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David Ruckzal : « C’est à la fac que se construit l’interprofessionnalité »

La voie de salut pour l’officine ? L’interprofessionnalité affirme sans détour le président de l’Anepf, qui milite pour un rapprochement des étudiants en filière de santé.

Pharma. Plusieurs expérimentations vont être menées pour améliorer les conditions de réorientation des étudiants. Est-ce la fin de la Paces ?

David Ruckzal. Ces expérimentations concernaient initialement sept universités – Angers, Paris V, Paris VII, Paris XIII, Saint-Étienne, Rouen et Strasbourg –, auxquelles sont venues se greffer les universités d’Auvergne Clermont-Ferrand, Poitiers et Tours. Tout est prêt pour un démarrage à la rentrée 2015. Ces tests, qui créent de nouveaux modes d’entrée en deuxième et troisième années, témoignent d’une volonté non pas de sortir de la Paces, mais de réaménager cette année commune afin d’améliorer les conditions de réorientation, avec des passerelles, des licences de sciences de la santé… Que ce soit la licence PluriPass à Angers, la licence Sciences pour la santé à Rouen ou la licence Sciences du vivant à Strasbourg, chaque expérimentation permet de limiter la casse après la première année commune. L’autre atout, c’est la diversification des profils entrant en deuxième année, avec une fragmentation du numerus clausus. On va ainsi voir dans les années qui viennent des personnes inscrites par exemple en droit, en philo ou en chimie qui, dès le début de leurs études, prendront une UE Paces, qu’ils valideront lors leur licence pour ensuite intégrer les filières de santé. Le concours couperet de la Paces n’est plus le seul moyen de sélection. En ce sens, c’est une bonne chose. Maintenant, il va falloir attendre quelques années avant de pouvoir poser un « diagnostic ».

Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, plus de 55 000 étudiants s’inscrivent chaque année en Paces, mais plus de 80 % n’intègrent pas la deuxième année. Ces expériences vont-elles éviter ce gâchis ?

Vont-elles à terme remplacer la Paces ? Une licence santé sera-t-elle généralisée dans les vingt-quatre facultés de pharmacie ? Selon quel modèle ?
Le flou persiste sur la finalité de ces expérimentations, qui s’achèveront en 2018-2019 avec une évaluation. Il est en effet prévu que les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé présentent, à l’issue de cette phase de tests, un rapport au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), qui émettra un avis. Il est probable que la formule la plus convaincant sera ensuite appliquée à toutes les universités. Pour l’heure, nous sommes dans l’expectative. Une chose est sûre, ce système est à deux vitesses avec, d’un côté, la Paces classique et son concours et, de l’autre, des licences permettant aux étudiants d’intégrer par une autre voie les filières de santé. À l’exception d’Angers, seule faculté à avoir complètement supprimé la Paces, remplacée par une licence PluriPass qui permet à l’étudiant de confirmer ou d’adapter son orientation.

Ce projet vous semble-t-il la meilleure alternative ?

Attendons de voir ce que cette expérimentation donnera en pratique. C’est, à mon sens, un projet assez abouti qui permet de sortir d’une logique de concours et de sélection pure et dure. Mais l’Anepf n’a pas à se déclarer en faveur de telle ou telle proposition. Notre position est claire : nous demandons une sortie de la Paces, qui s’avère un réel échec. Sur le papier, la mutualisation des enseignements en première année était une bonne chose mais cela ne fonctionne pas. Pire, des étudiants qui, dans l’ancien système, auraient eu pharmacie, sont écartés par des étudiants essentiellement motivés par médecine. Il faut mettre fin à ce gâchis. Les expérimentations sont une première réponse mais attendre 2020 pour trouver la bonne alternative nous semble trop tard.

Avez-vous participé à la manifestation du 15 mars des professionnels de santé libéraux contre le projet de loi de santé ?

L’Anpef n’a pas appelé à manifester car nous avons estimé que ce n’était pas la bonne solution pour faire valoir nos positions et éviter qu’elles ne soient mélangées aux autres. D’ailleurs, l’actualité nous a donné raison. Qu’a-t-on entendu dans les cortèges ? Les revendications des organisations de médecins (MG France, FMF…) ! Pas ou très peu de place pour les pharmaciens dans ce débat.

Vous avez toutefois des revendications au sujet de cette loi. L’Anepf s’est notamment élevée contre des « arbitrages gouvernementaux ». Selon vous, certaines mesures sont trop restrictives ? Sont-elles un frein à l’interprofessionnalité ?

Il faut donner plus de pouvoir aux professionnels de santé dans la mise en place de projets interprofessionnels tels que des réseaux de soins coordonnés ou des structures pluridisciplinaires. Aujourd’hui, tout passe par l’ARS, qui organise, contrôle l’offre de soins par territoire et sélectionne les projets présentés. Nous ne critiquons pas l’ARS en tant qu’organisme de régulation de l’offre de soins, c’est sa mission première, nous regrettons des arbitrages inopportuns qui entravent la liberté d’action.

Manuel Valls a annoncé la création de 200 maisons de santé d’ici à 2016. Effet d’annonce ou réel engagement en faveur de l’interprofessionnalité ?

