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Pascal Louis et Daniel Buchinger « Notre priorité : accompagner l’évolution du métier »

L’événement est rare. Les présidents du CNGPO et de l’UDGPO se sont prêtés à l’exercice de l’interview croisée. Ils nous livrent, en toute franchise, leurs inquiétudes sur l’avenir de la pharmacie.

Pharma. Malgré un nouvel échec des négociations entre l’Assurance maladie et les syndicats, il semblerait que l’on se dirige vers la création d’un honoraire de dispensation d’ici à janvier 2015. Une satisfaction ?

Pascal Louis. L’idée est bonne mais j’ai l’impression que cet honoraire est très déstructurant pour le réseau officinal. Ce mode de rémunération est un méli- mélo d’une complexité sans nom et l’honoraire à la boîte reste trop associé au volume. Je trouve cela extrêmement dangereux.

Daniel Buchinger. Nous sommes favorables à une évolution de la rémunération. Nous militons toutefois pour une période de transition afin d’analyser les effets positifs et négatifs de ce nouveau modèle économique. Il n’y a que la réalité des bilans qui peut permettre de quantifier exactement ce que le pharmacien gagne… ou perd. Il faut qu’il s’y retrouve. J’émets quelques doutes sur la viabilité de ce modèle… Nous serons extrêmement vigilants à ce qu’aucune pharmacie, je dis bien aucune, ne soit pénalisée par cette rémunération. J’entends la bonne volonté mais prenons garde à ne pas priver des milliers d’officines de leurs ressources financières.

Restons sur le volet économique avec l’adoption du PLFSS 2014. L’article 13 sur la taxation des ventes directes a fait beaucoup de bruit. Gilles Bonnefond, président de l’USPO, l’a qualifié de « coup de poignard pour l’économie de l’officine au seul profit des grossistes-répartiteurs ». Partagezvous ce point de vue ?

D. B. Les grossistes sont des partenaires naturels de l’officine. Il est normal qu’ils soient rémunérés. Je ne pense pas qu’ils soient gagnants sur cet article. Pharmaciens, grossistes, laboratoires… c’est l’ensemble des acteurs de la chaîne du médicament qui est pénalisé par ce PLFSS, un des plus durs pour l’économie du médicament.

P. L. C’est plus complexe que ça. Toute la chaîne du médicament est perdante. Il ne faut pas monter les acteurs les uns contre les autres. C’est un coût économique qui impacte tous les acteurs.

Une autre mesure phare du PLFSS 2014 est l’expérimentation de la vente à l’unité de certains antibiotiques au sein de pharmacies pilotes. Pour ou contre ?

P. L. Cette mesure n’a aucun intérêt économique et comporte de graves risques pour la santé des patients. Je ne comprends pas que certains y aient répondu favorablement.

D. B. L’UDGPO est naturellement opposée à la dispensation à l’unité. Début octobre, nous avions d’ailleurs appelé les officines à refuser cette expérimentation. C’est une mesure proposée sans concertation avec les représentants économiques que nous sommes.

L’Assemblée nationale a adopté le 16 décembre le projet de loi sur la consommation qui libéralise la vente des tests de grossesse et d’ovulation. Est-ce un nouveau coup dur pour le monopole officinal ?

D. B. Plus qu’un coup dur, cette mesure, qui marque la fin du monopole, est contraire aux enjeux de santé publique. Où trouver le conseil du pharmacien ? La confidentialité ? L’accompagnement personnalisé du patient ? À la caisse entre les conserves de petits pois et les briques de lait ? C’est insensé ! C’est une décision lourde de conséquences pour l’avenir de la pharmacie qui a été prise une nouvelle fois sans concertation avec les professionnels de santé. Lorsque la coupe d’Hygie est pleine, il faut agir !

P. L. Concernant les tests de grossesse, ce n’est sans doute pas l’incidence économique qui est la plus importante. Je redoute davantage l’effet collatéral sur l’accompagnement de nos patients et la fragilisation du réseau. C’est une décision arbitraire qui s’inscrit une fois de plus dans le dénigrement de la profession. Une ministre qui ne reçoit aucun syndicat, un gouvernement qui dirige sans concertation, une commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale sans réel pouvoir et des mesures qui, chaque semaine, ont un impact sur l’économie officinale… cela ne peut plus durer.

