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Prévention : quel avenir à l’officine ?

Les Amphis de l’officine, organisés le 10 septembre par la FSPF se sont tournés vers la prévention et le rôle du pharmacien pour sa mise en place dans un pays qui en manque. Un rôle mis en avant durant l’épidémie.

« Il y a une absence de politique publique de prévention dans ce pays », c’est par ce constat que Philippe Besset, président de la FSPF, a ouvert la seconde édition des Amphis de l’officine. Lors d’une matinée, le syndicat a fait défiler à son siège des représentants des pharmaciens, des pouvoirs publics et des ONG, afin de discourir sur l’utilité, présente et à venir, des pharmaciens dans la prévention. En effet, vaccination et Trod s’inscrivent désormais dans le quotidien des officinaux, mais doit-on aller plus loin ?

Que veulent les pharmaciens ?

Il a d’abord fallu poser une analyse sur ce qui était fait en pharmacie, ainsi que les envies des confrères. D’après une étude réalisée par « Tous pour la santé », si les officines pratiquent la vaccination antigrippale à près de 97 %, les entretiens se mettent en place plus progressivement, 45 % des officines pratiquent ceux concernant les AVK et AOD, 33 % font des BPM, et 27 % des entretiens avec leurs patients asthmatiques. Les Trods ont plus de succès, 89 % des officines les pratiquent pour le Covid.

« 88 % des pharmaciens sont pour une extension de leurs compétences sur la vaccination », indique Hugo Zamolo, pharmacien consultant à la tête de l’étude. Mais si les pharmaciens sont pour plus de prévention à l’officine, ils ne sont pas suivis par les préparateurs, beaucoup moins formés et beaucoup moins sensibles à cette problématique de santé publique. Cette envie des pharmaciens d’étendre leurs compétences a été consacrée dans la loi santé de juillet 2019 qui ouvre la voie, mais doit être précisée par arrêté pris après un avis de la HAS qui est toujours attendu. La FSPF pousse en ce sens en demandant aux pouvoirs publics la possibilité de réaliser tous les rappels de l’adulte.

Ce qui pourrait se faire

Cette extension n’est pas demandée seulement par les pharmaciens, mais aussi par les patients, au travers des associations les représentant. « C’est très important que les patients chroniques puissent reprendre leur parcours de soins » rapporte Claude Chaumeil, vice-président de la fédération française des diabétiques, il souligne que nombre de ces patients doivent rattraper leur vaccination suite au confinement. Le représentant des diabétiques a ajouté que « le jeune âge ne doit pas être un frein à la vaccination », en appuyant sur les jeunes diabétiques.

En sortant du cadre de la vaccination, les actions à mettre en place en officine sont nombreuses, et les discussions ont permis de dégager des pistes. En particulier sur les migraines, dont seuls 20 % sont diagnostiquées. « Le pharmacien à un rôle essentiel pour prendre en charge les patients, » insiste le docteur Michel Lanteri-Minet, du CHU de Nice. Pour ce spécialiste de la migraine, le pharmacien à un rôle multiple : celui du dépistage, et celui du bon usage du médicament dans le traitement chronique comme dans celui de crise.

Le Covid montre la voie ?

« Il va y avoir la vaccination Covid, qui sera probablement un vaccin multi doses, pourquoi ne pas le faire en pharmacie ? Les personnes prioritaires seront à peu près les mêmes que la population cible pour la vaccination antigrippale », explique la professeure Élisabeth Bouvet, présidente de la Commission technique des vaccinations à la HAS. Autres arguments en faveur de la profession, les pharmaciens sont disponibles, couvrent le territoire et ont les outils pour respecter la chaîne du froid. L’avis de la HAS doit arriver avant les vaccins, qui sont prévus pour fin 2020, début 2021 d’après la professeure. Pour ce qui est de l’ouverture de la vaccination antigrippale pour tous, ce ne sera pas pour cette année, car le nombre de doses ne sera pas suffisant, il faudra prioriser les personnes fragiles.

En plus des Trod Covid, les tests antigéniques et salivaires « pourraient être autorisés aux professionnels de santé en première ligne, donc au pharmacien » rapporte Emmanuelle Cohn, adjointe à la sous-directrice de la DGOS au ministère de la Santé.

Modèle économique

Malgré la baisse de fréquentation des pharmacies, qui a plus durement touché la région parisienne, l’officine a plutôt bien tenu face à la crise. D’après les experts comptables de la CGP, l’EBE a diminué de -0,38 % sur l’année passée. Mais le paradigme reste le même « la pharmacie reste tributaire à 90 % des prescriptions », assure Joël Lecœur, expert-comptable et président de CGP. Et ce n’est pas encore les nouvelles missions qui sont productrices de valeur financière comme le souligne Denis Millet président de la commission « études et stratégie économiques » à la fédération : « Il ne faut pas se dire que les nouvelles missions vont tout de suite rapporter beaucoup de marge, il faut les voir comme des actions de santé publique ».

Des actions et des services qui ne doivent pas être qu’un bénéfice d’image, et que le syndicat désire valoriser. Satisfait d’avoir balayé de nombreuses voies pouvant mener le pharmacien à être plus impliqué dans la prévention, Philippe Besset insiste : « la suite de l’aventure s’inscrira dans un parcours de soin pluriprofessionnel ! » Le président de la FSPF propose de travailler autour du calendrier vaccinal et de profiter de la venue des patients adultes pour faire de la prévention autour de thèmes liés à l’âge et au style de vie. Il tempère néanmoins, en rappelant la diminution de certains honoraires et celle des délais d’écoulement de stock : « c’est difficile de faire du “pro bono” quand il y a une dégradation prévue de l’économie de l’officine. »

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