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“ Nous voulons rendre les étudiants acteurs de leurs études et de leur métier. ”

Entretien avec Gautier Davrainville Simonato, nouveau président de l’ANEPF, et Julie Napieralski, attachée de presse de l’association étudiante. De l’ambition pour les représentants des futurs pharmaciens de France qui nous exposent leurs projets.

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La Revue Pharma : Quel est ton profil, quelles sont tes ambitions ?

Gautier Davrainville Simonato : Je suis étudiant en 4e année à Grenoble, j’ai pris une année de césure pour assurer mes fonctions. Pour le parcours, cela sera soit l’officine, soit l’industrie. Je n’ai pas encore fait mon choix, mais cette année m’aidera à dessiner mon projet. J’ai auparavant été président de ma corpo à Grenoble, ce qui m’a permis de toucher au milieu associatif qui est très présent en pharmacie. C’est là que j’ai découvert ce que nous pouvions faire pour les étudiants, et ce n’est pas que festif ! Nous organisons des forums, participons à des campagnes de santé publique au niveau local ou national, et nous avons des échanges avec beaucoup de facs, parfois même à l’étranger. En touchant à ce monde, je me suis intégré à divers groupes de travail au sein de l’ANEPF et l’opportunité s’est présentée à moi de former une équipe avec des personnes très motivées et passionnées par ce qu’elles veulent faire. Chacun dans le bureau a ses propres envies et aspirations.

Julie et Gautier à la Rédaction de La Revue Pharma. Crédit Photo : Léa Galanopoulo

Quelles sont tes aspirations plus particulièrement ?

C’est de pouvoir coordonner ce bureau, car c’est au travers de celui-ci que nous aboutirons à des projets concrets. J’ai aussi à cœur de représenter au mieux les étudiants. Nous ne pourrons pas, à 23, représenter les 33 000 étudiants de pharmacie de France, mais c’est un idéal vers lequel il faut tendre. Il est aussi important de faire descendre l’info vers les étudiants, pour qu’ils aient toutes les clefs en main afin de faire les choix qui les attendent, notamment pour la réforme qui arrive. Nous voulons les rendre acteurs de leurs études et de leur métier. J’aimerais aussi que nous travaillions avec les lycées, les collèges, les salons étudiants pour discuter du métier de pharmacien.

En parlant de la réforme, qu’est-ce que cela va changer, comment les étudiants la perçoivent-ils ?

Des annonces ont été faites en septembre de l’année dernière, qui étaient pour nous inattendues. Il y a eu beaucoup de mesures sur lesquelles le gouvernement s’est engagé, et nous saluons la démarche, qui a été de consulter tous les acteurs concernés. Nous avons été associés, nous avons pu présenter des idées et faire part de nos appréhensions sur certains points.

Le nouveau bureau de l’ANEPF se réunit pour sa première assemblée générale. Crédit Photo : Julie Napieralski

Quels changements attendez-vous ?

Qu’il n’y ait plus cette boucherie ! La fin du tout-QCM. Éviter que des étudiants passent 2 ans en Paces, dans des conditions épouvantables de stress, d’isolement, de pression psychologique et, qu’en plus de cela, ils puissent se retrouver sans rien et avoir perdu 2 ans. Il faut que, même si l’étudiant n’a pas eu son concours, il puisse valoriser ses 2 années de travail.

La loi santé va changer l’image du pharmacien ainsi que ses missions. Lorsqu’un étudiant apprend qu’il va pouvoir délivrer certains médicaments réservés à la prescription, modifier les posologies des traitements de ses patients et substituer certaines spécialités, comment réagit-il ?

Effectivement, nous allons avoir beaucoup de nouvelles missions, chaque professionnel de santé va devoir trouver sa place autour du patient, c’est un véritable changement de paradigme. Nous entendons beaucoup parler de délégation de tâches, je préfère parler de redistribution de tâches. C’est important dans le sens où nous devons nous poser la question de comment réorganiser le parcours de soins du patient pour le prendre en charge du mieux possible. Il faut aussi penser aux infirmiers, aux kinésithérapeutes qui font partie de cette réorganisation.

Il y a une reconnaissance, une mise en valeur du métier de pharmacien, et cela redonne envie d’exercer en officine. Gautier Davrainville Simonato

En ce qui concerne la dispensation protocolisée et la substitution élargie, nous souhaitons une formation de qualité. Ce sont des mesures qui sont très bien accueillies par les étudiants ! Il y a une reconnaissance, une mise en valeur du métier de pharmacien, et cela redonne envie d’exercer en officine. Certains étudiants en avaient une mauvaise image. Ce n’est pas une critique, mais un constat, alors que c’est une filière dans laquelle il est facile de s’épanouir, grâce à la diversité des missions et la proximité avec les patients. Certes, le pharmacien peut être un chef d’entreprise, mais son rôle de professionnel de santé ne doit pas être éludé.

Parlons un peu d’interprofessionnalité. Thomas Mesnier parle de « casser les murs entre les différents acteurs de santé ». Qu’en est-il à la fac ?

