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Vos conseils aux vacanciers

Les Français s’apprêtent à passer un été particulier, placé sous le signe du Covid et de vacances dans l’Hexagone. Cas de comptoir.

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« Je me suis exposée seulement une demi-journée au soleil et j’ai des plaques roses qui sont apparues sur le visage et les bras, comme de l’eczéma. De quoi peut-il s’agir ? » • Lucie, 25 ans

Lucie souffre probablement de lucite polymorphe. À la différence de la plus classique lucite estivale bénigne (LEB), la lucite polymorphe peut toucher le visage. Les éruptions sont variées : roses, en plaque, remplies de sérosité, sous forme d’eczéma prurigineux… Bras, décolleté et visage peuvent être atteints. Plus rare, la lucite polymorphe touche les jeunes de 10 à 30 ans généralement et peut survenir même après une exposition solaire modérée. Contrairement à la LEB, les éruptions subsistent sur une peau bronzée et parfois en hiver, en s’aggravant d’année en année pour devenir chroniques. Le traitement de la lucite polymorphe est avant tout préventif : haute protection solaire, port de vêtement et de chapeau. La photothérapie peut également être une méthode de prévention. Prescrites par un dermatologue, ces doses croissantes d’UV permettent d’entraîner une accoutumance de la peau. Enfin, des antipaludéens de synthèse peuvent être initiés 7 jours avant et poursuivis pendant toute la période d’exposition. En cas de prises répétées au cours de l’année, un bilan ophtalmologique doit être effectué.

« Je prends un traitement de substitution aux opiacés depuis 9 ans et je vais en vacances en Espagne. Aurais-je le droit d’emporter mon traitement ? » • Benoît, 31 ans

Oui, car l’Espagne se situe dans l’espace Schengen. Cependant une procédure stricte est à respecter. Tout patient résidant en France, quelle que soit sa nationalité et transportant des TSO, doit se munir d’une autorisation de transport, valable 30 jours. Cette autorisation sera délivrée par l’ARS de la région où le médecin prescripteur est enregistré et à la demande du patient. En plus de cette autorisation, Benoît devra être en possession de l’original de sa prescription et les quantités transportées ne devront pas dépasser la durée maximale de prescription. En dehors de l’espace Schengen, chaque pays applique ses propres règles en matière de traitement de substitution. Il est donc conseillé de se renseigner auprès de l’ambassade ou du ministère de la Santé du pays de destination. L’ANSM peut délivrer une autorisation de transport si le pays exige ce document. La contacter au minimum 10 jours avant le voyage. De nombreux pays considèrent les TSO comme illégaux, d’autres non, à l’instar des États-Unis, du Japon, de l’Iran, d’Israël ou de la Thaïlande.

« Je suis enceinte de 6 mois. Dois-je porter des bas de compression cet été ? » • Anna, 35 ans

Les problèmes circulatoires sont fréquents chez la femme enceinte, particulièrement en cas de chaleur ou de voyage prolongé. En cause : les modifications hormonales, l’augmentation de la volémie ou encore la compression de la veine cave et des vaisseaux iliaques. Ces différents facteurs sont responsables de varices, œdèmes, lourdeurs diffuses au niveau des jambes. Ainsi, la grossesse multiplie par cinq le risque de thrombose veineuse profonde (TVP). D’autant plus quand d’autres facteurs sont associés : âge > 35 ans, poids > 80 kg ou IMC > 30, antécédents de TVP et longs trajets en avion ou en voiture ! La compression veineuse est ainsi fortement conseillée à Anna, selon les recommandations de la HAS, durant toute sa grossesse et pendant 6 semaines après l’accouchement. Et 6 mois en cas de césarienne. En présence d’une affection veineuse chronique, une classe III – voire IV – est préconisée sans différence d’efficacité entre chaussettes, bas cuisses ou collants.