Le rapport Verger sur la politique du médicament en Ehpad vient d’être rendu public. Plusieurs propositions y concernent le rôle du pharmacien (PDA, pharmacien référent…). Une nouvelle opportunité s’ouvret- elle pour lui ?

D. B. Ne pas se satisfaire de ce rapport qui reconnaît l’expertise du pharmacien référent dans les Ehpad serait en totale contradiction avec les missions de l’UDGPO. En attendant, je constate que le décret sur la PDA n’est toujours pas sorti malgré la signature de la convention pharmaceutique. On a eu le rapport Deloménie, le rapport Lancry, voici maintenant le rapport Verger… mais qu’attendent les politiques pour publier les textes ?

P. L. On ne peut que se réjouir des propositions de ce rapport en souhaitant que le ministère y soit sensible et fasse sortir les textes. Certaines pharmacies sont économico-dépendantes des Ehpad, notamment en zone rurale. Il est vital d’encourager ce partenariat.

Daniel Buchinger, vous avez lancé en décembre un avis de mobilisation à destination des pharmaciens et assurés sociaux contre la remise en cause du système de santé. Où en êtes-vous de cette démarche ? Une grève nationale est-elle envisageable ?

D. B. Tout va se jouer en ce début d’année. S’il y a eu au préalable un rendez- vous avec la ministre de la Santé permettant de lever nos inquiétudes sur l’avenir de la pharmacie, il n’y aura pas de suite. Dans le cas contraire, nous appellerons les officines françaises à se mobiliser pour alerter leurs patients sur les mesures politiques et économiques qui ébranlent le réseau officinal. Il est de notre devoir d’interpeller les patients sur la dégradation de leur système de santé. Nos inquiétudes portent sur plusieurs réformes en cours. Nous voulons être rassurés concernant la proposition de loi Leroux qui autorise les mutuelles à moduler leurs remboursements en fonction du réseau de soins. Ce clientélisme n’est pas du tout du goût de la profession. Nous souhaitons l’annulation de l’article 13 du PLFSS 2014 sur la taxation des ventes directes et la fin de l’expérimentation sur la dispensation à l’unité. Si chaque pharmacien arrive à porter le message à cinquante de ses patients, nous serons gagnants. C’est aux pharmaciens d’être les déclencheurs de cette prise de conscience. On ne veut pas d’une opération « pharmacie morte » ou « rideaux fermés ». C’est ce que veulent les pouvoirs publics : fermer les pharmacies. Notre but est au contraire de mobiliser les assurés pour la sauvegarde du réseau.

P. L. Le maillage officinal dans l’Hexagone permet au pharmacien de jouer un rôle essentiel, notamment dans l’accessibilité aux soins et les soins de premiers recours. Chaque semaine apporte son lot de rapports, d’articles, d’émissions toujours plus critiques à l’égard du pharmacien. Le principe de monopole irrite certains acteurs. Il faut que cela cesse, que la profession fasse corps, qu’elle communique sur la pertinence de son réseau. Redorons notre image. Valorisons notre métier et luttons contre la désinformation des patients !

Cet appel pourrait-il être lancé avec le CNGPO ?

D. B. C’est notre souhait le plus cher. Il faut montrer aux pouvoirs publics que les représentants de la profession font front commun contre les attaques répétées de la grande distribution, de l’Autorité de la concurrence, contre l’ignorance de notre ministre de tutelle… Ce n’est qu’unis que nous parviendrons à faire plier un gouvernement qui reste pour l’instant hermétique à notre cri d’alarme.

Sommes-nous arrivés à un plafond pour ce qui concerne le taux de substitution ? Vincent Bildstein, le président d’IMS Health France, indiquait lors des Rencontres de l’USPO qu’il n’y a plus de marge d’économies dans ce domaine. Partagez-vous cette analyse ?

