CPTS, MSP, ESP… et désormais Escap. Nouvelle venue dans le paysage de l’exercice coordonné, l’Équipe de soins coordonnés avec le patient ambitionne de simplifier la coopération entre professionnels de santé libéraux autour des patients complexes.

100 €/an
C’est le montant de la rémunération pour la participation à au moins cinq Escap, auquel s’ajoutent 100 € pour l’acquisition et l’usage de l’outil.
À mesure que les formes d’exercice coordonné se multiplient, l’officine se retrouve au carrefour de dispositifs aux contours parfois difficiles à distinguer. Dans ce paysage dense, l’Équipe de soins coordonnée avec le patient (Escap) se présente comme une formule plus légère, centrée sur un patient précis. Officialisée par un avenant à l’Accord cadre interprofessionnel (Acip) signé en juin 2024 entre l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS), l’Assurance maladie (Uncam) et l’Union nationale des organismes complémentaires d’Assurance maladie (Unocam), l’expérimentation est ouverte pour trois ans depuis mars 2025.
S’organiser autour d’un patient
L’Escap ajoute un échelon individuel aux dispositifs déjà existants qui s’imbriquent à différentes échelles. La Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) organise la coopération dans un territoire, la Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) structure la prise en charge d’une patientèle autour d’un projet commun tandis que l’Équipe de soins primaires (ESP) formalise une coordination resserrée de premier recours.
De son côté, l’Escap propose de réunir au moins trois professionnels de santé, dont obligatoirement le médecin traitant, autour d’une situation clinique nécessitant un suivi renforcé, sans contrainte administrative. « L’Escap part du besoin du patient et constitue un cercle de soignants pour y répondre », résume le Dr Christophe Wilcke, président de l’URPS Pharmaciens Grand Est.
Le cahier des charges de l’expérimentation a retenu quatre profils de patients éligibles : les patients polypathologiques chroniques de plus de 65 ans, les diabétiques (type 1 ou 2) sous insuline, les patients ayant fait un AVC dans l’année et ceux en soins palliatifs. Pour ces patients, l’enjeu est d’améliorer la continuité des soins, notamment lors des transitions (retour d’hospitalisation, aggravation d’une pathologie chronique…) ou la mise en place d’une hospitalisation à domicile (HAD), mais aussi renforcer la prévention, éviter les passages inutiles ou urgences ou les retours à l’hôpital.
Le pharmacien, acteur central
Dans ce schéma, le pharmacien d’officine n’est pas un acteur périphérique. Il peut être à l’initiative de l’Escap, à l’occasion d’un entretien pharmaceutique, d’un bilan partagé de médication ou d’un suivi de patient chronique.
Concrètement, lorsqu’un professionnel constate qu’un patient relevant des critères voit son état se dégrader, il se connecte sur son application numérique régionale et clique sur l’onglet « Escap ». Il pourra alors y compléter une grille d’inclusion d’une quinzaine de questions simples (polymédication, mobilité, aide à domicile…). Si le score est suffisant et que le patient consent, les autres soignants concernés – dont le médecin traitant – sont sollicités pour constituer l’équipe. Les échanges s’effectuent ensuite via une messagerie sécurisée. Le dispositif offre, ainsi, un cadre formalisé à ce que de nombreux pharmaciens pratiquent déjà de manière informelle : échanges avec le médecin, coordination avec l’infirmière libérale, ajustements thérapeutiques concertés… Autant d’actes réalisés dans l’ombre, non reconnus et, de facto, non valorisés.
Un outil complémentaire
« Pour autant, l’Escap ne se substitue pas aux structures existantes, et n’a pas vocation à les concurrencer », assure Christophe Wilcke. Elle s’y ajoute comme un outil souple, particulièrement adapté aux territoires où les professionnels exercent de manière isolée. En effet, si plus de 2 700 pharmaciens exercent en MSP, et que plus de 800 CPTS sont recensées sur le territoire national, à un stade d’avancement différent, la majorité des officinaux n’est pas engagée dans ces structures, jugées parfois complexes ou chronophages.
De nombreux territoires en sont, par ailleurs, dépourvus. « L’Escap constitue une alternative pragmatique. Elle permet au pharmacien de s’inscrire dans une dynamique interprofessionnelle tout en valorisant son rôle clinique, mais sans intégrer une gouvernance lourde ou bouleverser l’organisation », pointe le Dr Wilcke.
Plus simple qu’une MSP ? Oui, mais…
Cependant, cette simplicité affichée ne gomme pas toutes les difficultés. L’appropriation de l’outil numérique – lancé plusieurs mois après le début de l’expérimentation –, la mobilisation effective du médecin traitant ou l’intégration dans des organisations déjà denses restent des points de vigilance.
La rémunération peut également freiner l’engagement. Chaque professionnel perçoit 100 € par an pour la participation à au moins cinq Escap auxquels s’ajoutent 100 € pour l’acquisition et l’usage de l’outil. L’implication permet aussi de valider l’item « exercice coordonné » du Fami (forfait structure), soit une vingtaine d’euros supplémentaires par an.
L’Escap ne constitue donc pas un modèle économique structurant pour l’officine, mais un signal de reconnaissance du temps consacré à la coordination. Dans un contexte marqué par la progression des maladies chroniques et la tension démographique médicale, la coopération interprofessionnelle n’est plus une option. Reste à savoir si cette formule minimaliste suffira à ancrer durablement ce nouvel échelon de coordination dans les pratiques officinales. ■
Les poupées russes de l’exercice interprofessionnel
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Dispositif |
Échelle de coordination |
Structure juridique |
Ce que cela implique pour le pharmacien |
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CPTS |
Un territoire |
Oui (association) |
Participation à des actions territoriales, protocoles interprofessionnels, coordination élargie |
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MSP |
Une patientèle commune |
Oui (souvent Sisa) |
Réunions régulières, indicateurs à renseigner, intégration durable dans une équipe pluriprofessionnelle |
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ESP |
Une équipe de proximité autour du médecin traitant |
Oui (projet de santé) |
Coordination resserrée, travail en petit collectif |
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ESCAP |
Un patient précis |
Non |
Engagement ciblé, coordination ponctuelle |


