fresenius webinaire novembre 2025
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Comment piloter sa trésorerie dans un environnement chahuté ?

Les experts-comptables CGP ont présenté le 7 mars dernier les statistiques professionnelles 2024 de la pharmacie, réalisées à partir d’un échantillon représentatif de 1 853 pharmacies clientes du groupement. Les données présentées sont moroses, avec notamment un repli des trésoreries des officines.

Les trésoreries sont en repli de 4 200 euros sur l’année, passant de 249 100 € à 244 900 € sur la période. Ce repli, peu important de prime abord, ne doit pas induire le lecteur en erreur : il cache en réalité une tendance bien réelle de contraction des disponibilités des officines.

 

Les causes

Tout d’abord, nous constatons une baisse des rentabilités des officines, avec un nouveau repli de l’EBE de 10 000 € pour 2024. Cette baisse tient sa source d’une hausse marquée des charges. 
La progression de la marge ne suffit pas à absorber la progression des coûts.

En effet, de 2022 à 2024, les charges externes ont progressé de 22,71 % sur trois ans.

Frais généraux : impact des hausses de prix sur l’ensemble des lignes 

Statistiques 2022 : +9,72 %
Statistiques 2023 : +3,02 %
Statistiques 2024 : +5,94 %
Soit une évolution cumulée sur 3 ans : 22,71 %

Nous constatons que cette progression pollue l’ensemble des postes de charges : le contexte inflationniste post-COVID a entraîné une hausse de l’ensemble des lignes, en particulier les loyers en hausse de plus de 5 % cette année encore.

Frais de personnel : la hausse se poursuit 

Statistiques 2022 : +12,38 %
Statistiques 2023 : +8,92 %
Statistiques 2024 : +5,61 %

Soit une évolution cumulée sur 3 ans : 26,91 %
Soit une évolution en valeur absolue : 65 000 €

Soit un pharmacien assistant (coeff. 500) : 32  heures par semaine

Pire, la masse salariale présente une évolution encore plus marquée que les charges externes à quasiment 27 % sur la période.

Les pénuries des médicaments poussent par ailleurs les pharmaciens à stocker, accentuant le phénomène (hausse des stocks de plus de 5 %).

Afin de soutenir la trésorerie, le pharmacien a donc décalé les délais de paiement fournisseurs.

 

Que faire ?

Dans un tel contexte, plusieurs leviers peuvent être actionnés.

Tout d’abord, il convient de s’intéresser aux économies potentielles à réaliser : un pilotage serré des charges externes ainsi qu’un travail de la masse salariale et sur les rémunérations du dirigeant doivent être à l’agenda pour en dégager des marges de manœuvre. Nous constatons une hausse des rémunérations de dirigeants de 4,45 % sur la période, en décalage avec l’évolution des rentabilités des officines.

Ensuite, malgré un environnement économique difficile, il faut chercher les leviers de croissance de l’officine. En particulier, l’augmentation des prix ne doit pas être un tabou : le pharmacien semble avoir parfois des scrupules à augmenter ses prix. Pourtant, il a un contrôle restreint sur les tarifs, 70 % de son activité étant encadrée. L’inflation, maintenant derrière nous, n’a pas systématiquement été répercutée sur les prix.

Un autre levier de croissance est aussi bien sûr la mutualisation des achats, stratégie déjà grandement déployée par les pharmaciens.

Enfin, les leviers financiers ne sont pas à exclure. Certains, par essence conjoncturels, sont utiles pour gagner du temps pour établir la stratégie. C’est le cas notamment de l’apport de fonds du pharmacien via son compte courant d’associés, permettant de renflouer la trésorerie. En pratique, ce n’est, bien sûr, pas toujours possible.

Le travail sur les postes du besoin en fonds de roulement est aussi une manière de gagner du temps : réduire son stock (jeu d’équilibriste assurément, car cette baisse de stock risque d’accentuer le phénomène de manquants), repousser les délais de paiement fournisseurs, avancer les délais de paiement du concentrateur vont permettre de gagner un temps précieux.

Il peut être envisagé un découvert bancaire voire un découpage auprès du grossiste. Rappelons simplement que le grossiste n’est pas un banquier et que ces solutions ne traiteront pas le mal. En effet, c’est bien structurellement qu’il convient d’agir pour restaurer les équilibres. En cela, le réétalement des emprunts est une solution pérenne. Attention cependant aux conditions. En effet, les taux d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Rappelons simplement qu’un emprunt d’1 000 000 € sur 12 ans à 0,5 % (monde d’hier bien révolu) sert des mensualités de 7 156 €. Pour un taux de 3 % actuel, et pour les mêmes mensualités, c’est uniquement 865 000 € que vous pourrez emprunter… Ainsi, le réétalement n’est pas forcément la solution idoine et doit être traité avec précaution, sous l’appui d’un nouveau prévisionnel offrant les garanties souhaitées.

L’ensemble de ces solutions doit permettre au pharmacien de voir l’avenir avec sérénité, malgré ce contexte difficile. La pharmacie reste une profession attractive et rentable. Le pharmacien doit accomplir sa mue dans un monde médical sous contraintes. •

 

Nous vous invitons à télécharger nos statistiques sur le site internet
www.conseil-gestion-pharmacie.com