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Pharmacies mutualistes : l’histoire d’un modèle qui s’effrite 

Modèle centenaire et quasi-singularité française, les pharmacies mutualistes fondent désormais comme neige au soleil. Retour sur l’histoire de ces officines tenue par des mutuelles.

CC BY-SA 2.0 FR

 

En octobre dernier, la vie syndicale pharmaceutique a remis sur le devant de la scène une particularité bien française, celle des pharmacies mutualistes. Pharmacorp a annoncé qu’à partir du 1er janvier, les 32 pharmaciens du Groupement d’achats mutualiste rejoindront le groupement d’officines. Une nouvelle étape dans les 120 ans d’histoire de ces pharmacies possédées par des mutuelles, dont le nombre réduit comme peau de chagrin. Rembobinons.

 

Naissance au XIXe siècle

Si aujourd’hui la France ne compte qu’une trentaine de pharmacies mutualistes, dans les années 1980 elles étaient encore 72. Leur particularité : être tenue par un pharmacien gérant, salarié d’un groupe mutualiste.

Bien avant la création de la Sécurité sociale en 1945, les sociétés de secours mutuel naissent officiellement au milieu du XIXe siècle pour permettre d’assurer une protection sociale à leurs adhérents. Une pratique de solidarité ouvrière qui trouve ses prémices dès le Moyen Âge, avec la naissance de corporation dans certains métiers comme la cordonnerie ou la menuiserie.

Au XIXe siècle, les sociétés de secours mutuel souhaitent fournir à leurs adhérents des médicaments au meilleur prix et créer leurs propres pharmacies, tolérées en raison de leur caractère de bienfaisance. En 1857 ouvre à Lyon la première pharmacie mutualiste, sous l’impulsion des Canuts, ces ouvriers tisserands de la soie. Puis, une seconde à Marseille en 1865. C’est la loi portant statut de la Mutualité de 1898 qui consacre officiellement le principe des pharmacies mutualistes. À l’époque déjà, les pharmaciens libéraux s’opposaient à ces structures, y voyant une concurrence déloyale.

 

Grève et « double système »

Dans la foulée, tout au long du XXe siècle, les pharmacies mutualistes fleurissent en France, particulièrement dans certains départements comme la Seine-Maritime, les Bouches-du-Rhône et le Nord. Un développement qui n’est toujours pas au goût des officinaux libéraux. D’une part, car les pharmacies mutualistes ne sont pas soumises au numerus clausus qui incombe aux officines — elles peuvent donc s’installer sans quota, sur avis ministériels — ; d’autre part, car elles ne disposent ni d’obligation de gardes ni d’obligation de fermeture hebdomadaire.

Elles sont les premières à proposer une dispense d’avance de frais, préfiguration du tiers payant en pharmacie. Enfin, puisque ces pharmacies sont directement exploitées par une mutuelle, elles jouissent de conditions fiscales avantageuses, comme une exonération d’impôt sur les bénéfices.

De quoi agacer leurs confrères libéraux qui se mobilisent comme au printemps 1970 avec des fermetures d’officine pendant 24 heures en Seine-Maritime ou en Haute-Garonne. En 1981, encore, Le Monde rapporte une « grève quasi totale des pharmaciens contre l’ouverture de neuf pharmacies mutualistes » autorisée par le ministre de la Santé. « Des affichettes apposées sur les vitrines ont accusé le ministre de vouloir mettre en place un “double système” de distribution des médicaments », rapporte le quotidien. « Nous ne pouvons accepter que les pharmacies mutualistes mettent en place leur propre circuit de distribution de médicaments », avait réagi, il y a 45 ans, le président de la FSPF d’alors, Pierre Peckre.

 

50 pharmaciens gérants

Finalement, avec l’arrivée progressive du tiers payant en pharmacie, les pharmacies mutualistes perdent de leur superbe à partir des années 1990. Les pharmaciens gérants d’une pharmacie mutualiste ou minière ne représentent plus que 0,5 % des confrères inscrits en section D de l’Ordre. Soit 50 gérants pour toute la France et 95 pharmaciens adjoints. Un effectif divisé par deux entre 2014 et 2024.

Les syndicats de pharmaciens, USPO et FSPF, s’opposent encore aujourd’hui à ces structures qu’ils considèrent comme une brèche dans le monopole, comme le rappelait le président de la FSPF, Philippe Besset, à l’automne : « les pharmacies mutualistes contre lesquelles nous nous battons ne devraient plus exister ». ■