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Quand les hôpitaux américains créent leur laboratoire de génériques

Si Civica Rx a vu le jour en septembre 2018, c’est pour lutter contre les pénuries de médicaments et leurs prix parfois exorbitants. Un projet ambitieux.

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Intermountain Healthcare, un groupe hospitalier situé à Salt Lake City (Utah, États-Unis), a fait sensation le 6 septembre dernier en annonçant qu’il comptait fabriquer ses propres génériques, fatigué de la pénurie de médicaments et de la flambée des prix. C’est maintenant chose faite, et la société, initialement baptisée Projet Rx avant de devenir Civica Rx, démarre l’année en grande pompe. Né de l’union de sept grands groupes hospitaliers, soit environ 500 hôpitaux, Civica Rx compte désormais 12 grands groupes, pour près de 750 hôpitaux, soit près d’un tiers des hôpitaux du pays. 30 millions de dollars provenant d’un grand nombre d’investisseurs majeurs, notamment la Fondation Laura et John Arnold, ont été injectés initialement dans ce projet à but non lucratif.

En outre, l’organisation a recruté une figure de l’industrie pharmaceutique pour assumer les fonctions de président-directeur général en la personne de Martin VanTrieste, ancien responsable de la qualité du géant des biotechnologies Amgen, une fonction qu’il occupe à titre gracieux. « Nous créons un actif public avec pour mission de veiller à ce que les médicaments génériques essentiels soient accessibles et abordables, a déclaré Martin VanTrieste dans un communiqué. Le fait qu’un tiers des hôpitaux du pays ait manifesté son intérêt ou se soit engagé à participer à Civica Rx montre bien la nécessité de cette initiative. Cela améliorera la situation des patients en introduisant une concurrence indispensable sur le marché des médicaments génériques. »

Un business model à part

Le modèle de financement de Civica Rx est clair. En tant qu’organisation à but non lucratif sans actionnaire, aucun membre de Civica Rx n’aura de participation dans la société et la structure de gouvernance rend pratiquement impossible la vente ou le changement de sa mission à but non lucratif. Parmi les autres points essentiels : promotion de la concurrence, fixation de prix justes et durables, fourniture d’un prix unique et transparent, sécurisation de la fabrication, constitution de stocks de sécurité et transparence complète sur l’emplacement des sites de fabrication.

La mission de Civica Rx n’est pas une mince affaire. La firme a annoncé qu’elle ciblerait pour commencer 14 médicaments génériques spécifiques administrés dans des hôpitaux. Après un an de réflexion et de création, les premiers médicaments devraient sortir, mais la firme n’a pas précisé le nom des molécules choisies. A priori, il s’agira de génériques ayant connu une augmentation exorbitante de prix, comme le Daraprim (pyriméthamine), un médicament antiparasitaire vieux de plusieurs décennies acquis récemment par un nouveau laboratoire et dont le prix a augmenté de 5 000 % en une nuit, de médicaments injectables ou de molécules accusant une pénurie nationale. Dans une interview pour Fierce Healthcare, le PDG a cité l’isoprénaline comme cible absolue pour son prix démentiel. En tant que fabricant, Civica Rx est approuvé par la Food and Drug Administration.

De par son statut d’organisme à but non lucratif, l’objectif de Civica Rx est donc de limiter les dépenses des hôpitaux et d’apporter aux patients des médicaments essentiels. À voir comment les laboratoires de génériques déjà présents sur le marché américain vont accueillir la démarche. Vont-ils baisser leurs prix, déporter leur production sur d’autres molécules, ou s’unir contre ce nouveau géant ? À suivre en 2019. 

Par Tina Géréral

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