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Hydroxychloroquine : l’acide controverse des chercheurs

Un discours triomphaliste dans un contexte sanitaire anxiogène : c’est la méthode Raoult. Face à la pandémie Covid-19, l’hydroxychloroquine est annoncée comme une poudre salvatrice par l’équipe de recherche de l’infectiologue de Marseille, mais n’est que poudre aux yeux pour d’autres chercheurs bien plus sceptiques. Analysons les différentes études.

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Pourquoi l’hydroxychloroquine ?*

La molécule bloque l’infection virale en augmentant le pH endosomal requis pour la fusion du virus à la cellule, interférant alors avec la glycosylation des récepteurs cellulaires du virus. Les expériences ont été effectuées in vitro sur des cellules rénales humaines infectées par le virus SARS-CoV-2. Par ailleurs, l’antipaludéen aurait une activité immunomodulatrice.

Une première étude : entre espoir et déception

Les premiers travaux étudient un petit échantillon de 36 patients. Peu, voire pas représentatif. Aucune randomisation n’a été faite. Peut-on alors avoir la certitude que les différences intergroupes soient attribuables au traitement ? Non. De plus, l’étude multicentrique est asymétrique. En effet, tous les patients traités sont de Marseille et les patients non traités arrivent, eux, d’autres villes du Sud-Est. C’est un « effet-centre » 1 Lettre à l’éditeur parue dans le journal Cell Research, le 4 février 2020 à l’origine d’un biais de confusion. Un deuxième biais de confusion est soulevé face à l’absence d’utilisation de traitement placebo pour le groupe ne recevant pas d’hydroxychloroquine.

Le critère de jugement d’une étude est un point méthodologique clé. Or il se fonde dans cette étude sur un critère biologique et non clinique. Il va pourtant de soi qu’une amélioration de la charge virale n’est pas synonyme d’amélioration clinique de l’état pulmonaire du patient.

« 14 jours de suivi » annonce le papier. Pourtant, le suivi effectif arrive à terme au bout de 6 jours.

Enfin, relevons ce biais majeur : six patients ont quitté l’étude, notamment un dû à un décès et un autre à un patient qui ne supportait pas les effets indésirables. Ces derniers ne sont pas comptabilisés alors qu’ils sont pourtant traités.

Ajoutons que les deux références citées dès l’introduction de l’étude ne sont pas des travaux scientifiques publiés, mais des lettres et commentaires sans valeur scientifique.

Annonce des résultats d’une deuxième étude

Cette fois, l’étude inclut 80 patients dont la moitié a moins de 52 ans et demi. Ils sont suivis courant mars, pendant 6 à 10 jours, à l’Institut Méditerranée infection de Marseille. Tous ont reçu un traitement associant hydroxychloroquine et azithromycine. Résultats : 81 % des patients ont connu « une évolution favorable » et sont sortis de l’hôpital en moins de 5 jours en moyenne. Un patient de 74 ans était toujours en soins intensifs au terme de l’étude et un autre de 86 ans est décédé.
« Entre 80 et 85 % des personnes guérissent spontanément du Covid-19, alors, sans groupe de contrôle, qu’est-ce qui permet de dire que ces personnes ont mieux guéri grâce au traitement ? », s’interroge le journaliste Nicolas Martin dans sa chronique La Méthode scientifique. Effectivement, aucun groupe de contrôle n’a été constitué.

Par ailleurs, seuls 23 patients sur 80 avaient plus de 60 ans. Or l’âge est un facteur de risque à prendre en considération. Nous pourrions même penser que les patients de moins de 60 ans ont naturellement éliminé le virus, puisque pour la grande majorité des cas, la charge virale diminue avec le temps.

Il semble alors aisé d’affirmer à ce jour que les études du professeur Raoult ont tout d’une présomption scientifique mais aucunement d’une preuve scientifique, quant à l’efficacité de l’hydroxychloroquine, nous attendons avec impatience les résultats de l’essai européen Discovery, réalisé sur la base d’une méthodologie validée scientifiquement.

* Lettre à l’éditeur parue dans le journal Cell Research, le 4 février 2020

Hycovid

C’est le nom de l’étude mise en place par le CHU d’Angers, qui a débuté le 1er avril dernier. Elle est destinée à évaluer l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez des patients atteints d’une forme non grave d’infection à Covid-19 mais à risque élevé d’évolution défavorable. Le vaste essai est randomisé et en double aveugle versus placebo.

Petit essai randomisé de l’université du ZheJiang

Trente patients répartis entre un groupe sous hydroxychloroquine et un groupe témoin. Au bout du 7e jour, il n’y avait plus de SARS-CoV-2 détectable dans la gorge de 86,7 % des patients du groupe sous hydroxychloroquine contre 93,3 % des patients du groupe contrôle. Les durées d’hospitalisation médianes étaient d’environ 4 jours dans les deux groupes. L’étude présente une différence statistiquement significative en défaveur de l’hydroxychloroquine. •

Carla Masciari

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