« Lors d’une balade en forêt, je me suis fait piquer à la jambe par une abeille. Depuis, la zone de piqûre a enflé et rougi, j’ai mal. Que me conseillez-vous ? » • Salomé, 39 ans

En cas de piqûre d’abeille, le premier geste est de retirer le dard. Pour cela, il suffit de frotter la zone touchée à l’aide d’un ongle, du bord non tranchant d’un couteau ou d’une carte en veillant bien à ne pas percer ni vider la glande à venin, toujours accrochée à l’aiguillon. La suite de la prise en charge consiste à laver et désinfecter la plaie avec de l’alcool modifié ou un antiseptique, à inactiver le venin par la chaleur (eau chaude, sèche-cheveux) puis à refroidir la zone touchée pour limiter la réaction inflammatoire et calmer la douleur locale. Si nécessaire, des traitements antiprurigineux locaux peuvent être appliqués sur la piqûre pour calmer les démangeaisons. Les sujets allergiques doivent, quant à eux, être redirigés vers un médecin ou les urgences très rapidement. En attendant, il pourra être nécessaire de faire absorber le plus vite possible au patient un comprimé d’antihistaminique et un corticoïde oral d’action rapide (prednisolone 20 mg ou bétaméhasone 2 mg). En outre, l’adrénaline s’imposera en cas de gêne respiratoire, tout comme son injection sera nécessaire devant un choc allergique.

« Je suis diabétique de type 1, et pendant ces vacances j’ai décidé de me mettre au sport tous les jours. Est-ce que mes injections d’insuline devront être changées ? » • Djibril, 46 ans

Oui, car une activité anaérobie peut entraîner des pics hyperglycémiques en fin de séance sportive. Ils sont passagers et liés à la sécrétion d’hormones du stress. À l’inverse, un sport aérobie fera baisser la glycémie pendant et à la fin de la séance. Dans tous les cas, un risque d’hypoglycémie existe dans les 48 heures suivant la pratique sportive. Ainsi, une modification de l’activité sportive, par son intensité ou sa durée, entraînera une adaptation de l’insulinothérapie. Sous schéma basal-bolus, l’insuline rapide doit être diminuée de moitié avant le repas précédant la séance de sport. Et le soir, l’insuline lente sera réduite d’au moins 30 % pour éviter les hypoglycémies nocturnes. Attention également aux sites d’injection ! Car le sport va augmenter l’influx sanguin des muscles sollicités et, dans la foulée, accélérer la diffusion de l’insuline. Celle-ci ne doit donc pas être injectée dans les muscles sollicités : ne pas injecter dans les cuisses si l’on pratique le vélo ou la course à pied, dans les bras avant une séance de musculation. Enfin, un contrôle glycémique est requis avant, pendant et après le sport, chez les patients sous insulinothérapie, mais aussi sous sulfamides hypoglycémiants.

« Lors d’une ballade en roller, mon fils s’est écorché le genou. Comment nettoyer la plaie ? Pourra-t-il se baigner dans la mer ensuite ? » • Simon, 40 ans

Avant de nettoyer la plaie, il convient de bien se laver les mains et d’enlever délicatement, à l’aide d’une pince, les corps étrangers introduits dans la plaie : gravier, sable, verre… La plaie devra ensuite être rincée à l’eau ou au sérum physiologique. Elle se nettoie du centre vers le bord de la plaie, en tapotant avec une compresse stérile, imbibée de solution antiseptique. Déborder cette application largement autour de la plaie. Ne conseiller ni éosine, qui assèche la plaie, ni de la ouate qui laissera des fibres sur la plaie. La baignade reste possible grâce à l’utilisation de pansement hydrocellulaire waterproof (Hydrotac) ou de protection de soin étanche (Secuderm). •


Canicule et covid-19 : quelles recommandations ?

