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Jérôme Paresys-Barbier « Les signes d’une dynamique nouvelle apparaissent »

A Paris, le 19 janvier, les États généraux du pharmacien adjoint ont fait le plein. L’occasion pour le président de la section D, à l’origine de l’événement, de réaffirmer la place prépondérante de l’adjoint dans l’officine de demain.

Pharma. Pour leur première édition, les États généraux du pharmacien adjoint ont fait salle comble à Paris. En tant qu’organisateur, vous devez être satisfait…

Jérôme Paresys-Barbier. Ce succès n’est pas le fruit du hasard. C’est l’aboutissement d’une réflexion au sein de la section D. Nous avons rencontré un grand nombre d’adjoints en région qui réclamaient un format plus participatif, un événement pour se retrouver, échanger autour des grandes problématiques de la profession.

Le Forum Internet des pharmaciens adjoints en 2011 était une première étape. Mais nous devions apporter plus de proximité, d’échanges confraternels. C’est pourquoi j’ai voulu placer l’interactivité au coeur de ces États généraux, via une rubrique « La parole est à vous » sur le site ega2015.fr. Pour faire avancer notre profession, il nous fallait collecter des témoignages, des expériences vécues à l’officine, mais également les attentes, les espoirs, les joies et les frustrations. Ce n’est qu’en libérant la parole des adjoints que nous pourrons efficacement mettre en place les changements. Tel est l’enjeu de cette journée qui entend faire bouger les lignes de la profession. C’est un succès pour nous, mais surtout pour les adjoints, qui ont répondu massivement présent. C’est unis que nous réussirons à faire évoluer notre métier.

On parle beaucoup de l’évolution du métier avec l’intégration de nouvelles missions : entretiens pharmaceutiques, dépistage… Les adjoints ont-ils conscience de ces changements ?

Depuis la parution de la loi HPST en 2009, force est de constater que les évolutions au sein des officines ne sont pas engagées partout au même niveau. Dans certaines, particulièrement avant-gardistes, on trouve de nombreux espaces de confidentialité, une démarche de qualité installée, l’usage de nouveaux outils technologiques… D’autres n’ont pas encore saisi les opportunités professionnelles des récents bouleversements. Le travail de pédagogie et d’information a peut-être parfois été défaillant. À nous de l’amplifier à partir de cette journée et des recommandations à venir. Il n’en demeure pas moins que la majorité des adjoints est partie prenante de ces changements.

Qu’attendez-vous des adjoints dans la mise en place de ces missions ?

J’attends d’eux qu’ils soient pro-actifs, force de proposition pour permettre à l’entreprise officinale ce renouveau tant espéré. J’attends d’eux qu’ils osent, qu’ils soient précurseurs, défricheurs de nouveaux services. J’attends d’eux qu’ils définissent, en relation avec leur titulaire, une relation patient/pharmacien davantage axée sur la proximité, le conseil, l’accompagnement thérapeutique… Enfin, j’attends d’eux qu’ils prêchent la bonne parole auprès des jeunes diplômés, qu’ils soient porteurs d’espoir, qu’ils communiquent et transmettent leur passion du métier aux jeunes qui hésitent. Les adjoints sont les acteurs du changement. Ils doivent relever les défis que le législateur leur propose.

On confronte souvent le titulaire chef d’entreprise, manager et gestionnaire de l’officine, à l’adjoint multitâches mais pas souvent reconnu à sa juste valeur. Est-ce toujours d’actualité ?

Une dynamique nouvelle est apparue entre adjoints et titulaires. On assiste de plus en plus à un décloisonnement des tâches et à une reconnaissance de la diversité des compétences de l’adjoint. Un autre courant s’annonce avec la prise de responsabilité croissante des adjoints dans la gestion de l’officine. Titulaires et adjoints s’associent peu à peu et pas uniquement à travers l’outil holding – même si, et on peut les féliciter, ils sont nombreux à s’engager dans cette voie –, mais également via des structures interprofessionnelles : Sisa, maisons de santé pluridisciplinaires, réseaux de soins… Les signes d’une nouvelle relation apparaissent. La démographie va également nous aider. Qui mieux que les adjoints pour reprendre la pharmacie du titulaire qui part en retraite ?

Les changements tardent à venir selon certains adjoints. Certains ont d’ailleurs profité de cette tribune pour faire part de leurs inquiétudes…

Des adjoints se plaignent que le changement ne soit pas visible. Et je les comprends. Ils sont de loyaux soldats qui ressentent, pour certains, une certaine frustration à ne pas être plus impliqués dans la stratégie de l’officine. Ils mènent des actions de prévention et d’accompagnement via les entretiens pharmaceutiques, ils ont une connaissance médicale souvent inégalée, un rôle de premier plan à jouer dans l’accueil et l’orientation des clients, mais souffrent de la non-reconnaissance des tâches effectuées.

Je n’occulte pas cette réalité même si, encore une fois, les signes d’une dynamique nouvelle se dessinent. La convention pharmaceutique signée en mai 2012 impliquait déjà une répartition des tâches. Je voudrais également citer le décret du pharmacien correspondant paru au Journal officiel du 7 avril 2011. Grâce à ce texte, l’adjoint peut se voir confier de nouvelles missions dans le cadre d’un protocole de coopération avec un médecin portant sur un traitement chronique.

Le pharmacien adjoint se voit accordé le droit de réaliser un « bilan de médication », qui comprend « l’évaluation de l’observance et de la tolérance du traitement, ainsi que tous les éléments prévus avec le médecin pour le suivi du protocole. Dans ce bilan, le pharmacien recense les effets indésirables et identifie les interactions avec d’autres traitements en cours dont il a connaissance. Il s’assure du bon déroulement des prestations associées ». C’est une avancée considérable dans l’émancipation de l’adjoint. Après, il faut du temps pour qu’une mutation s’opère complètement. Je peux vous garantir que, dans les cinq années qui viennent, les adjoints vont percevoir dans leur exercice quotidien les signes du changement.

Leur rôle est donc de plus en plus déterminant dans le parcours de soins ?

Absolument. Il l’a toujours été mais, actuellement, plusieurs facteurs concourent à renforcer sa position d’acteur de soins dans le parcours du patient : vieillissement de la population, observance, maintien à domicile… La société française a un besoin croissant de pharmaciens dans l’accompagnement thérapeutique du patient. Et qui d’autres que les adjoints, disponibles sans rendez-vous, pour relever ces défis de santé publique ? Qui d’autres que les adjoints, humanistes de métier, pour soigner, prévenir et accompagner les patients avec toute l’empathie nécessaire ? Nous sommes la garantie ultime du bon soin pour le patient.

Quelles suites à donner à cet événement ?

La révolution intellectuelle est actée. La plupart des outils issus de la loi HPST sont sortis, à l’exception notable de la PDA. À nous de saisir ces outils et de les appliquer au sein des officines. Véritable locomotive du changement, la section D va, courant avril, formaliser des recommandations pour s’adapter à ces changements. Ce document s’adressera aux pharmaciens adjoints, mais également aux patients et aux pouvoirs publics.

Propos recueillis par Olivier Valcke

Bio express

  • 1985 : Diplômé de Paris-Descartes
  • 1991 : Diplômé de Bordeaux II (thèse)
  • 1992 : Diplômé d’orthopédie à Bordeaux
  • 1997 : Élu ordinal à la section D
  • 2001 : Élu président de la section D
  • Quinze ans en tant que pharmacien militaire à temps partiel
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