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Rencontre avec une équipe investie auprès de ses seniors

Agnès Tarodo de la Fuente est titulaire de la pharmacie de l’Hôtel de ville à Saint‑Amans-Soult (Tarn). Elle s’est spécialisée au fil des ans pour mieux prendre en charge ses patients seniors et partage avec La Revue Pharma son expérience.

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La Revue Pharma : Dans quel type d’officine travaillez-vous ?

Agnès Tarodo de la Fuente : Une officine de village, ou plutôt de deux villages qui n’en font qu’un, il y a environ 2 500 habitants, et quelques petits hameaux autour. Dans le Tarn entre Montpelier et Toulouse, un peu loin de tout. Il y a une maison de santé dans le village d’à côté que nous avons intégrée. Et tous les professionnels de santé font aussi partie d’une CPTS.

Pourquoi vous êtes-vous spécialisée dans la prise en charge des patients seniors ?

AT : Ils représentent la part la plus importante de ma patientèle : 60 % ont plus de 60 ans. Dans le village, il y a seulement une vingtaine de naissances par an, les jeunes actifs ne viennent pas à la pharmacie ou vont à celle située près de leur travail.

Comment vous êtes-vous spécialisée ?

AT : Un peu avant leur arrivée officielle, les bilans partagés de médication (BPM) ont été expérimentés en Midi-Pyrénées. Nous avons donc commencé avant tout le monde. Le Reipo, un réseau de pharmaciens émanant de la fac de Toulouse et en relation avec le CHU, propose des formations pour faire monter tout le monde en compétences. Ce fut leur premier sujet. Ils nous ont accompagnés et ils ont créé un DU que j’ai suivi : « Optimisation de la prise en charge médicamenteuse de la personne âgée ». Nous avons commencé à faire des BPM poussés avec transmission au médecin en fonction des recommandations aux seniors, qui ne sont pas toujours suivis par les médecins non gériatres.

Emma, apprentie préparatrice, se charge des livraisons. DR

Vous avez senti que cette formation apportait une plus-value pour le suivi et la qualité de vie de vos patients seniors ?

AT : Oui, tout à fait. Dès le premier BPM, le patient, qui devait couper en deux un tout petit comprimé, ne le voyait même pas et donc ne le prenait jamais. À partir de là, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait des problèmes. À chaque bilan, nous en identifions au moins un.

Qu’est-ce que cela vous a apporté dans votre quotidien de pharmacienne ?

AT : C’est très motivant, pour moi et pour mes adjoints. Nous percevons un autre regard de la part de la clientèle, nous nous sentons plus « professionnels de santé ». Cela a aussi changé le regard des médecins. Lorsqu’on leur envoie un bilan bien documenté, ils s’aperçoivent que nous savons de quoi nous parlons. Résultat, ils nous envoient des patients quand ils ont un doute par exemple. Ils nous disent eux-mêmes ne pas avoir le temps de se pencher sur les traitements chroniques parfois instaurés il y a longtemps. Cela les aide que nous le fassions.

Est-ce que cela arrive qu’après un BPM vous changiez les traitements ?

AT : Oui, très souvent ! Nous trouvons toujours quelque chose. Ensuite, nous proposons le changement au médecin, qui a le dernier mot. Il suit souvent une partie de nos conseils. Nous en profitons pour vérifier les vaccins, si le patient est supplémenté en vitamine D et s’il y a un risque pour lui, ou même nous assurer qu’il a bien fait un bilan de la vue.

Virginie et Murielle préparent les ordonnances durant le confinement. DR

Avez-vous mis en place d’autres services pour les personnes âgées ?

AT : Nous pratiquions déjà les entretiens AVK et asthme. Lorsque nous repérons des besoins particuliers, nous faisons un entretien pharmaceutique dans l’espace de confidentialité. Nous avons aussi suivi une formation dénutrition et nous faisons donc des entretiens sur le sujet. Nous sommes aussi sur un projet qui se nomme Icope, afin de détecter la fragilité chez le patient âgé, et qui est réalisé avec les infirmières et les médecins. Cela s’inscrit dans le même mouvement de travail en commun.