J’ai toujours du mal avec ces déclarations politiques animées selon moi par des intérêts électoralistes. Comme si implanter des maisons de santé un peu partout en France allait résoudre d’un coup de baguette magique la désertification médicale et faciliter l’interprofessionnalité. Je m’étonne qu’après ces déclarations, personne ne se soit inquiété des répercussions sur le maillage officinal, d’un déséquilibre de l’offre de soins de premier recours. Soyons sérieux ! Les seules maisons de santé qui réussissent sont celles qui émanent de la volonté de professionnels de santé sur le terrain, au fait des besoins des populations locales.

Restons dans l’interprofessionnalité… Vous militez pour la mise en place d’un vrai dossier patient partagé. À partir du dossier pharmaceutique ou d’un autre outil interprofessionnel ?

À l’heure actuelle, les professionnels de santé n’ont pas d’outil pour échanger leurs données patients. Il y a bien le dossier pharmaceutique (DP) mais il n’est pas encore accessible à l’ensemble des professionnels. Il y a le dossier médical partagé (DMP), déjà relancé deux fois, sans succès, et je ne crois pas non plus à un revirement de situation positif avec un pilotage par la Cnam-TS comme le prévoit le projet de loi santé. Aujourd’hui, il y a une confusion entre ces outils. C’est pourquoi l’Anepf appelle à la mise en place d’un vrai dossier patient partagé, cœur d’une coopération renforcée. Il faut que les différents intervenants se mettent autour d’une table et décident du contenu de ce dossier, de sa diffusion, de l’implication du patient dans sa gestion, de l’ouverture ou non de ses données de santé…

L’interprofessionnalité se construit-elle d’abord sur les bancs de la fac ?

C’est peut-être le seul élément positif de la Paces ! Il est évident que l’année commune a resserré les liens entre étudiants. On partage la difficulté d’un concours, les amphis, des cours, des réflexions sur l’avenir de notre système de soins, notre futur exercice professionnel… La Paces a permis une évolution des mentalités. Elle a créé une sensibilité à l’interprofessionnalité, qui se traduit au niveau des structures associatives.

 Quelles interactions avez-vous avec les associations d’étudiants en santé ?

Les échanges sont nombreux mais souvent antérieurs à la mise en place de la Paces. Une fois par an, l’Anepf et l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) organisent le WET, un week-end de formation, d’échanges et de débats autour du tutorat, et le WES, un week-end de solidarité. Toujours avec l’Anemf, nous lançons chaque année le défi Sang limite afin de mobiliser les étudiants des vingt-quatre facultés de pharmacie et trente-sept facultés de médecine autour des dons de sang, d’organes ou de moelle osseuse. La fusion des UFR a également donné naissance à des associations mixtes qui mènent des projets pluridisciplinaires. De même, au sein de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), nous avons régulièrement des relations avec les autres fédérations d’étudiants en santé (Anesf, Fnesi, Fnek…).

Où en est-on du feuilleton du Centre libre d’enseignement international ?

Le feuilleton Clesi continue. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a renvoyé à la fin mars ce dossier qui laisse 300 étudiants dans l’expectative. La justice doit donc de nouveau se prononcer sur ce dossier. Si l’on se dirige vers la fermeture de cet établissement, ce que nous souhaitons, il est important de bien réorienter la vingtaine d’étudiants car, au final, ils sont les premières victimes de cette escroquerie.

Ces formations payantes qui permettent de contourner les numerus clausus vont-elles se généraliser ?

L’expérience du Clesi le montre. À chaque fois qu’une université privée ne respecte pas ses contrats avec l’État, notamment la signature d’une convention avec une université publique, elle devra être fermée. Il n’y a pas de demi-mesure ou d’arrangement possible.

On a beaucoup évoqué le déficit d’attractivité des études de pharmacie. L’Opération jeunes initiée par l’Ordre en 2014 a-t-elle porté ses fruits ?

Il est trop tôt pour en mesurer les effets. Cette opération, qui s’est terminée fin 2014, s’inscrit dans la durée. Les résultats seront perceptibles dans les années à venir. Ce fut en tout cas un réel moment de démocratie participative qui, je pense, a permis de lever un certain nombre de craintes. Quant à se prononcer sur un retour massif des étudiants vers les études de pharmacie, seul l’avenir nous le dira. Quoi qu’il en soit, l’attractivité des études de pharmacie est un sujet qui mobilise l’Anepf. Nous allons lancer, d’ici juin, un kit d’orientation à destination des lycéens. Il détaille les études, les filières, les réorientations possibles et les débouchés professionnels. Nous espérons que ce document suscitera des vocations.

Conseil de l’Union européenne, Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS)… de nombreuses instances remettent en question le numerus clausus. Faut-il le supprimer ?

L’Anepf est contre sa suppression pour la simple raison qu’aucune étude n’a été menée pour mesurer son impact sur les filières de santé et la population. Nous souhaitons cependant que ses modalités de fixation soient revues car, aujourd’hui, elles ne se basent sur rien de très concret.

Propos recueillis par Olivier Valcke

Bio express

  • Etudiant en 4e année à la faculté de pharmacie de Lille 2 en option industrie
  • Trésorier puis président de l’Association amicale des étudiants en pharmacie de Lille (AAEPL).
  • 1er vice-président de l’Anepf en charge des partenariats en 2013-2014, puis président pour 2014-2015.
  • Elu au conseil de l’UFR de pharmacie de Lille 2.
  • Elu au conseil d’administration de l’université de Lille 2 après un mandat de deux ans au Conseil des études et de la vie universitaire (Cévu).

 

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