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Les médicaments chers : une aubaine pour le pharmacien ?

Les médicaments chers ont mauvaise presse auprès des pharmaciens. Lors des 13es Rencontres de l’Officine, Joël Lecoeur et Jean-Michel Mrozovski ont dressé un bilan sur le poids des médicaments chers et ont défini l’incidence de ces derniers dans la valorisation de l’officine.

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Réalité des médicaments très chers

En 2018, la sortie spectaculaire d’une innovation dans le traitement curatif de l’hépatite C, dont le prix atteignait des sommes jamais vues en ville, a mis en lumière la problématique des médicaments très chers.

Des médicaments très chers en chiffres

Les médicaments chers, de plus 1 515 euros (PVF HT), ont connu en 2018 un accroissement de chiffre d’affaires de plus de 750 millions d’euros, soit plus que les économies attendues de la baisse des prix des médicaments (environ 600 millions d’euros). Quatorze médicaments sont apparus sur le marché de ville. Leurs ventes ont représenté près de 460 millions d’euros. La croissance naturelle du marché était donc d’un peu moins de 300 millions d’euros. Le chiffre d’affaires total de ces médicaments s’est alors établi à 2,4 milliards d’euros, soit approximativement 10 % (0,03 % en volume) du marché total des médicaments remboursés en ville.
Heureusement pour les comptes de l’Assurance maladie, l’évolution de ces médicaments a diminué aux alentours de 300 millions d’euros en 2019. Les baisses de prix, la perte de brevets et l’application systématique d’un tarif forfaitaire de responsabilité (TFR) entraînant un glissement vers une tranche de marge dégressive lissée (MDL) inférieure (cas de l’imatinib Glivec, par exemple) ont favorisé une diminution de la tension sur le financement des innovations. Il n’en reste pas moins que la croissance naturelle des médicaments très chers (plus de 1 930 euros PVF HT en 2020) s’établira durablement entre 250 et 300 millions d’euros par an. Cet accroissement des dépenses devra être financé par des baisses de prix.

Des fondamentaux qu’il faut connaître

Depuis la convention signée en 2012, les médicaments appartenant à la dernière tranche de la MDL subissent une marge nulle. Le prix de capage, c’est-à-dire le prix de vente fabricant hors taxe au-dessus duquel la marge se désolidarise totalement du prix, a évolué de 1 500 à 1 930 euros cette année. Cette augmentation était nécessaire afin de maintenir une marge commerciale cumulée par boîte d’environ 98 euros HT. La répercussion du transfert de la marge commerciale vers les honoraires de 50 % puis de 25 % supplémentaires en 2020 n’a que peu d’effets sur l’évolution du CA de ces médicaments très chers.

Évolution par domaines thérapeutiques des médicaments au-dessus du capage. Source : CGP

Des médicaments centrés sur peu de domaines thérapeutiques

Les médicaments très chers occupent principalement quatre classes thérapeutiques : les antinéoplasiques, les antiviraux à usage systémique, les thérapeutiques endocrines et les immunosuppresseurs. En 2018, les antiviraux ont surperformé à la suite du seul lancement du sofosbuvir et de ses associations dont le prix dépasse pour les plus élevés les 14 000 euros par boîte.

Les antinéoplasiques très chers portent une croissance constante du CA depuis 2012. Croissance consolidée en 2018, entre autres, par la sortie d’une molécule : le palbociclib dont le CA en 2018 a atteint plus 150 millions d’euros.

Prix de cession moyen en multiple de l’EBE retraité. Source : CGP

Incidence des médicaments chers sur la valorisation des pharmacies

Les chiffres micro-économiques communiqués lors de la conférence sont issus de la compilation de ceux transmis par 207 pharmacies, plus particulièrement normandes, entre 400 000 et 10 millions d’euros.

Les caractéristiques de l’échantillon

La moyenne de CA des pharmacies est de 1,8 million, c’est-à-dire légèrement supérieure à la moyenne française (1,5-1,6 million d’euros). Le CA des officines de l’échantillon est orienté vers la prescription (73 % de 2,1 % de TVA). Les médicaments qui valent plus de 150 euros représentent 26,7 % du CA du médicament (2,1 %).

Évolution des médicaments chers entre 2014 et 2019

Alors que de 2015 à 2017 la variation du CA HT des médicaments baissait, celle des médicaments chers augmentait. L’année 2018 est marquée par une variation positive du CA de l’ensemble des médicaments associée à une augmentation exceptionnelle de celle des produits chers. 2019 consacre une variation positive et équivalente des médicaments et des produits onéreux.

Médicaments chers et typologie des officines

La part des médicaments chers est identique pour les pharmacies entre 1 million et moins de 3 millions (27 % du CA 2,1 %). Elle est plus faible pour les pharmacies de moins de 1 million d’euros (26,4 %) et encore plus pour celles de plus de 3 millions (24,9 %).

Il existe des différences entre départements. Les pharmacies de la Manche ont des taux de médicaments chers plus bas que ceux du département du Calvados, à l’exception des pharmacies de plus de 3 millions d’euros dont le taux est supérieur à la moyenne de l’échantillon (28,2 % vs 26,7 %).

Les médicaments chers et l’officine

L’accroissement artificiel du chiffre d’affaires lié aux médicaments chers peut obliger à recruter un adjoint alors que l’activité est inchangée. La rentabilité de l’officine peut en être dépréciée.

Depuis 2018, le prix de cession s’est stabilisé à 80 % du CA, alors que dans le même temps la part des produits chers dans le CA a crû. L’acheteur devra donc rembourser avec une rentabilité légèrement dépréciée une part d’un CA en augmentation. En revanche, si l’acquisition s’effectue sur la valeur d’un multiple de l’excédent brut d’exploitation (EBE) en y incluant le montant du salaire du ou des titulaires (EBE retraité), il ne subira pas l’effet de distorsion entre chiffre d’affaires et rentabilité.

Que faut-il en conclure ?

Les conclusions qu’ont retenues les deux intervenants étaient de deux ordres : métiers et comptables.

Pour les aspects métiers

Les médicaments très chers se sont installés durablement dans la vie de l’officine. Leurs répercussions sur le chiffre d’affaires peuvent être fluctuantes.

La démonstration de sa compétence lors de la dispensation des médicaments innovants à forte valeur ajoutée pour le patient peut être un levier puissant pour une stratégie de fidélisation.

Les médicaments chers et innovants sont à considérer comme des opportunités pour affirmer sa technicité et apparaître comme un pharmacien de son temps.

Pour les aspects comptables

La valorisation des fonds ne peut plus s’établir sur un pourcentage du CA. Elle doit être calculée selon un indice de rentabilité, comme un multiple de l’EBE. •


+ 750 M€

C’est l’évolution du CA des médicaments chers de plus de 1 515 euros (PVF HT) en 2018

Par Jean-Michel Mrozovski

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