Après une année sur la corde raide, marquée par les risques autour des baisses sur les remises génériques, l’année 2026 commence par un grand « ouf » de soulagement. Adoptée de justesse fin décembre et publiée au Journal officiel, la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 apporte en effet quelques victoires pour l’officine.
« À la suite d’une année de combat, nous avons la satisfaction d’avoir été entendus par la représentation nationale. Désormais s’ouvrent 12 mois de travaux. Nous allons utiliser 2026 pour réformer la pharmacie d’officine », salue le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), Philippe Besset, lors de ses vœux début janvier.
Victoire sur les génériques
Malgré un Ondam de ville, « trop bas par rapport aux besoins et au vieillissement de la population », souligne Philippe Besset, et des économies sur le médicament de 100 millions d’euros actées par la LFSS, la loi réserve certaines bonnes nouvelles. Premièrement, l’inscription dans la loi du plafond des remises sur les génériques et les biosimilaires, fixé pour 2026 à respectivement 40 et 20 %. Pour modifier ces plafonds, le gouvernement devra désormais passer par la loi, notamment le PLFSS. Prochaine échéance donc : le 1er janvier 2027.
Extension de l’aide pour les officines fragiles
Les parlementaires ont également décidé d’étendre l’aide conventionnelle de 20 000 euros pour les officines en difficulté à 800 pharmacies supplémentaires. Une bouffée d’air frais après « une année 2025 terrible pour ces pharmacies : 34 communes ont perdu leur dernière pharmacie », rappelle Philippe Besset. En décembre, seules 100 officines avaient reçu l’aide de l’Assurance maladie. La FSPF demande désormais l’ouverture d’un « avenant flash » avec la Cnam pour revoir l’ancien zonage, jugé trop restrictif. « Nous souhaiterions arriver à un nouveau zonage des officines en difficulté d’ici juin 2026 », anticipe le pharmacien de Limoux.
Saisi par La France insoumise (LFI), le Conseil constitutionnel a par ailleurs retoqué une mesure jugée « mal conçue » par la FSPF : celle d’élargir la création d’antennes de pharmacies en France. L’obligation de remplir le dossier médical partagé (DMP) et les sanctions associées ont également été rejetées par le Conseil constitutionnel.
Prise en charge clinique : le game changer
Autre grand changement à prévoir : le coup d’accélérateur sur les missions et prises en charge clinique en officine, permis par l’article 63 de la LFSS. Dans le détail, la loi prévoit de permettre aux pharmaciens de « contribuer à l’évaluation et à la prise en charge de situations cliniques », grâce à un arrêté qui devra « déterminer la liste des situations cliniques concernées et les modalités de leur prise en charge » en officine, précise la LFSS.
Un changement de paradigme très important : pour réaliser de nouveaux actes, des évaluations cliniques en officine, de nouveaux vaccins ou prescriptions pharmaceutiques, « il ne sera plus utile de passer par la case “parlement” pour tout nouvel acte réalisé en officine, un arrêté ministériel suffira », précise Philippe Besset, qui cite par exemple la prise en charge des petites brûlures, des piqûres de tique, de l’orgelet ou encore la détection de l’hypertension artérielle. De quoi simplifier largement l’essor des prises en charge officinales… et la rémunération qui en découle !
Ouverture d’un avenant 2 ?
Alors que le rapport Igas/IGF sur la rémunération officinale devrait être rendu public début février, « nous allons travailler dans ce cadre à une liste des actes et des rémunérations que nous souhaiterions dans le cadre de l’article 63 », insiste Philippe Besset. S’agit-il d’une étape pour l’ouverture d’un avenant 2 ? « Nous espérons que cela puisse aboutir à une négociation conventionnelle au 2e trimestre 2026 », confirme le président de la FSPF.
Pour rappel, l’ouverture d’un avenant 2 est réclamée de longue date par l’USPO, non-signataire de l’avenant 1. Un souhait réitéré par le président du syndicat, Pierre-Olivier Variot, début janvier, « afin de compenser les hausses de charges salariales imposées par la convention collective, d’anticiper l’impact de la réforme du 3e cycle des études de pharmacie et de corriger les effets délétères des baisses de prix inédites sur les médicaments à faible valeur ».
Le président de l’USPO se félicite lui aussi des avancées obtenues par la LFSS : « nous avons obtenu ce que personne n’aurait pensé espérer au début de la négociation interministérielle en juin dernier ». Désormais, « la profession doit obtenir la juste revalorisation des actes et des missions dans l’intérêt de l’accompagnement thérapeutique quotidien des patients en France », souligne Pierre-Olivier Variot.
Biosimilaires : la percée
Enfin, pour encourager la pénétration des biosimilaires, vecteurs d’économies pour l’Assurance maladie, les députés ont aussi adopté trois mesures phares : la prescription en DCI des biosimilaires, l’encadrement de la mention « non substituable » et le tiers payant contre biosimilaires. De bonnes nouvelles, pour Philippe Besset, qui souligne que ces mesures seront applicables en septembre prochain : « les industriels doivent s’adapter, car ils ont mis des noms de marque sur tous les biosimilaires ».
Élargissement des missions, avenant flash, ouverture des négociations… L’agenda officinal pour 2026 s’annonce chargé !
Reste à savoir si ce sera « une année d’action plus que de parole, de responsabilité plus que de posture, de construction plus que d’agitation », conclut la FSPF.