Qu’est-ce que le projet Icope ?

AT : C’est un bilan avec quelques tests à faire à la personne âgée pour savoir si elle est classée fragile, comme chuchoter à son oreille pour voir si elle entend bien, la faire asseoir et relever plusieurs fois pour s’assurer qu’elle a encore de la mobilité. À partir de cela, nous calculons un score avant de l’envoyer vers des infirmières encore plus spécialisées que nous, qui vont passer à la phase 2, avec un entretien plus poussé. C’est un projet de l’OMS que nous menons avec l’ARS et la Faculté de Toulouse. Le service est rémunéré.

Proposez-vous d’autres services aux seniors ?

AT : Je réalise aussi pour les Ehpad de la PDA, que j’essaye de proposer à mes patients. Certains ne veulent pas, car, justement, ils ont l’impression d’être en Ehpad. Quand ils passent le pas, ils sont contents, mais cela reste compliqué de les convaincre. Les enfants nous disent que leurs parents ont du mal avec leurs médicaments et, pourtant, les parents refusent catégoriquement. Les personnes âgées ne veulent pas perdre leur autonomie et désirent montrer qu’elles y arrivent encore. Je pense que cela rentrera dans les mœurs, il faut du temps.

« Je pense que la PDA rentrera dans les mœurs, il faut du temps »

Comment avez-vous suivi vos patients âgés pendant le confinement ?

AT : C’est simple, nous avons repris tous les dossiers faits 28 jours avant le confinement et nous avons appelé chacun des patients en leur disant : « Votre traitement doit arriver à échéance, est-ce que vous voulez passer le renouveler ? » Soit ils venaient, soit ils envoyaient quelqu’un et nous préparions les traitements pour qu’il n’y ait pas d’attente. Nous avons aussi un système de livraison payante que nous avons rendu gratuit pendant le confinement. Le mois d’après, nous avons relancé le même procédé. Ça a représenté beaucoup de temps au téléphone !

Comment avez-vous impliqué votre équipe dans la prise en charge des personnes âgées ?

AT : Mon équipe suit aussi les formations pour les premiers bilans, une pharmacienne hospitalière est venue nous accompagner. Nous étions surprises par le niveau de l’analyse et du courrier au médecin, c’est pour cela que j’ai fait ma première formation, car c’est un sujet médical et technique. J’ai aussi envoyé mes adjointes suivre les formations. En outre, nous avons acheté le guide Papa (prescriptions adaptées aux personnes âgées), un livre très bien fait et utilisé par les hospitaliers.

Quels conseils donneriez-vous à une consœur ou un confrère pour se spécialiser ?

AT : Se former. Avoir une équipe présente et impliquée.

Est-ce difficile de faire rentrer les seniors dans le parcours de soin les concernant ?

AT : Pour les BPM non, car ils aiment qu’on leur parle de leurs traitements. Il y a des patients qui sont venus nous demander d’en faire, parce qu’ils avaient entendu que nous pouvions enlever des médicaments. Ce n’est pas toujours le cas, et cela dépend du médecin mais, pour améliorer l’observance, c’est une bonne chose de diminuer le nombre de prises.

Quelles évolutions futures peut-on imaginer pour la prise en charge des seniors ?

AT : Il existe de nombreuses discussions autour des plateformes de téléassistance, celles-ci sont tenues par des entreprises. Je pense que ce serait mieux que nous nous chargions de cette mission. Aujourd’hui, nous installons la téléassistance mais, après, nous n’avons plus la main dessus. De nouveaux services se mettent en place pour suivre les constantes biologiques ainsi que l’état du patient, la prise des médicaments, etc. Ce sont des pistes. Il faut imaginer de nouvelles solutions pour permettre aux personnes de rester le plus longtemps chez elles, car c’est leur souhait.

Mon mari a fait un mémoire sur des robots assistants à domicile, de forme humanoïde. Même si c’est encore très tôt, cela pourra être une solution dans le futur pour les personnes qui ne veulent pas aller en Ehpad. Vous entendrez reparler de ces robots assistants. •

Propos recueillis par Pierre-Hélie Disderot

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