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Pascal Louis « Jamais l’évolution du métier n’a été aussi nécessaire »

SPFPL, entretiens pharmaceutiques, vente en ligne, attaques contre le monopole officinal… Le président du CNGPO évoque les évolutions de la profession et marque son attachement à une pharmacie indépendante.

Pharma. En 2006, le Collectif national des groupements de pharmaciens d’officine (CNGPO) a publié Officine 2010, un livre blanc livrant des pistes pour demain. La pharmacie d’aujourd’hui correspond-elle à vos réflexions de l’époque ?

Hubert Olivier. Depuis sa fondation, en 2002, le CNGPO a toujours mené une réflexion prospective sur la valorisation des compétences officinales et leur adaptation aux besoins de la société.
Évolution des services, démarche qualité, nécessité de voir s’installer les holdings, d’instaurer de meilleures relations avec les payeurs… les treize propositions de notre livre blanc se concrétisent, preuve qu’à l’époque nous avions vu juste sur la nécessité d’adapter la profession aux nouveaux enjeux économiques, politiques et réglementaires. Le métier se transforme aujourd’hui mais ce n’est qu’une étape. D’autres changements sont à prévoir.

Comme le gouvernement, qui a fait sa rentrée avec « La France en 2025 », êtes-vous en train de plancher sur la pharmacie de 2025 ? Un nouveau livre blanc est-il en préparation ?

L’ouvrage Officine 2010 n’était qu’une étape. Il reste beaucoup à faire. Le CNGPO organise un colloque au Sénat le 21 octobre qui dressera, à l’instar de ce qui a été fait en 2006, les prochaines échéances de la profession. Des intervenants de marque se relaieront lors de cette journée pour partager leurs convictions sur les changements inéluctables de notre métier. Des réflexions qui serviront probablement de matière à un deuxième livre blanc.

Après des années d’attente, le décret sur les SPFPL est paru au mois de juin,offrant de nouvelles opportunités pour les pharmaciens dans la gestion et la transmission de leurs officines. Le CNGPO a été l’un des rares à émettre des réserves. Pourquoi ?

Il faut nuancer la prise de position du collectif, qui salue la parution du décret mais déplore un dispositif trop contraignant.
Alors que la profession attendait un texte fédérateur et structurant, proposant une approche capitalistique du réseau, le décret accouche de mesures extrêmement limitées avec, pour seul objectif, la transmission d’officines.
C’est une opportunité perdue pour la restructuration du réseau. Le CNGPO estime que ne pas dissocier capital et droit de vote est une erreur. Nous aurions souhaité que la dérogation permettant de les séparer ne soit pas supprimée. Le décret est également un frein à l’installation des jeunes car il stipule que le pharmacien exploitant doit être majoritaire. Encore faut-il que ce soit possible. Un jeune diplômé n’aura pas forcément les moyens, à la sortie de la fac, d’acheter une officine à hauteur de 51 %. Je regrette également le sort qui est réservé aux sociétés d’exercice libéral par actions simplifiées (Selas), qui ont deux ans pour se mettre en conformité.

En revanche, vous vous rangez à la satisfaction générale sur la mise en place des entretiens pharmaceutiques…

Nous avons apporté un soutien indéfectible aux syndicats lors des négociations conventionnelles, et plus particulièrement sur la mise en place effective des entretiens pharmaceutiques.
On peut toujours déplorer le retard à l’allumage actuel mais c’est une avancée significative pour l’ensemble de la profession. Charge à nous, groupements, de relayer la juste information et la bonne méthodologie auprès de nos adhérents. S’il est encore trop tôt pour dresser un bilan, je prédis que, d’ici à la fin de l’année, la plupart des pharmaciens auront endossé cette nouvelle mission.

Le gouvernement vient d’autoriser la vente de tests de grossesse en dehors des pharmacies. À terme, le monopole officinal vous semble-t-il menacé ?