C’est déjà le cas dans plusieurs facultés, cela se fait au cas par cas : certains enseignements se font avec les étudiants en médecine. Il y a aussi la mise en place de plusieurs enseignements expérimentaux, qui essayent de mettre en commun les cours et les formations. Il faut qu’il y ait des initiatives par rapport à l’interprofessionnalité et que cela ne reste pas juste un mot à la mode. C’est en se côtoyant le plus tôt possible et en connaissant le métier de l’autre que nous collaborerons de la meilleure des manières.

Et vous ne lancez pas de projets ?

Nous ne sommes pas décideurs. Nous pouvons néanmoins nous impliquer, travailler sur les maquettes d’étude. En ce moment, nous sommes en train de faire le tour des facs pour récolter les maquettes, recenser ce qui se fait en termes d’interprofessionnalité, et aussi d’innovation pédagogique pour pouvoir partager.

À la suite de la précédente réforme des études de santé qui a conduit à la création de la Paces en 2009, nous avons eu l’impression que certains étudiants étaient pharmaciens par défaut. Ils voulaient être médecin, mais leur classement les a forcés à prendre pharmacie. Pensez-vous que la réforme va pouvoir régler ce problème ?

Le constat est partagé, une partie non négligeable des étudiants en deuxième année de pharmacie ne voulaient pas forcément être là. Beaucoup de ces étudiants, en découvrant les cours, finissent par se plaire dans leur cursus, même si ce n’est pas toujours le cas. Il faut tout de même trouver d’autres moyens de sélectionner les étudiants et un autre format de première année, pour éviter tout défaut d’orientation. La diversification des profils, c’est-à-dire le fait que l’on puisse accéder en pharmacie par plusieurs filières, va sûrement remédier à ce genre de problème. L’orientation sera plus active et moins subie.

Concours ou examen ?

Le numerus clausus sera supprimé, mais l’idée n’est pas d’ouvrir les vannes, car ce n’est pas pragmatique d’un point de vue technique. Il faut des locaux et des moyens pour les enseignements et les TP, il y aura donc une régulation. Et c’est bien aussi, car nous avons besoin d’une certaine qualité de formation. Il faut que le format change, la sélection ne sera pas la même. Il y aura une intégration des oraux dans les examens, et sûrement d’autres changements que nous ne pouvons pas encore prédire.

Tu as parlé de boucherie, il me semble que le grand entretien de l’année dernière avait fait ressortir cette problématique, celle de la pression psychologique. Pour remédier à cela, les pouvoirs publics ont mis en place le Centre national d’appui dont l’ANEPF fait partie. Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que vous en attendez ?

L’idée est de créer une plateforme d’aide aux étudiants en santé, centrée sur le bien-être. Il n’y a pas encore eu beaucoup de concertation. Cependant, nous attendons des actions concrètes. Que cela soit dans l’accompagnement, la prévention ou même dans le support des actions existantes, car ce serait un tort de dire que rien n’est fait. Les tutorats agissent beaucoup pour le bien-être des étudiants. Nous voyons de plus en plus de pôles bien-être se former au sein des tutorats, avec des séances de sophrologie, des détails qui peuvent sembler anodins, mais qui réhumanisent cette année difficile. Dans les années supérieures, il est aussi important de mettre en place des dispositifs d’écoute. Pour aller dans ce sens, nous avons édité un guide des aides sociales pour que l’étudiant sache à quelles aides il peut prétendre. Nous organiserons également un grand entretien 2.1 ciblant bien-être et santé mentale de l’étudiant.

D’autres projets pour l’ANEPF cette année ?

Julie Napieralski : Je vais créer le journal de l’ANEPF, par et pour les étudiants. Ce journal va regrouper des actualités, nationales et régionales. Notamment sur les réformes, pour renseigner les étudiants. Il y aura aussi un volet valorisation des assos, par exemple. En septembre, nous mettons en avant les voyages humanitaires qui ont été faits par les différentes associations. Nous publierons aussi un témoignage d’un étudiant parti étudier à Taiwan, etc. Nous invitons tous les étudiants qui ont des propositions innovantes à venir nous en faire part pour les partager.

Nous invitons tous les étudiants qui ont des propositions innovantes à venir nous en faire part pour les partager. Julie Napieralski

Gautier : Nous avons créé un label qui s’appelle Numéric’Action en juin dernier. L’objectif dans un premier temps est d’informer les étudiants, susciter des discussions, des réflexions autour du numérique. Nous ne nous restreignons pas sur la thématique. Comment intégrer les objets connectés dans le parcours de soins du patient, ou au sein de l’officine ? Que fait-on des données des patients ? Nous voulons faire naître des réflexions pour, demain, constituer un livre blanc.

Nous allons, en outre, organiser quatre séminaires pendant l’année autour du numérique. Le Hackaton aura également lieu lors du congrès de la FSPF. •

Propos recueillis par Pierre-Hélie Disderot

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