Principal problème cutané des peaux foncées, l’hyperpigmentation post-inflammatoire demande une prise en charge spécifique, centrée à la fois sur l’inflammation et les taches brunes qu’elle entraîne.

Comme tout trouble pigmentaire, l’hyperpigmentation post-inflammatoire a un fort impact sur l’estime de soi des patients. (GETTY IMAGES)
Elle fait partie des troubles dermatologiques les plus fréquents pour les peaux foncées – phototypes IV à VI selon la classification de Fitzpatrick –, et des plus impactants pour la qualité de vie : l’hyperpigmentation post-inflammatoire (HPI). Comme tout trouble pigmentaire, son retentissement sur l’estime de soi des patients est souvent majeur. En juin dernier, une étude américaine publiée dans le Journal of Drugs in Dermatology révélait qu’un peu plus de la moitié des 150 répondants considéraient leur hyperpigmentation comme plus gênante que sa cause initiale.
« C’est vraiment le problème numéro un des peaux noires ou métissées, l’un des premiers motifs de consultation en dermatologie », confesse Blandine Nguimbus, pharmacienne spécialisée en dermatologie et dermatologie sur peaux noires et cheveux crépus et fondatrice de l’organisme Nappy Corner, qui propose des formations professionnelles centrées sur les problématiques de ces peaux (voir encadré en fin d’article).
Le soleil, ennemi numéro 1
Conséquences d’une surproduction de mélanine par les mélanocytes, ces taches brunes sont en effet plus fréquentes chez des personnes au phototype foncé, bien qu’elles concernent aussi les peaux plus claires. En cause, la très grande réactivité des mélanocytes. « Les mélanocytes des peaux foncées sont plus actifs et fabriquent naturellement plus de mélanine, explique Blandine Nguimbus. Ces cellules étant extrêmement réactives, à la moindre agression ou inflammation, elles vont fabriquer plus de pigments, ce qui donne ces taches visibles à la surface de la peau ».
Comme son nom l’indique, l’hyperpigmentation post-inflammatoire est la conséquence d’une réaction inflammatoire, qu’il va falloir identifier, et si possible traiter. Parmi les causes fréquemment citées, des dermatoses comme l’acné ou l’eczéma, mais aussi certaines lésions, boutons, coupures lors du rasage, piqûres, brûlures, qui peuvent également laisser une marque visible sur la peau, mais surtout le soleil, principale cause d’HPI.
Premier réflexe pour freiner cette réaction ? La protection solaire. « Un indispensable » pour Blandine Nguimbus, car le soleil est à la fois un facteur déclencheur et aggravant de l’hyperpigmentation, puisque les rayons UV stimulent la production de mélanine. Ainsi, une bonne protection solaire permettra d’éviter l’hyperpigmentation dite photo-induite, et en même temps, sera essentielle pour éviter que les taches déjà présentes ne s’intensifient davantage ».
Pour les peaux noires et métisses, il est préférable de conseiller une protection contenant des filtres chimiques, en raison des traces blanches, parfois inesthétiques que peuvent laisser les filtres minéraux sur les carnations foncées. « Ce sera non seulement plus agréable pour le patient, mais cela facilitera aussi la bonne adhésion et l’observance, car la crème doit être réappliquée toutes les deux heures », rappelle Blandine Nguimbus.
Pour aller plus loin
Vous souhaitez vous spécialiser dans les problèmes dermatologiques des peaux noires ? Nappy Corner propose des formations, à destination des professionnels de la pharmacie, dédiées aux principales problématiques cutanées et capillaires des peaux foncées, afin d’offrir un conseil adapté à l’ensemble de votre patientèle. Certifiées Qualiopi, ces formations sont 100 % finançables par l’Opco et accessibles à l’ensemble de votre équipe. Plus d’informations ici.