P. L. Le potentiel de développement du générique est encore très important. Pour cela, deux orientations sont primordiales : accroître le périmètre du répertoire et inciter fortement les médecins à prescrire dans ce répertoire. Depuis quinze ans, les pharmaciens ont été les acteurs essentiels du développement du générique. Aujourd’hui et demain, les médecins devront être davantage impliqués. Reste le problème de la pratique du « non substituable », qui ne pourra rester éternellement à la discrétion du patient récalcitrant et du médecin complaisant. Les règles du jeu doivent être les mêmes pour tous.

D. B. Les pharmaciens portent depuis des années la substitution en France, avec des taux records ! La pression ne peut plus s’exercer sur un seul professionnel de santé. Il faut que les médecins soient sanctionnés lorsqu’ils apposent « NS » sur une ordonnance. Le taux de substitution ne dépend plus des pharmaciens mais des médecins. L’Igas avait proposé un système de bonus-malus pour sanctionner les médecins qui ne prescrivent pas assez de génériques et récompenser les autres. Pourquoi pas ? On demande bien aux pharmaciens de s’engager à une stabilité de la délivrance des génériques chez les patients âgés. Pourquoi ne pas réclamer des efforts similaires aux médecins ?

Le CNGPO a organisé, le 21 octobre dernier, un colloque au Sénat intitulé « Demain, quelles officines ? ». L’un des axes de réflexion portait sur le renforcement de la coopération entre professionnels de santé. Comment l’améliorer ?

P. L. Création des réseaux de soins, Sisa, maisons pluridisciplinaires… des actions sont mises en oeuvre. Les mentalités évoluent, encore doucement, mais elles évoluent. Ces structurations vont aider la coopération entre professionnels. En parallèle, les groupements du CNGPO vont contribuer à renforcer cette coopération sur le terrain en proposant à l’officine la pratique des tests de dépistage de l’angine et de la grippe, le dépistage des risques cardio-vasculaires, l’amélioration de l’observance et de la pharmacovigilance… Tout ceci est organisé au niveau local en parfaite transparence avec les médecins.

Lors de la dernière journée de l’Ordre, Isabelle Adenot s’inquiétait de l’évaporation des jeunes diplômés et d’un manque d’attrait pour le métier. Une réforme de la Paces est-elle nécessaire ?

P. L. La profession doit se remettre en question pour mieux intégrer nos futurs confrères. Leur visibilité d’avenir doit être plus claire. Un étudiant qui choisit la filière officine a deux options : acheter une officine ou rester salarié. Notre proposition de pharmacie succursaliste peut être une opportunité quelle que soit l’option choisie. Elle faciliterait l’installation mais donnerait également de meilleures opportunités de carrière à ceux qui souhaitent rester salariés. Concernant la Paces, nous pensions que ce modèle n’était pas pertinent. La situation actuelle ne fait que conforter la légitimité de nos craintes.

D. B. L’année commune est une erreur. Il faut revenir à l’ancien modèle avec des étudiants motivés pour faire pharmacie. Ce ne doit pas être un choix par défaut. La Paces a tué les études de pharmacie. Une autre réflexion doit être portée sur le numerus clausus. Il faut l’augmenter pour pallier les futurs départs à la retraite.

Propos recueillis par Olivier Valcke

Collectif national des groupements de pharmaciens d’officine (CNGPO)

  • 12 000 pharmacies adhérentes à 14 groupements :  Alphega Pharmacie, Apsara, Ceido, Cofisanté, Evolupharm, Forumsanté, Giphar, Giropharm, Népenthès, Objectif Pharma, Optipharm, Pharmodel, Pluspharmacie et Réseau Santé
Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDG PO)

  • 8 000 pharmacies adhérentes à 14 groupements : Association des grandes pharmacies de France (AGPF), Cap MS, Direct Labo, Excel Pharma, GIE du Paille en Queue, Groupe PHR , Lafayette, Le Gall Santé Services, Pharmacorp, Pharmagroup Santé, Pharmatrade, PHR Antilles, Uniao das grandes farmacias de Portugal et Univers Pharmacie

 

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