Alors que l’incertitude plane sur l’avenir de la pharmacie, en attendant les conclusions du rapport IGAS/IGF qui pourrait rebattre les cartes de l’économie officinale, les syndicats sont sur le pied de guerre pour entamer rapidement de nouvelles négociations avec l’Assurance maladie.
« Nous attendons avec impatience le rapport pour construire des solutions pour l’avenir », a souligné Philippe Besset, président de la FSPF, lors d’un débat sur la rémunération officinale organisé à Pharmagora le 14 mars dernier. Le pharmacien de Limoux rappelle : « en 10 ans, le pouvoir d’achat des titulaires s’est érodé de 25% ».
« Il faut prendre conscience que le réseau est en souffrance, il est temps maintenant d’ouvrir un avenant 2, cela fait deux ans que nous le demandons », a répondu Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO.
Un avenant flash d’ici quelques semaines ?
Deux ans après la signature de l’avenant entre l’Assurance maladie et la FSPF – l’USPO étant non signataire – le tout nouveau numéro 2 de la Cnam, Guillaume Couillard, est venu défendre le bilan de sa prédécesseure Marguerite Cazeneuve. « L’avenant 1 a accordé 220 millions d’euros de revalorisation », a ainsi souligné le directeur délégué à la gestion et à l’organisation des soins de la Cnam, qui se dit désormais « très vigilant pour préserver le maillage officinal et l’ensemble des pharmacies sur le territoire ».
Alors que l’avenant 1 signé en 2024 a mis en place une aide de 20 000 euros maximum pour les pharmacies les plus en difficultés, les négociations à venir devraient se concentrer sur l’élargissement de ce dispositif. Un avenant « flash », « que j’espère pour la fin mars, nous avons besoin d’immédiaté et ne devons pas attendre », martèle Philippe Besset. Cet avenant devrait revoir les critères d’attribution de l’aide pour l’élargir à davantage d’officines qui celles situées en territoires « fragiles ».
« Notre souhait est d’aller très vite », confirme Guillaume Couillard, qui glisse que ces nouveaux critères pourraient multiplier environ par dix le nombre d’officines éligibles à l’aide.
Pour autant, l’USPO reste sur ces gardes vis-à-vis de cette aide : « certaines pharmacies ferment faute de repreneur, ce ne sont pas 20 000 euros qui vont leur permettre de trouver un repreneur, un médecin dans le village. Ce que nous souhaitons c’est que toutes les officines puissent gagner leur vie, sans vivre sous perfusion », indique Pierre-Olivier Variot, qui répète : « nous souhaitons exercer de manière pérenne de notre travail ».
« Il faut immédiatement lancer des négociations »
Si en 2025, l’économie de l’officine a retrouvé quelques couleurs, le bilan est plus contrasté sur le début d’année 2026. Nicolas Trikian, expert-comptable au cabinet C2C, détaille les statistiques annuelles du groupement CGP : « en 2025, les officines en moyenne ont fait 20 000 euros de marge en plus et 8 000 euros supplémentaires d’EBE ». Une augmentation de la marge liée à 42 % aux honoraires et prestations.
Toutefois, « le début 2026 doit être placé sous surveillance avec 2 000 baisses de prix des médicaments, une évolution de la grille du personnel, une baisse de la fréquentation, mais aussi une augmentation du point officinal au printemps », développe Nicolas Trikian qui insiste : « il risque d’y avoir des déperditions de rentabilité ».
« C’est pour ça qu’il faut immédiatement lancer des négociations », avertit ainsi Pierre-Olivier Variot. D’ici la fin 2026, de nouvelles négociations concernant la rémunération du pharmacien devraient donc être lancées avec l’Assurance maladie, dans un calendrier qui reste aujourd’hui incertain.
Plusieurs pistes sont sur la table, comme un transfert des volumes vers une rémunération davantage à l’honoraire ou encore la mise en place d’un forfait structure « égalitaire et équitable, qui pourrait embarquer des critères de qualités sur la dispensation, le juste soin. Pour rémunérer la qualité et non la quantité », imagine Philippe Besset. « Je n’ai pas d’opposition sur le principe », a répondu Guillaume Couillard.
La question de la rémunération des missions officinales sera aussi, inévitablement, sur la table. Combien seront rémunérées les missions tirées d’OSYS ? Le nouvel entretien pharmaceutique autour du diabète de type 2 ? Les nouvelles missions de prévention autour de la substitution nicotinique – repoussée aux calendes grecques – ou du dépistage de l’hypertension artérielle ? Feuilleton à suivre toute l’année 2026 donc.


