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Alzheimer : 10 clés pour bien communiquer avec les patients

Comment adapter sa communication verbale et non verbale avec les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ? Voici quelques conseils pour échanger efficacement et sereinement malgré la maladie. C’est la patience qui prime avant tout !

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1 • Préparer l’environnement

« L’accueil et l’environnement sont des éléments importants au moment où l’acte pharmaceutique se fait avec un patient atteint d’Alzheimer. Il faut pouvoir le recevoir dans le calme et prévoir du temps pour écouter et échanger, en écartant au maximum les bruits qui pourraient le perturber, quitte à programmer sa venue lors de plages horaires où l’afflux de patients est moins important », indique Philippe Amouyel, médecin, chercheur et directeur général de la Fondation Alzheimer. La première recommandation est donc de trouver un endroit de l’officine plus au calme et à l’écart, de créer les conditions qui permettront au patient d’être moins distrait et plus attentif lors de l’échange.

2 • Transmettre un seul message à la fois

Les patients ne sont pas toujours capables d’entretenir une conversation nécessitant de passer d’un sujet à l’autre. Comme ils ont du mal à rester concentrés et à mémoriser, il est préférable, pour leur faciliter la compréhension :

  • de transmettre une seule chose ou idée à la fois, en donnant des explications courtes, avec des mots simples, que l’on n’hésitera pas à répéter si besoin,
  • d’éviter les phrases trop longues (la personne risque de se déconcentrer au milieu et de ne plus saisir la fin) ou complexes (avec des négations…),
  • de prévenir la personne lorsque l’on change de sujet.

3 • Obtenir l’attention

Les patients Alzheimer peinent souvent à focaliser leur attention sur quelqu’un ou sur quelque chose. Dès le début de l’échange, il s’agit donc de capter l’attention de la personne. Pour cela, se mettre bien face à elle, en établissant et maintenant un contact visuel. Parler calmement et posément, de façon rassurante, clairement (sans forcer le ton) et de la manière la plus naturelle possible. Au cours de la conversation, il faudra aussi très certainement l’amener à se recentrer, avec douceur et en faisant preuve de patience et d’empathie.

4 • Utiliser des noms, pas de pronoms

Utiliser le nom de la personne ou de l’objet dont il est question dans la discussion, plutôt que le pronom (il, elle, lui, la). Pour une personne atteinte d’Alzheimer, le nom lui permet de retrouver ses repères. Avec un pronom, elle peut ne plus se souvenir de qui ou de quoi il était question au début de la conversation. Lorsque l’on s’adresse à elle, éviter d’utiliser le « on » qui est dépersonnalisant, mais plutôt l’appeler par son nom.

5 • Poser des questions fermées

Les questions ouvertes demandent une réponse explicative. Or, dans le cas des patients Alzheimer, mieux vaut ne pas poser de questions auxquelles ces personnes pourraient avoir des difficultés à répondre. À l’inverse, une question fermée appelle une réponse claire et courte (oui, non, peut-être, je ne sais pas), beaucoup plus simple à formuler.

6 • Inclure le patient dans les discussions

Lorsque le patient vient avec l’aidant, veiller à toujours l’inclure dans les discussions : s’adresser à lui en premier puis à l’aidant, ne pas parler de lui à la 3e personne alors qu’il se trouve en face de soi, privilégier la deuxième personne comme avec n’importe quel autre patient.

7 • Donner le temps de comprendre, de réfléchir, de répondre

Laisser à la personne le temps de saisir le message délivré, ne pas hésiter à répéter la phrase si elle ne l’a pas comprise, avec les mêmes mots. Si l’incompréhension persiste, penser à rassurer la personne. On peut aussi utiliser la diversion pour changer de sujet afin de ne pas l’embarrasser et l’aider à se sentir plus à l’aise. Prendre également le temps d’attendre la réponse à une question posée (le temps que la personne mettra à réfléchir à ses mots et à ses réponses). Pour communiquer un message ou recueillir une information, mieux vaut y aller lentement mais sûrement.

8 • Écouter attentivement, avec empathie

Il est essentiel de rester très attentif, de savoir écouter, de laisser la personne exprimer ce qu’elle a à dire, son avis, ses inquiétudes… Quelques conseils : hocher la tête, sourire, réagir à ses propos, rassurer, répondre à ses interrogations, ne pas hésiter à lui poser des questions si certaines choses dans son discours sont difficiles à comprendre, mais en évitant de l’interrompre. L’important est de toujours réagir avec bienveillance aux émotions qu’elle exprime.

9 • Associer la communication verbale et écrite

« L’écrit permet de relayer la communication orale. On peut proposer au patient d’avoir un petit carnet pour garder une trace écrite de la discussion avec des recommandations. Une carte à porter toujours sur soi, avec les noms des intervenants, des professionnels à contacter est en outre indispensable », commente Marie-Pierre Pancrazi, psychogériatre, au centre hospitalier général de Bastia.

10 • Porter une attention particulière au non verbal

La communication non verbale transmet davantage que des paroles. Le regard peut apporter des informations sur le ressenti de la personne par rapport à ce que l’on dit, si elle se questionne, est en détresse, agacée… La direction du regard aide parfois aussi à comprendre de quoi elle veut parler. Ses gestes et son attitude sont des informations sur le sens de son message. « D’après les recherches réalisées, une personne Alzheimer remplace le mot qu’elle ne trouve pas par un geste. Elle utilise aussi, comme toute personne saine, tout un répertoire d’expressions faciales qui traduisent les émotions et qui ont une fonction sociale », explique Loris Schiaratura, maître de conférences en psychologie sociale à l’université de Lille. Les expressions permettent ainsi d’avoir des informations, d’interpréter. Il faut donc être particulièrement attentif aux changements faciaux, sensible aux réactions, pour pouvoir en tenir compte durant l’échange.

De leur côté, les patients atteints d’Alzheimer comprennent plus facilement tout ce qui est non verbal par rapport à ce qui est verbal : expressions, gestes, regards, ton de la voix. « Le conseil est de répondre en miroir à un comportement spontané, de manière naturelle. Par exemple, sourire si la personne sourit. Mais si la personne paraît anxieuse, il faudra compenser son attitude en réinstaurant une relation positive à travers le sourire », poursuit Loris Schiaratura. Par ailleurs, même à un stade avancé de la maladie, les personnes sont sensibles à la tonalité de la voix. Il est recommandé d’adopter une voix calme et un ton chaleureux, d’éviter de parler trop fort. De manière générale, le comportement au comptoir doit montrer tous les signes d’une communication positive : adopter une attitude moins rigide, plus ouverte, plus à l’écoute, regarder, sourire… Jamais de gestes trop brusques, employer toujours la douceur.


Quels conseils pour l’aidant ?

  • Essayer d’avoir toujours un aidant comme deuxième interlocuteur. Vérifier que l’aidant, s’il est âgé, n’a pas, lui aussi, des problèmes de mémoire.
  • Concernant les médicaments, bien expliquer à l’aidant les effets latéraux pouvant survenir (digestifs), insister sur la surveillance à avoir (amaigrissement). Mieux vaut ne pas laisser les produits à disposition du patient.
  • L’aidant peut laisser des recommandations écrites au domicile du patient (Post-it, semainier…).
  • Insister sur le fait que l’apparition de troubles du comportement est un signe d’appel pour une orientation rapide vers le médecin traitant, qui vérifiera la présence de troubles ou la survenue d’une pathologie. •

Par Clémence Clerc

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