Alors que la nouvelle mouture du DMP fête ses 4 ans, la plateforme a déjà réussi le pari de fédérer soignants et patients. Reste à augmenter le réflexe de consultation du DMP et à booster l’usage de la messagerie sécurisée.
24 millions
de Français ont activé leur profil Mon Espace Santé.
75 %
des vaccinations réalisées en pharmacie sont déposées sur la plateforme.
+ 80 000 femmes
ont déjà initié leur suivi de grossesse dans Mon Espace Santé, fonctionnalité mise en place en juillet 2025.
53 000 messages
ont été émis par des officines via la messagerie sécurisée en janvier dernier, contre 13 millions pour l’hôpital ou 8 millions pour la biologie médicale.
Après deux décennies de tergiversations autour du Dossier médical partagé (DMP), l’Assurance maladie et le ministère de la Santé auraient-ils enfin réussi leur pari ? Lancé en janvier 2022, Mon Espace Santé fête désormais ses 4 ans et paraît s’ancrer dans la pratique des professionnels de santé et des Français. En effet, 97 % d’entre eux possèdent désormais un compte sur ce coffre-fort numérique de santé et « plus de 24 millions d’usagers sont actifs sur Mon Espace Santé », se félicite la Dr Annika Dinis, Directrice opérationnelle du numérique et de l’innovation en santé à la Cnam.
En 2025, pas moins de 420 millions de documents ont été déposés par les soignants sur cette nouvelle version du DMP et 2,5 millions de personnes s’y connectent chaque mois. Un défi loin d’être gagné, alors que le projet imaginé en 2004 par Philippe Douste-Blazy est passé entre les mains de tous les locataires du Ségur, de Roselyne Bachelot à Marisol Touraine en passant par Agnès Buzyn, qui tenta, elle aussi, de relancer le DMP en 2018.
« Il y a une vraie montée en charge »
Pour gagner son pari, l’Assurance maladie et l’État ont opté pour un changement complet de paradigme : Mon Espace Santé est automatiquement créé pour tous, sauf opposition de l’usager. Résultat : plus de 69 millions de Français ont un DMP créé, et 24 millions l’ont activé. Secundo, l’État a mis le paquet sur les moyens financiers en allouant 2 milliards d’euros dans le cadre du Ségur du numérique pour mettre à jour les logiciels métiers des médecins, des pharmaciens ou des autres professionnels de santé.
Une franche réussite. « Aujourd’hui, le bilan est bon, tant au niveau du taux d’activation que du volume des documents partagés par les professionnels de santé, souligne Annika Dinis. Nous savons que l’un des moteurs d’activation des usagers est justement le fait que leur soignant dépose des documents. Il existe une vraie montée en charge ».
Désormais, 35 % des comptes rendus de biologie ou d’imagerie y sont déposés, 90 % des établissements de santé alimentent le DMP, deux tiers des médecins libéraux documentent le DMP et, rien qu’en janvier 2026, 7,8 millions de prescriptions ont été déposées sur la plateforme.
La messagerie sécurisée patine en officine
Côté officine, « 90 % des pharmacies complètent le DMP, en particulier avec des notes de vaccination », se félicite Annika Dinis. Des versements de documents qui, sans surprise, sont saisonniers : en novembre dernier, 3,5 millions de notes de vaccination ont été versées dans Mon Espace Santé. « Globalement, cela correspond à plus de 65 % des vaccins qui ont été facturés ce mois-ci : l’alimentation du DMP par les officines est très bonne », poursuit la Directrice opérationnelle du numérique et de l’innovation. Plus à la marge, certaines officines renseignent aussi les comptes rendus de bilan partagé de médication ou d’entretien pharmaceutique, mais ces pratiques restent résiduelles.

« Cela reste, en effet, une piste à améliorer, constate Annika Dinis. Un des freins est que les officines doivent disposer d’une boîte aux lettres organisationnelle, ce qui nécessite d’adapter l’organisation au sein de la pharmacie ».