Traiter la cause de l’inflammation
Autre cause fréquente d’HPI, l’acné devra aussi être prise en charge pour que le traitement soit pleinement efficace. « Il faut bien entendu traiter les taches présentes, mais aussi éviter que de nouvelles apparaissent, détaille Blandine Nguimbus. C’est parfois un motif d’incompréhension pour les patients, qui consultent très souvent pour un problème d’hyperpigmentation et repartent de chez leur médecin avec une prescription anti-acné sans vraiment comprendre. C’est un point sur lequel il faut vraiment insister : la prise en charge de la source de l’inflammation fait partie intégrante du traitement, au même titre que la protection solaire et la routine dermo-cosmétique antitache ».
Cette routine est à adapter en fonction de la nature de l’inflammation et du type de peau. Elle comprendra au moins un nettoyant doux, un sérum antitache, un hydratant et une protection solaire. Au niveau des actifs dépigmentants, l’acide azélaïque est particulièrement apprécié pour ses propriétés anti-inflammatoires et sa bonne tolérance, notamment sur les peaux à tendance acnéique. La niacinamide, pour son rôle apaisant, l’acide tranexamique, la vitamine C, et les acides de fruits sont également recommandés. « Attention à ne pas multiplier les actifs, surtout en cas d’acné, car leur association peut s’avérer irritante et finalement aggraver l’hyperpigmentation », recommande Blandine Nguimbus. De même, les gommages mécaniques, à gros grains, sont à prohiber. En revanche, une exfoliation douce, enzymatique ou chimique, est recommandée, mais pas plus d’une fois par semaine. ■
Soins antitaches : les gammes dermo-cosmétiques sont-elles adaptées aux peaux foncées ?La vigilance est de mise quant à la formulation du soin : « Il faut éviter ce qui peut être irritant pour la peau et déclencher une hyperpigmentation, comme l’alcool ou certains parfums qui peuvent être allergisants, préconise Blandine Nguimbus, et privilégier, si possible, les produits à l’efficacité clinique prouvée sur les phototypes foncés ». Ce qui n’est pas le cas de tous les soins antitaches disponibles, bien que beaucoup aient été validés par l’usage. « Pour parler d’efficacité sur les phototypes foncés, idéalement, le produit doit avoir été testé cliniquement, avec un avant/après et une mesure d’efficacité sur ce type de peau ; or, aujourd’hui, ce n’est pas systématique», regrette Blandine Nguimbus. Pas toujours cliniquement éprouvé. Plusieurs laboratoires dermo-cosmétiques ont ainsi pris le contre-pied, et ont fait de cette inclusivité un véritable leitmotiv. Il en est ainsi de Nubiance, qui revendique des solutions « adaptées aux besoins réels des phototypes III à VI » ; de Nuhanciam, qui se présente comme « la seule marque skincare qui couvre tous les phototypes de I à VI » ; d’In’oya qui, à sa création (2011), s’était fixé l’objectif de « mettre en place le 1er soin antitache dermo–cosmétique efficace et sans effets secondaires, qui tient compte des gènes spécifiques aux peaux noires, mates et métissées », et du Laboratoire Château Rouge dont « les produits sont testés sur des volontaires de phototype allant de IV à VI par un laboratoire indépendant ». Plusieurs laboratoires dermo-cosmétique ont suivi. Ainsi, le leader du segment antitache, Caudalie, dont le sérum Vinoperfect a été testé sur des photo-types de IV à VI, du laboratoire ACM dont le sérum concentré intensif antitache Dépiwhite a été analysé sur des phototypes de II à V, ou encore de Topicrem dont le lait unifiant ultra-hydratant Mela a été étudié sur des sujets de phototypes V et VI. « L’évolution se fait dans le bon sens, se réjouit Blandine Nguimbus. C’est vraiment une réflexion globale qui doit être menée de la part des laboratoires sur le mécanisme de la problématique et sa compréhension. L’exemple le plus marquant est celui des crèmes solaires, qui protègent des coups de soleil, alors que finalement, en fonction de la couleur de peau, les problématiques sont différentes. Il est encore rare de voir mis en avant le rôle néfaste des UV et de la lumière bleue dans l’hyperpigmentation, même si certaines marques commencent à le faire ». |


