Cosmétiques sans parfum : une tendance qui s’impose

Le parfum est indissociable de la sensorialité d’un cosmétique et est même moteur de fidélisation. Mais quel positionnement adopter en officine face à son omniprésence et son impact sur les peaux vulnérables ?

« Parfum », « fragrance »… Que se cache-t-il derrière ces mots ?

La liste INCI (International Nomenclature for Cosmetic Ingredients) de la plupart des cosmétiques vendus en pharmacie dissimule derrière les mots, « parfum », « fragrance », « aroma », un assemblage de substances olfactives constitué de 10 à 300 composés, naturels et/ou synthétiques.

 

Le parfum de la controverse

Bien qu’intégrés à de faibles concentrations (0,01 % à 0,1 %), ces composés sont accusés d’être toxiques par plusieurs études. Les phtalates et muscs synthétiques (utilisés comme fixateurs), ainsi que certains COV (composés organiques volatils) comme l’acétaldéhyde (classé cancérigène possible par le CIRC) polluent l’air intérieur, déclenchent céphalées ou crises d’asthme, et sont soupçonnés d’altérer le fonctionnement cellulaire.
L’étude EDEN et la Commission européenne confirment que les allergies et irritations cutanées restent les effets indésirables les plus fréquents, qu’il s’agisse de parfums purs ou de cosmétiques parfumés.

 

Quels effets cutanés ?

Selon la sensibilité et le terrain génétique du patient, ces substances déclenchent eczéma, urticaire, dermatite de contact, de parfum ou séborrhéique du cuir chevelu ; photosensibilisation ; exacerbation de l’acné. Ajoutons à ces pathologies leur incompatibilité avec la peau immature de l’enfant.

 

Déconstruire l’idée du naturel inoffensif

Face à ces problématiques, l’alternative des huiles essentielles, du bio et du naturel rassure le consommateur. Si l’expérience olfactive est préservée, le danger reste réel en cas de mauvaise utilisation. Le pharmacien doit donc déconstruire l’idée persistante d’une innocuité totale et rappeler les risques des huiles essentielles (œstrogène-like, neurotoxicité, irritations, photo­sensibilisations cutanées).

 

Sensibiliser sur l’effet cocktail

Plus de 2 500 ingrédients parfumants saturent notre quotidien. L’industrie néglige souvent cet effet d’accumulation, bien que le législateur commence à encadrer les pourcentages par formule pour limiter les risques sanitaires. Face à un patient allergique, le pharmacien doit évaluer son exposition globale (skincare, parfum d’intérieur, produit ménager, alimentation) afin de restreindre les sources et prévenir les réactions topiques aiguës ou retardées.

 

Le secret industriel de la recette parfumante

Malgré la toxicité établie de certains composants olfactifs, l’opacité persiste : le secret industriel dispense les fabricants de divulguer l’intégralité de leurs formules parfumantes. Néanmoins, l’Europe impose l’affichage des allergènes dès 0,001 % pour les produits non rincés, et 0,01 % pour les cosmétiques rincés. Cette liste d’affichage obligatoire passera de 26 à 81 substances d’ici le 31 juillet 2028.

 

« Fragrance free » : une demande exponentielle des peaux vulnérables

Face à la recrudescence des dermatites de contact liées aux cosmétiques, certaines marques développent des galéniques plus sûres (sans parfum, sans parfum ajouté ou sans allergènes de type terpènes). En officine, cette offre est pertinente, car elle répond aux besoins d’une clientèle exponentielle :

  • Peaux pathologiques (acné, rosacée, sécheresse sévère) ou fragilisées par des traitements oncologiques ;
  • Peaux immatures des enfants et pré-adolescents (extrêmement sensibles aux compositions parfumantes, naturelles ou synthétiques) ;
  • Peaux saines altérées par des facteurs environnementaux ou physiologiques (pollution, eau calcaire, ménopause, surexposition solaire) ;
  • Peaux agressées par le rasage.

 

Que choisir ? « Sans parfum », « sans parfum ajouté » ou « hypoallergénique » ?

 

L’alternative hypoallergénique : une bonne option

Le risque zéro n’existe pas. Chez un sujet hypersensible, toute substance peut devenir un allergène au-delà des 82 officiels. En revanche, la mention « hypoallergénique », appuyée par des tests cliniques, garantit que le formulateur a réduit au maximum les allergènes ou banni les molécules parfumantes. Les produits « sans parfum » ajouté tirent leur odeur d’ingrédients techniques à très faible potentiel allergisant (huiles végétales, miel).

 

L’allégation « sans parfum » : un cadre réglementaire strict

Depuis 2019, l’allégation est très encadrée. En 2021, la DGCCRF a sanctionné plusieurs mentions « fragrance free » abusives. En outre, selon l’ARPP, la revendication sans parfum est interdite si :

  • Le produit masque une odeur sans éliminer cliniquement le risque d’irritation, d’allergie ;
  • La formule contient un ingrédient végétal (extrait, huile, eau florale, miel) possédant une fonction aromatique secondaire, sauf si des tests cliniques prouvent l’absence de sensibilisation.

Pour être en accord avec cette réglementation, les laboratoires privilégient parfois l’allégation « sans parfum ajouté » dans leur description du produit sur internet plutôt que sur le packaging.

 

Vérifications en officine

Pour le professionnel de santé, optimiser la tolérance cutanée repose sur plusieurs vérifications :
• L’absence des termes génériques « parfum », « aroma » ou « fragrance » dans la liste INCI ;
• L’absence d’allergènes étiquetables (Linalool, Limonene, etc.) ;
• L’absence d’extraits végétaux riches en allergènes comme les terpènes (en attendant l’application de la loi de 2028).

Attention : une gamme sans parfum ne garantit pas que l’ensemble du catalogue de la marque l’est.

 

Quelles marques choisir ?