À 44 ans, le Dr Jeoffrey Pirault cumule expériences et missions d’urgence : pharmacien, réanimateur, pompier volontaire. Son parcours atypique illustre une quête constante de rythme, d’adrénaline et de sens dans sa pratique médicale.

Dr Jeoffrey Pirault (DR)
Pyjama de bloc bleu, Crocs au pied et sweat à capuche égayé d’un Pin’s à la tête de lion – « offert par les infirmières du service » –, le Dr Jeoffrey Pirault, médecin réanimateur à l’hôpital Louis Mourier (Colombes, AP-HP), avance le pas assuré jusqu’à la cafétéria. Une fois assis, on le sent sur le qui-vive, comme posé sur un ressort. Sûrement une déformation professionnelle, ou un simple reflet de son caractère dynamique refusant l’immobilisme et le « plan-plan ».
Le réanimateur et pompier volontaire n’a jamais cherché le confort des trajectoires linéaires. D’ailleurs, sa carrière professionnelle a commencé par un détour. Après deux tentatives infructueuses en première année de médecine, il s’oriente vers la pharmacie. « Je ne savais pas encore exactement où j’allais », reconnaît-il. Il débute en filière hospitalière, avant de bifurquer vers l’officine, non par vocation, mais par stratégie. « C’était alors la voie la plus rapide pour être diplômé et, éventuellement, repasser médecine. » Il exerce brièvement derrière le comptoir, travaille en clinique, tout en s’investissant comme pompier volontaire le week-end et la nuit. Mais peu à peu, un décalage s’installe. « J’avais besoin de plus de rythme, de situations aiguës, d’adrénaline. Je me rendais compte que l’officine n’était pas un lieu d’épanouissement. »
J’avais besoin de plus de rythme, de situations aiguës, d’adrénaline. Je me rendais compte que l’officine n’était pas un lieu d’épanouissement. ”
À 30 ans, il retourne sur les bancs de la faculté de médecine. Une reconversion lourde de conséquences, notamment financières. « Passer d’un salaire confortable de 4 000 euros par mois à 250 euros en tant qu’externe, c’est rude. Sans le soutien de mes proches, je n’aurais jamais pu le faire. » Il s’accroche, réussit l’internat, s’oriente naturellement vers l’urgence et le SMUR, avant de trouver en réanimation le terrain et les défis qui lui correspondent pleinement. « La réa’, c’est la condensation de toutes les médecines, sur des patients ultra-critiques. On y trouve à la fois de la technique, de la réflexion et de l’adrénaline. »
Après des expériences aux urgences et en réanimation dans différents hôpitaux de la région parisienne, et après avoir traversé la pandémie, il rejoint, en 2021, l’hôpital Louis-Mourier. Il y découvre un service à taille humaine, soudé, qu’il décrit comme une « petite famille ». Un environnement propice au travail collectif, à la discussion pluridisciplinaire, qu’il juge indispensable dans la prise en charge de cas complexes. Il fait aussi le choix revendiqué du public. « Cela offre une qualité de travail très fine, et la possibilité de ne jamais être seul face à une décision complexe à l’opposé du privé, où l’on se retrouve très vite isolé. »
Son passé de pharmacien, loin d’être effacé, constitue aujourd’hui un atout. « Tout ce qui est pharmacologie, gestion des médicaments, stabilités, est clairement une plus-value. » Ses collègues sollicitent régulièrement son expertise, et ce semestre, il encadre une interne de pharmacie intégrée au service de réanimation. « C’est enrichissant pour elle, et pour moi. Cela ajoute une nouvelle corde à mon arc. »
La transmission est d’ailleurs son fil rouge. Fort de vingt années d’engagement comme pompier volontaire, il est devenu directeur de la simulation de l’hôpital il y a un an et développe des programmes de simulation haute fidélité à destination des soignants. « La simulation fait partie intégrante de la culture des pompiers. La transposer à l’hôpital était presque naturel. »
S’il ne nourrit aucun regret sur le plan professionnel, il ne nie pas les sacrifices consentis pour cette reconversion : des années de gardes, une vie personnelle mise à l’épreuve… Avec le recul, le Dr Pirault regarde pourtant son parcours avec lucidité. « La pharmacie m’a donné une base solide, mais je me serais ennuyé. La médecine m’a permis d’aller là où je me sentais utile. » Aujourd’hui, en réanimation, il a trouvé un terrain à la hauteur de ses attentes : exigeant, collectif et profondément humain. ■


