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Confusion autour de la cigarette électronique

La situation en deux mots : Début septembre, plusieurs articles et correspondances scientifiques publiés dans le New England Journal of Medicine alertaient sur la survenue d’accidents graves et de décès liés à l’utilisation de cigarette électronique aux États-Unis. Ces publications font suite à de nombreux autres, pointant la dangerosité supposée de la cigarette électronique. Rapidement, ces polémiques ont traversé l’Atlantique. Qu’en est-il en France ?

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Panique aux États-Unis

Le 6 septembre, le New England Journal of Medicine (NEJM) fait état de 53 Américains ayant contracté une lésion pulmonaire grave et soudaine après l’utilisation de cigarette électronique. Cette réaction aiguë serait directement liée à la propagation de liquide de vapotage dans les poumons. Selon le centre de contrôle et de prévention des maladies américaines, plus de 1000 personnes auraient développé cette maladie, dont 18 décès. Dans la foulée, certains états interdisent le commerce de cigarettes électroniques comme le Massachusetts, prenant le pas sur d’autres pays comme l’Inde ou la Thaïlande, où son utilisation est passible de plusieurs années de prison.

De quoi parle-t-on ?

84 % des victimes américaines avaient consommé du cannabis vapoté. Il s’agirait en réalité d’accidents liés au vapotage d’huile de THC, composé de cannabis et d’acétate de vitamine E acheté au marché noir et interdit en France. Ce problème ne toucherait donc pas l’Hexagone, comme le rappelle sur France Info Roger Genet, directeur général de l’Anses : « clairement en France, pour les produits autorisés, il n’y a pas de problème sanitaire ». En France, les cigarettes électroniques sont composées en grande partie de propylène glycol, considéré comme non toxique pour l’Homme, et qui est présent depuis les années 1950 dans les médicaments inhalés, notamment.

Incontestablement nocive ?

La publication intervient dans un contexte déjà mouvementé autour de la cigarette électronique. En effet, fin juillet, l’OMS publiait un rapport pour le moins surprenant sur les méfaits du tabac, fustigeant la cigarette électronique. L’organisation explique ainsi que la vapoteuse est « incontestablement nocive », la déconseillant comme aide au sevrage, au grand dam de nombreux pneumologues et addictologues. L’Académie nationale de pharmacie réagit alors : « Incompréhensible position de l’OMS. L’e-cigarette permet d’arrêter de fumer. Ses composants sont à l’évidence moins nocifs que le tabac. »

Quelle dangerosité ?

Si le risque d’huile dans les poumons paraît minime en France, que sait-on de l’innocuité des cigarettes électroniques ? À vrai dire, les données restent encore préliminaires, les scientifiques manquant de recul sur le produit. L’Anses le concède d’ailleurs : difficile de connaître l’innocuité des quelque 1 200 substances que peuvent contenir ces vapoteuses. Entre 2013 et 2014, 1 178 cas d’accidents ont été recensés au centre antipoison, la plupart oculaires ou cutanés. Aucun grave.

350 000 décès évités ?

Aux États-Unis, la vapoteuse est accusée de favoriser l’entrée dans le tabac des plus jeunes à grand renfort de marketing ciblé. Une affirmation corroborée par une étude réalisée sur 17 000 Américains et publiée en 2017 dans le JAMA. Seulement en France, où la réglementation publicitaire est différente, aucune donnée ne permet de dire si, oui ou non, elle favorise l’entrée dans le tabagisme.

Une chose est sûre : la vapoteuse a aidé 700 000 fumeurs à décrocher en France depuis 7 ans, selon Santé publique France. Un résultat impressionnant. Quand on sait qu’un fumeur sur deux décédera à cause de son tabagisme, cela représente 350 000 décès évités ! La cigarette électronique s’est également montrée deux fois plus efficace pour arrêter de fumer que les substituts nicotiniques, d’après une étude publiée dans le NEJM en mai dernier.

Réduction des risques

Si rien ne prouve encore l’innocuité de la cigarette électronique, tous les experts s’accordent à dire qu’elle est loin d’être aussi nocive que le tabac. « Pour presque chaque personne qui vape, l’alternative au vapotage consiste à fumer. Bien que la vaporisation produise certaines toxines, celles-ci sont à des niveaux nettement inférieurs à ceux de la fumée de cigarette », expliquait dans une correspondance scientifique Peter Hajek, spécialiste de la cigarette électronique. Comme pour n’importe quelle drogue, si le produit ne peut pas être supprimé, la stratégie consiste à réduire les risques. C’est le cas avec la substitution aux opiacés, tout comme avec la cigarette électronique. Nul besoin donc d’alarmer des patients qui ont pris la décision de consommer de la nicotine de manière responsable et moins nocive. •

Par Léa Galanopoulo

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