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Gilles Bonnefond et Philippe Gaertner « L’heure n’est plus aux tergiversations, mais à l’action »

La profession publie un manifeste pour alerter les pouvoirs publics sur ses difficultés. Une mobilisation sans précédent expliquée par les présidents des deux principales organisations syndicales.

Pharma. C’est la première fois que la profession se rassemble pour signer un texte commun. Pourquoi aujourd’hui ?

Philippe Gaertner (FSPF) : C’est en effet une première qui fera date dans l’histoire de la pharmacie française. La profession rassemblée pousse un cri d’alarme. Premiers acteurs de santé de proximité, les pharmaciens ont pourtant été les grands absents de la dernière loi de santé. De manière générale, ils sont exclus de toutes les négociations avec les pouvoirs publics. Cela ne peut plus durer. Ce que la profession souhaite et ce qu’elle demande à la ministre, c’est d’obtenir des moyens techniques et financiers pour préparer son avenir avec sérénité. Je ne parle pas que du changement de mode de rémunération, mais aussi du réseau, de l’installation des jeunes, de la mise en oeuvre de services à valeur ajoutée…

Gilles Bonnefond (Uspo) : L’union sacrée de la profession fait aujourd’hui sens, car la pharmacie d’officine française est à un carrefour. Plusieurs défis se profilent : le vieillissement de la population, le développement des pathologies chroniques, la sortie hospitalière, la prévention, l’interprofessionnalité… Sans incitation politique forte et en l’absence de moyens financiers conséquents, nous ne pourrons pas relever ces défis seuls. Le temps des réformettes est révolu, la profession aspire à une réforme conséquente.

Aussi belle soit-elle, l’union des instances représentatives de la profession ne saurait cacher des divergences, notamment au niveau de la communication, de l’économie, de l’ouverture du capital… Comment les surmonter ?

P.G : L’Ordre, les syndicats, les collectifs de groupements, les étudiants, chacun a ses convictions profondes. L’objectif n’est pas de les renier, mais de faire émerger un projet commun. Nous nous retrouvons sur plusieurs points. Tout le monde s’accorde à dire que les baisses de prix imposées sur les médicaments
impactent durablement la pharmacie d’officine. Il faut trouver des alternatives pour sortir de cette impasse et rendre la profession de nouveau attractive.

À qui s’adresse ce manifeste ?

P.G : Il s’adresse d’abord à nos élus. Dans un contexte économique délicat, il montre toute la détermination de la profession à se mobiliser à l’aube de trois rendez-vous majeurs. Le premier est la loi de financement de la sécurité sociale de 2017. Avec un Ondam à 1,75 % alors que la pharmacie d’officine est en évolution négative (-2), il n’est plus acceptable qu’année après année, la profession paie le plus lourd tritribut. Il faut trouver un cadre économique clair avant l’ouverture des négociations conventionnelles, notre deuxième grand rendez-vous de 2016. La convention pharmaceutique engagera les pharmacies, l’assurance maladie et l’État pour cinq ans. Tâchons d’y inclure les bonnes mesures pour réformer notre profession. Enfin notre dernière échéance, c’est l’élection présidentielle. Le projet que nous portons pour la pharmacie d’officine française doit être intégré dans les programmes de santé des candidats à l’élection présidentielle. Par ce manifeste, nous souhaitons également les interpeller. Après les pétitions, les grèves, les journées d’action, vous cosignez désormais un manifeste pour la pharmacie française.

Pensez-vous que votre message soit audible auprès du ministère ?

P.G : Je peux vous garantir qu’il va bientôt l’être. Ce manifeste est un cri d’alarme que nous adressons aux autorités publiques. Il y a urgence à réformer notre profession, il faut que nos élus prennent conscience des difficultés économiques des officinaux, sans quoi c’est la santé de nos patients et l’égalité de l’accès aux médicaments qui seront remis en question. La filière officinale doit redevenir attractive. Il faut redonner envie à nos jeunes de s’installer. C’est un très beau métier. Il faut de la lisibilité économique et un renforcement du réseau. Dans les villages, quand le médecin part, la pharmacie est en grand danger. Il faut anticiper, prévoir des alternatives pour maintenir une présence médicale dans les territoires ruraux.

G.B : Il n’y a pas eu de trêve estivale pour notre mouvement. Nous avons mobilisé toutes les forces vives de la profession cet été pour être audibles à la rentrée. Notre objectif, comme l’a mentionné Philippe, c’est d’alerter nos autorités de tutelle, de faire du lobbying auprès de nos élus en régions, dans les communes, les villages de France pour qu’ils fassent remonter le message à l’Assemblée nationale. Chaque maire, chaque député, chaque sénateur, chaque conseiller municipal, qui a passé la porte d’une pharmacie cet été, a pu lire notre affiche et se rendre compte des difficultés qui déstabilisent notre réseau. C’est un gros travail de terrain que nous avons mené qui, je l’espère, portera ses fruits lors des prochaines négociations conventionnelles.

Que comptez-vous faire si vos actions restent lettre morte ?

G.B : L’heure ne sera plus à la prise de parole, mais à l’épreuve de force. J’espère que le Gouvernement n’a pas la mémoire trop courte et qu’il se souvient de la formidable mobilisation de la profession contre la loi Macron en septembre 2015. Ce sont 22 221 pharmacies qui sont prêtes à se mobiliser pour défendre leur métier. Nous avons aussi mené une consultation auprès des pharmaciens pour recueillir leurs doléances. L’idée est d’élaborer une feuille de route pertinente et argumentée pour construire la pharmacie de demain.

P.G : Manifeste, affiches, vaste consultation des pharmaciens… Pour l’instant, nous utilisons les moyens qui sont à notre disposition pour faire entendre nos voix. Il est évident que si cela ne suffisait pas, d’autres actions seraient envisagées. Comment expliquez-vous que les médecins aient réussi à nouer un dialogue constant avec le ministère et la Cnam alors que les pharmaciens sont aux abonnés absents ?

P.G : C’est incompréhensible. Les pharmaciens font la démonstration quotidienne de leur envie de se moderniser, de faire évoluer leur activité vers plus de services, mais personne ne les écoute. D’autres professions ne proposent rien, sont contre tout. Et c’est avec elles que les pouvoirs publics négocient.

G.B : Il y a deux poids, deux mesures. Lorsqu’on voit le Gouvernement reculer, sous la pression des médecins, sur le tiers payant, on peut se demander si nous jouons à armes égales. Il y a une injustice morale et économique qui doit cesser.

Quelle suite envisagez-vous à vos actions ?

G.B : Le calendrier est serré. Le Gouvernement va bientôt plancher sur le prochain PLFSS. Nous devons aller vite pour être force de négociation. Il faut une enveloppe budgétaire pour la pharmacie d’officine. Sans elle, il sera délicat de négocier une convention favorable à la profession. Charge à nous de peser auprès du ministère de la Santé pour défendre nos intérêts et demander la réforme nécessaire pour la profession. Pour la ministre, tout va pour le mieux dans le meilleur
des mondes. Nos autorités de tutelle vivent dans le déni. Elles n’ont aucune conscience des difficultés économiques des officinaux. Notre mission, c’est d’éveiller les consciences.

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