Début juin, la DGS a émis ses recommandations dans l’hypothèse d’une vague de canicule cet été, en contexte pandémique. Dans ce cas, la DGS, qui avait saisi le HCSP à ce sujet, est claire :

« En cas de pathologie Covid-19 les recommandations de prévention vis-à-vis de la chaleur continuent à s’appliquer et, inversement, en cas de pathologie liée à la chaleur, les mesures barrières continuent à s’appliquer. »

La problématique du renouvellement d’air est notamment abordée. L’aération des milieux ou pièces confinés, dans le contexte Covid-19, doit être réalisée au minimum pendant 10 à 15 minutes deux fois par jour. Néanmoins, la ventilation des milieux confinés est un facteur favorisant la propagation du Sars-CoV-2. De ce fait, l’utilisation de ventilateur est « contre-indiquée dès lors que plusieurs personnes sont présentes dans cet espace (notamment salles de classe, établissements pour personnes âgées…), même porteuses de masque », informe la DGS. Il est aussi à noter que le paracétamol est contre-indiqué en cas de hautes températures. En effet, avec la chaleur, la molécule peut devenir inefficace et aggraver l’atteinte hépatique et les troubles de la coagulation. Ainsi, toute automédication par le paracétamol en cas de fièvre est à proscrire, dans un contexte de canicule. Le cas échéant, la validation par un professionnel de santé est nécessaire.

« L’utilisation de ventilateur est contre-indiquée dès lors que plusieurs personnes sont présentes dans cet espace, notamment salles de classe, établissements pour personnes âgées, mêmes porteuses de masque. »


L’avis de l’expert : Pr Gaëtan Gavazzi

Gériatre au Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes et président du Collège national des enseignants de gériatrie.

En été, comment éviter les méfaits de la canicule chez les personnes âgées ?

La canicule ne pose pas tant un problème de température trop élevée que de température qui ne baisse pas la nuit. C’est cette régulation thermique qui va épuiser les personnes âgées : les capacités sudorales sont en baisse et les échanges ioniques sont moins bons. Il est important de se rappeler que cette souffrance face à la canicule est avant tout une question d’âge physiologique : un octogénaire peut bien mieux la supporter qu’un septuagénaire atteint de maladies chroniques. L’isolement, la précarité sociale et affective sont des facteurs de risque de souffrance de la chaleur. Les conséquences sont avant tout plus une perte de sels que d’eau. La plupart des patients sont en hyponatrémie, d’où l’importance de donner de l’eau assez salée et une alimentation assez salée.

Quels conseils pour faire baisser la température ?

Il faut augmenter les surfaces humides chez ces patients pendant la canicule. Notamment à l’aide d’un brumisateur associé à un ventilateur, pour que tout le corps reste humide. Cela augmente la convection thermique. Pendant la canicule, il faut être vigilant sur la délivrance de certains médicaments : diurétiques, anticoagulants, plus généralement tous les médicaments à marge thérapeutique étroite ou susceptibles de modifier les concentrations protéiques, d’albumine par exemple, affectées par la chaleur. Toutes les molécules possédant une action rénale doivent également être surveillées de près. Au début de l’été, le pharmacien peut alerter tous ces patients polymédiqués et âgés sur les risques liés à la canicule, et éventuellement appeler le prescripteur pour revoir certains traitements à l’approche de la chaleur.

« Pendant la canicule, il faut être vigilant sur la délivrance de certains médicaments. »

Quelles problématiques ont posé le confinement et le respect des gestes barrières chez les patients âgés ?

Nous avons remarqué que le confinement a aggravé certains troubles cognitifs ou du comportement. Pour les personnes âgées, en règle générale, l’activité physique a été réduite. Il faut donc les encourager à consulter, si elles souffrent de troubles de la marche par exemple, car je crains une épidémie de fracture du col du fémur cet été. Globalement en officine, post-confinement, il faut intensifier la prévention, le suivi de soin et la réévaluation des signes physiques et psychologiques chez les patients âgés. Le confinement a été une épreuve douloureuse pour eux, qu’ils aient été infectés ou non par le Covid. •

Par Léa Galanopoulo

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