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Île d’Oléron : rencontre avec des pharmaciens insulaires

Située au large de Rochefort, Oléron compte 22 000 habitants à l’année et dix fois plus l’été. Une saisonnalité à laquelle ont dû s’adapter les dix officines que compte l’île.

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Ils ne savaient pas s’ils allaient avoir une saison touristique, mais c’est un été mouvementé qui a animé les officines de l’île d’Oléron. « Nous avons eu beaucoup de monde, surtout au mois de juillet où la fréquentation était très forte », raconte Béatrice Mazin, titulaire de la pharmacie de Saint- Georges d’Oléron. Avec Mehdi Djilani, Virginie Paniégo-Fauré, Vincent Fauré, Fanny Boutinet-Djilani et Agnès Lalis, ils sont les six titulaires des pharmacies Totum installées sur l’île.

« Nous passons de 150 clients par jour en basse saison à 500 ou 600 l’été. Je recrute toujours un pharmacien saisonnier. »

Vingt mille habitants à l’année et 250 000 résidents l’été, Oléron se caractérise par sa saisonnalité. Un virage à 180 degrés, entre hiver et été, qui enthousiasme les pharmaciens de l’île. Installée il y a 17 ans, Fanny Boutinet-Djilani est titulaire de la pharmacie de Saint-Denis au nord de l’île : « Nous passons de 150 clients par jour en basse saison à 500 ou 600 l’été. Je recrute toujours un pharmacien saisonnier. » Même chose pour Béatrice Mazin, qui recrute trois personnes l’été et élargit ses horaires afin de répondre à la demande. Pour Vincent Fauré et Virginie Paniégo-Fauré, titulaires d’une pharmacie rurale à La Cotinière, le virage est encore plus brutal : « Nos extrêmes de fréquentation sont de 60 clients par jour parfois en février à plus de 400 au mois d’août. »

Alors que l’année est marquée par le suivi de maladies chroniques, l’été se concentre sur le conseil et les soins de premier recours. « En vacances, les patients ne connaissent personne et s’orientent donc directement vers la croix verte. Nous avons un énorme rôle de première intention. On prend en charge et on oriente », précise Mehdi Djilani, titulaire de la pharmacie de Saint-Pierre d’Oléron. Si certaines officines, comme celle d’Agnès Lalis à Dolus d’Oléron, sont moins exposées à la saisonnalité, toutes passent un été agité.

« Les chutes à vélo, les blessures sur les rochers, les plaies sur les sentiers de randonnée… Nous faisons beaucoup de premiers soins l’été », raconte Fanny Boutinet- Djilani. Souvent, les patients sont directement adressés à la pharmacie par les sauveteurs en mer, plaçant les officines comme des zones de tri centrales sur l’île. D’autant plus le week-end, où les cabinets médicaux sont fermés. Le service d’urgence le plus proche est à 50 km.

Pharmacie Saint-Georges. DR

Une lumière verte dans le brouillard

L’été, toutes les officines de l’île s’accordent pour ouvrir le dimanche matin « et nous doublons les services de nuit », souligne Medhi Djilani, qui précise que les généralistes oléronais ne font plus de garde en nuit profonde. Il y a en permanence une officine de garde au nord et au sud de l’île. « Chaque patient peut trouver un point de chute médical à tout moment », insiste Béatrice Mazin, qui après quelques années d’exercice sur le continent près de Niort a décidé de retrouver son île en octobre 2018. L’exercice insulaire, ce sont aussi des histoires de comptoir que ces pharmaciens ne sont pas prêts d’oublier : « Une femme a perdu les eaux devant notre pharmacie, nous avons dû nous occuper de son petit garçon le temps que les pompiers la prennent en charge, se rappelle Béatrice Mazin. Cette dame est revenue 5 ans plus tard nous présenter sa fille qui a failli naître dans la pharmacie ! » « Ce n’est jamais la routine, confirme Mehdi Djilani. On a des médecins qui suturent dans la pharmacie, d’autres qui, en vacances, font des auscultations dans notre bureau pour un patient… »

Avant l’arrivée des vacanciers, il faut remplir ses stocks. Antimoustiques, solaires, pansements, génériques… « Les commandes sont passées en avril-mai, avec des volumes calqués généralement sur l’été précèdent, détaille Béatrice Mazin. Nous faisons généralement rentrer toutes les commandes en juin, pour être totalement libérés au comptoir sur juillet et août », précise Agnès Lalis. Seulement, avec un printemps frappé par le confinement, difficile d’anticiper l’arrivée ou non des touristes ! Béatrice Mazin a décidé de faire jouer son réseau local : « Au mois d’avril, j’ai commencé à me renseigner auprès des campings et des loueurs de locations saisonnières pour connaître leur taux de remplissage pour l’été », dit-elle en souriant.