Jamais les attaques contre le monopole n’ont été aussi nombreuses et virulentes. J’ai l’impression que la pharmacie d’officine est cernée par des acteurs qui mettent tout en œuvre pour fragiliser et discréditer le réseau. J’aimerais que l’on m’explique ce que la vente de tests de grossesse en dehors des pharmacies va apporter aux patientes.

Alors que la profession gagne de nouvelles compétences avec l’application des missions prévues dans la loi HPST, les attaques sur les prix et le monopole n’ont jamais été aussi vives aujourd’hui. Comment l’expliquez-vous ?

C’est difficilement compréhensible. On nous donne des atouts pour améliorer l’accessibilité aux soins, les premiers recours, l’accompagnement des patients… mais, à côté de cela, la profession demeure, aux yeux de l’Autorité de la concurrence, le vilain petit canard qui profite d’une situation monopolistique.
Le gouvernement et l’Assurance maladie occultent également toute la partie économique. À l’exception des entretiens pharmaceutiques, la profession attend toujours de nouvelles rémunérations.

La vente en ligne de médicaments peut sembler une alternative économique mais le piratage de noms de domaine en montre les limites. Comment jugez-vous cette nouvelle activité ?

En janvier, le CNGPO avait alerté sur les dérives potentielles de ce commerce électronique. Nous ne sommes pas opposés à cette évolution du mode d’achat. Toutefois, le médicament n’est pas un produit comme les autres et il doit faire l’objet d’une vigilance accrue.
À l’époque, nous demandions que la récupération des commandes s’effectue à l’officine à laquelle le site sert de support de vente et en aucune façon par le biais d’un envoi postal ou d’une livraison par un prestataire de services. Cette exigence d’un contact physique entre le pharmacien et son patient n’a pas été retenue. Aujourd’hui, Internet a ouvert une brèche dans un circuit de distribution du médicament jusqu’à présent sécurisé, créant par la même occasion l’incompréhension des patients.

En juin également est né le Cercle des réseaux officinaux indépendants sous enseigne (Croie), qui représente 6 500 pharmacies françaises affiliées à des enseignes nationales indépendantes. Concurrence ou complémentarité ?

Trois groupements du CNGPO notamment sont à l’origine de la création de cette structure. Il n’y a aucune concurrence, bien au contraire. Le Croie entend mener une réflexion sur le développement inéluctable de l’enseigne.

PHR vient de rejoindre l’UDGPO, dont le président, Daniel Buchinger, a évoqué la création d’une intersyndicale des groupements comme les syndicats l’ont fait avant l’été. Quel est votre sentiment sur cette opération ?

J’attends de voir ce que va donner cette association pour le moins surprenante. J’ai lu dans un communiqué que l’UDGPO se décrivait comme un « collectif » de groupements. L’expression m’a fait sourire. Ce n’est pas la seule similitude avec le CNGPO. J’ai ainsi relevé cette phrase : « L’UDGPO considère que l’avenir appartient aux pharmaciens chefs d’entreprise et acteurs de santé ». Pour rappel, le slogan du CNGPO est « 100 % chef d’entreprise, 100 % professionnel de santé ». Concernant la création d’une intersyndicale, pourquoi pas ? À condition de ne pas renier nos convictions.

Propos recueillis par Olivier Valcke

Bio express

  • Pharmacien d’officine depuis trente ans à Dijon
  • 2002 à 2008 : Président du groupement Giphar, dont il est adhérent
  • Depuis 2005 : Président du CNGPO

Chiffres clés

  • 2002 Création du CNGPO
  • 12 groupements : Alphega, Apsara, Ceido, Cofisanté, Évolupharm, Forum santé, Giphar, Giropharm, Optipharm, Pharmodel group, Plus pharmacie et Réseau santé, soit 10 000 pharmacies adhérentes
  • 50 % du chiffre d’affaires de la profession

 

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