« Il est rare que le pharmacien ait l’habitude de préparer l’ordonnance à l’avance, surtout quand il ne connaît pas le patient, ajoute Sandrine Frangeul, responsable à la Direction opérationnelle du numérique et de l’innovation en santé de la Cnam. Souvent, la délivrance se fait au comptoir directement, et par envoi de l’ordonnance sur une adresse Gmail… ». Une pratique non sécurisée comme l’ont rappelé à plusieurs reprises l’Assurance maladie et la Cnil : en passant par Yahoo, Gmail ou Outlook, les données de santé des patients ne sont pas protégées.
Pour sensibiliser les officinaux, la Cnam a mis en place des visites de ses délégués du numérique en santé en pharmacie. « Ce qui nous est le plus souvent rapporté est le fait que le pharmacien ayant déjà son adresse mail, il ne voit pas l’intérêt, ainsi que la question du coût », constate Sandrine Frangeul, qui ajoute : « nous avons donc rendu plus visibles tous les opérateurs qui proposaient des messageries organisationnelles. Sans compter les GRADeS [Groupement régional d’appui à la e-santé] qui proposent des solutions gratuites dans certaines régions ». Près de 10 000 officines sont déjà équipées de ces boîtes aux lettres organisationnelles.
Créer « un réflexe de consultation » du DMP
Quatre ans après le lancement de Mon Espace Santé, l’Assurance maladie et le ministère entrent donc dans la phase 2. Premier objectif ? Créer « un réflexe de consultation » du DMP par les soignants. « Aujourd’hui, de très nombreux documents sont déposés, mais ils sont encore trop peu consultés », indique Sandrine Frangeul, qui précise que « les documents les plus consultés actuellement par les pharmaciens sont l’historique de vaccination, les ordonnances et les volontés et droits du patient ».
À titre d’exemple, en janvier 2026, 40 millions de documents ont été déposés et près de 925 000 documents ont été consultés par les professionnels de santé. Or, la consultation d’un historique de prescription, d’un examen d’imagerie passé ou d’un bilan sanguin permet d’éviter les actes redondants, mais aussi les erreurs médicamenteuses, par exemple.
La vague 2 du Ségur s’attèlera donc à faciliter l’accès à l’historique médical du patient, grâce à de nouvelles mises à jour de logiciel métier, pour les rendre plus ergonomiques. Une évolution prise en charge par l’État. Progressives à partir de 2026 et jusqu’à mi-2028, ces mises à jour concerneront d’abord la médecine de ville, les radiologues et les établissements de santé. « Un cahier des charges est en cours de finalisation avec les éditeurs de logiciels d’officine. Chaque pharmacie sera ensuite invitée à signer un bon de commande avec son éditeur de LGO », tient à préciser Sandrine Frangeul.
« Les pharmaciens se sont parfaitement approprié le versement des notes de vaccination dans le DMP. En améliorant leur logiciel de gestion, je n’ai aucun doute qu’ils se saisissent de la consultation des autres documents de santé », anticipe la Dr Annika Dinis.
De quoi, aussi, fluidifier la coordination ville-hôpital en consultant par exemple plus facilement les ordonnances de sortie hospitalière ou pour éviter que l’hôpital, lors d’une hospitalisation, parte à la pêche aux prescriptions de ville. ■
Les aidants pourront avoir accès à la plateforme
En 2026, l’Assurance maladie prévoit également de donner un accès, en délégation, aux aidants afin de suivre la santé des personnes qu’elles accompagnent au quotidien. Cette évolution nécessite un dispositif législatif, en débat lors de la loi sur la fin de vie. « L’objectif sera de pouvoir désigner un aidant, membre de la famille ou non, qui puisse consulter et alimenter Mon Espace Santé », détaille Sandrine Frangeul. Avec quelques garde-fous toutefois : chaque action sur la plateforme sera tracée et le patient en sera notifié, les accès aux historiques de messages pourraient aussi être bloqués. Par ailleurs, « il y a sans doute des éléments que l’aidant ne pourra pas modifier comme les directives anticipées », tient à souligner Sandrine Frangeul. À suivre donc.



