, peut-être, sur le sevrage tabagique, alors que la prescription de substitut nicotinique en officine est repoussée aux calendes grecques…
« Tous les professionnels de santé peuvent le faire : le médecin, le kiné, l’infirmier… mais pas le pharmacien ! Cela fait presque 4 ans que nous attendons que l’expérimentation débute », s’impatiente Philippe Besset.

En attendant l’inscription dans la convention de nouveaux services, le président de la FSPF en profite pour appeler tous ses confrères « à expérimenter. À aller dans la recherche d’innovations, dans la recherche de nouveaux actes en pharmacie ! » ■