fresenius webinaire novembre 2025
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Réduction progressive du plafond des remises commerciales sur les génériques : enjeux & perspectives

Bien que suspendue pendant trois mois, la baisse du plafond des remises sur les médicaments génériques pourrait s’annoncer comme l’une des réformes les plus significatives pour le réseau officinal depuis plusieurs décennies.

Le 4 août 2025, le gouvernement a annoncé une réforme majeure du cadre tarifaire des remises commerciales sur les médicaments génériques, introduisant une baisse progressive du plafond applicable :

  • Du 1er septembre 2025 au 30 juin 2026 : plafond fixé à 30 % pour les génériques et hybrides.
  • Du 1er juillet 2026 au 30 juin 2027 : réduction progressive à 25 %.
  • Du 1er juillet au 31 décembre 2027 : plafond final fixé à 20 %.

En parallèle de la baisse des remises sur les génériques, le gouvernement prévoit une hausse progressive du plafond des remises applicables aux biosimilaires, passant de 15 % à 17,5 %, puis à 20 % d’ici 2027. L’objectif est de favoriser leur diffusion et d’encourager la substitution, à l’image du développement des génériques à la fin des années 2000.

Néanmoins, le rythme de cette montée en puissance reste incertain, le marché demeurant peu mature et probablement freiné par la réticence de certains prescripteurs et patients. Cette évolution constitue un signal positif pour la diversification du modèle officinal, mais son effet compensatoire à court terme restera limité face à la réduction des remises sur les génériques et à la baisse des prix des médicaments remboursés.

 

Un changement majeur

Cette évolution réglementaire constitue l’une des réformes les plus significatives pour le réseau officinal depuis plusieurs décennies. Présentée comme une mesure de maîtrise des dépenses de santé, elle suscite une opposition importante au sein de la profession. Bien que son application soit, à ce jour, momentanément suspendue, son adoption effective à terme pourrait peser lourdement sur la structure économique des officines.

La diminution programmée des remises commerciales se traduira mécaniquement par une réduction substantielle de la marge brute des officines. Selon les estimations de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), la perte annuelle moyenne par officine pourrait atteindre 20 000 à 30 000 € à l’horizon de deux ans, soit près de 500 millions d’euros de pertes cumulées pour l’ensemble du réseau officinal.

 

Quel impact sur la rentabilité des officines ?

Cet ajustement va bien au-delà d’une simple diminution de marge : il affecte directement la rentabilité des officines. En effet, le volume d’activité restant identique, cette baisse des remises ne se traduit pas par une diminution parallèle des charges, mais par une érosion directe de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE).

Or, la valeur d’une officine repose sur sa capacité à générer des flux financiers pérennes. Une réduction de l’EBE aura donc un impact direct sur la valorisation du fonds de commerce ou des parts sociales des officines. Les pharmaciens envisageant une acquisition doivent intégrer cet effet dans leurs négociations de prix, afin d’anticiper les répercussions financières de cette réforme sur leurs projets d’investissement.

Les études statistiques émises par le groupement CGP (Conseil Gestion Pharmacie) permettent de déterminer la valeur économique d’une officine par l’intermédiaire d’un coefficient multiplicateur applicable à l’EBE. Cet indicateur est à adapter en fonction de la typologie de l’officine concernée (taille, zone géographique, environnement médical ou encore en fonction de sa dynamique économique). En voici une illustration en fonction du volume d’activité :

 

Exemple concret pour une pharmacie moyenne

Prenons maintenant un exemple concret d’une pharmacie de taille « moyenne » réalisant 2,2 millions d’euros de chiffre d’affaires. En appliquant un coefficient moyen de 7,10 fois l’EBE, la perte de valeur estimée de cette officine serait comprise entre 140 000 euros et 210 000 euros. Cette mesure n’impacte donc pas uniquement l’équilibre financier des officines, mais affecte également le capital retraite des pharmaciens déjà installés.

 

Comment pallier la baisse des remises ?

La croissance de l’activité, le développement des nouvelles missions et l’optimisation des conditions commerciales semblent être les seuls leviers pour pallier cette évolution règlementaire. Avec un taux de marge moyen en France de 28,3 % en 2024 (source CGP), il serait nécessaire de générer entre 70 000 et 110 000 € HT de chiffre d’affaires supplémentaire pour compenser la perte induite par cette réforme.

Une exigence particulièrement difficile à atteindre pour les officines de taille modeste, déjà confrontées à des marges plus faibles et à une attractivité limitée pour les repreneurs, ce qui pourrait entraîner de nouvelles fermetures et fragiliser davantage l’accès aux soins de proximité.

La baisse programmée des remises sur les médicaments génériques ne se limite donc pas à une simple mesure budgétaire. Elle touche au cœur de la rentabilité des officines, fragilise leur capacité de financement et peut peser lourdement sur les transmissions. Elle pose également la question de l’accès aux soins, particulièrement en zones rurales. Ce débat dépasse désormais la sphère économique pour devenir un enjeu de santé publique, nécessitant une réflexion approfondie sur l’avenir du réseau ­officinal.