Pharmacie Dolus. DR

Un manque d’accès aux soins

Des médecins qui partent à la retraite, plus de spécialiste sur l’île, aucun service d’urgence… « Ce qui manque sur l’île, c’est l’accès aux soins », regrette Virginie Paniégo-Fauré. L’exercice insulaire est confronté à la pénurie médicale. « Le dernier ophtalmologue de l’île vient de partir et l’hôpital le plus proche est à presque 1 h 30 de route l’été, regrette Mehdi Djilani. Pourtant, Oléron n’est pas considérée comme un désert médical : Nous sommes selon l’ARS en zone tendue, mais pas officiellement en désert médical, car leurs critères ne tiennent pas compte de la saisonnalité et de la variation de population l’été », précise le pharmacien.

Face à la pénurie de soins, les pharmaciens n’ont eu d’autres choix que de s’organiser et de se former. « Par la force des choses, j’ai fait beaucoup de progrès en dermatologie par exemple. Je sais reconnaître un zona, un staphylocoque et orienter le patient correctement, confie Fanny Boutinet-Djilani, qui a aussi adapté ses stocks. Nous avons toujours beaucoup de choses à proposer en conseil, que ce soit de la dermato, de l’ophtalmo ou de la gastro, les gammes sont très larges. » Et les équipes sont formées au quotidien.

Tous regrettent le manque de reconnaissance de ces services de la part des autorités. D’autant plus quand, pendant le confinement, le rôle de professionnel de santé du pharmacien s’est renforcé. « Les médecins on fait beaucoup de téléconsultations, et nous des livraisons, du drive sur le parking, du scan d’ordonnance, et aussi de la communication sur nos réseaux sociaux », insiste Vincent Fauré.

Pharmacie Saint-Pierre. DR

Un réseau d’entraide et de soutien

Pour unir leurs forces et favoriser l’interpro, deux projets de maisons de santé pluridisciplinaires sont en cours de création sur l’île. L’une au nord, l’autre au sud, pilotée par Agnès Lalis : « Ce qui nous motive, c’est de pouvoir échanger entre professionnels de santé, médecins, pharmaciens, infirmiers, kiné, autour des dossiers des patients, pour une meilleure prise en charge des pathologies dans leur globalité. Nous échangeons et travaillons ensemble de manière beaucoup plus facile depuis quelques années », se réjouit-elle. Ils espèrent ainsi travailler main dans la main sur des protocolisations, et, pourquoi pas, intégrer une CPTS unissant nord et sud de l’île.

En attendant l’union interprofessionnelle sur Oléron, nos six pharmaciens travaillent déjà au quotidien en réseau, grâce à leur appartenance au groupement HPI-Totum. Un réseau national et régional, dans lequel chaque pharmacien est actionnaire de la SAS. Au-delà des offres commerciales, Totum est centré sur la prise en charge patient et l’esprit de coopération entre pharmaciens. « Quand on a une bonne idée, on ne la garde pas pour nous, on la partage avec notre réseau », résume Mehdi Djilani, président de Totum Pharmaciens.
Intégrée au réseau en juin dernier, Agnès Lalis est ravie : « J’ai été rapidement intégrée au groupe. Le côté humain est très présent. C’est un soulagement de savoir que l’on ne travaille pas seul, que l’on s’entraide. » Vincent Fauré renchérit : « Tous les jours, nous échangeons avec les autres pharmaciens de l’île via notre groupe Whatsapp notamment, on se dépanne, on se donne des infos. » « J’encouragerais tous les pharmaciens à travailler comme ça : on se conseille sur les modifications réglementaires, les médicaments en rupture, des cas patients… », ajoute Béatrice Mazin. Un réseau qui donne un temps d’avance à ces pharmaciens insulaires, parfois loin de tout, comme le précise la pharmacienne : « Malgré un sentiment d’insécurité parfois, l’insularité est une richesse. »

Les équipes des pharmacies Totum oléronnaises. DR


Pharmaciens saisonniers

Installés en juin 2018 comme titulaire sur l’île, Virginie Paniégo-Fauré et Vincent Fauré ont passé 10 ans de leur vie comme pharmaciens saisonniers : « l’été nous exercions sur la côte et l’hiver à la montagne, au ski », explique Vincent Fauré. Tous deux ont également, pratiqué en Polynésie. Après trois saisons estivales à la pharmacie des Palmiers, ils ont finalement décidé de poser leurs valises à La Cotinière. « C’est le 6e port de pêche de France et une partie de nos patients sont des marins », se réjouit Viriginie Paniégo-Fauré. •


L’île d’Oléron en chiffres

  • 10 officines
  • 22 200 habitants à l’année
  • 250 000 résidents l’été
  • 174 km2
  • Plus grande ville Saint-Pierre d’Oléron (6 700 habitants)

Par Léa Galanopoulo

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