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Hervé Gisserot « Lever les soupçons qui pèsent sur l’industrie pharmaceutique »

Innovation thérapeutique, crise de confiance à l’égard du médicament, visite médicale, compétitivité des industries pharmaceutiques… le nouveau président du Leem revient sur les nombreux chantiers de son mandat.

Pharma. Depuis votre élection, en décembre 2012, vous avez multiplié les interventions publiques. Est-ce un moyen d’imprimer votre marque ou une volonté de communiquer en toute transparence sur l’activité du Leem ?

Hervé Gisserot. Ce début d’année 2013 a été marqué par une actualité médiatique très riche pour Les entreprises du médicament. Cela n’a pas commencé avec mon élection. Le médicament est devenu, très logiquement, un vrai sujet de société. Nous avons été sollicités de toute part sur les thématiques qui nous concernent : j’ai tâché d’assumer ma fonction sur le plan public, en portant la voix des entreprises du médicament. D’autre part, il me semble important d’insuffler dès le début de mon mandat un nouvel élan au secteur et à notre organisation professionnelle. J’ai ainsi mis place un « plan des 100 jours » dès le lendemain de mon élection. De grands rendez-vous nous attendent. Je pense notamment au comité stratégique de filière et au Comité stratégique des industries de santé (CSIS) qui consacrent notre secteur comme activité stratégique pour la France.

Lors de votre premier discours, vous avez annoncé votre volonté de remettre la confiance au cœur du débat. Où en êtes-vous de cette démarche ?

Nous sommes dans une période marquée par la confusion des genres : confusion entre lanceurs d’alerte et autorités sanitaires, les premiers disputant aux secondes le rôle d’évaluation et de contrôle qui leur est dévolu ; confusion entre ce qui relève de véritables scandales sanitaires et d’événements liés à l’appréciation du rapport bénéfices/risques du médicament ; confusion entre liens d’intérêt et conflits d’intérêt. Tout cela entame le dynamisme de la recherche et les formes de collaboration entre la communauté médicale et les industriels. Dans ce climat de suspicion générale, j’ai la conviction qu’il faut réintroduire dans le débat des éléments de clarté, de sérénité et de pédagogie.

Quels sont justement les éléments de clarté, de sérénité et de pédagogie qui font défaut ?

On ne peut pas prôner le juste usage du médicament et l’observance thérapeutique si l’on ne travaille pas dans le même temps sur les ressorts les plus profonds de l’adhésion d’un malade à son traitement. Plus que jamais, nous devons nous placer dans un dialogue constant avec la société, pour mieux en comprendre les attentes, et tenter de réconcilier l’approche traditionnelle de nos activités avec la dimension émotionnelle du bien « médicament » que nous mettons à leur disposition. Lorsqu’un patient est victime d’un effet indésirable grave, il se moque du rapport bénéfice/risque ou de connaître le taux d’incidence de cet effet indésirable, il le vit à 100 % dans sa chair ! La confiance que les Français accordent à leurs professionnels de santé de proximité (médecins, pharmaciens…) est plus forte que leur confiance dans les industriels du médicament. J’aurai le sentiment que nous aurons atteint notre but le jour où chaque patient pourra se dire : « Je sais que je peux avoir confiance dans le système de santé et dans l’ensemble de ses acteurs. » Pour cela, il nous importe de développer proactivement, en collaboration avec les professionnels de santé et les associations de patients, et sous l’autorité des pouvoirs publics, une véritable pédagogie en continu sur le médicament.

En 2012, alors que les innovations thérapeutiques se sont poursuivies à un rythme soutenu – 32 nouveaux produits sortis en 2012 –, jamais les critiques n’ont été aussi vives à l’égard des industriels du médicament. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Indépendamment du progrès thérapeutique, qui est la première mission de nos entreprises, nous vivons dans un climat marqué par de fortes interrogations sur la sécurité du médicament, qui se transforment parfois en réquisitoire contre le médicament. Notre pays entretient un rapport ambigu avec les risques sanitaires, c’est pourquoi notre objectif est de rappeler que tout médicament est un produit actif, qui procède d’un rapport bénéfices/risques qu’il est nécessaire de considérer. Au-delà de la « contradiction émotionnelle » d’un risque potentiel intrinsèque à un produit pourtant destiné à soigner, les entreprises du médicament sont activement engagées dans la détection d’effets indésirables.

Notre secteur, qui figure parmi les acteurs majeurs de la recherche en France, avec plus de 5 milliards d’euros investis chaque année dans la R&D, doit retrouver sa place légitime non seulement dans le système de santé mais aussi et surtout dans la société : c’est l’ambition qui m’anime.

Vous avez l’impression d’être le mal-aimé du système de santé ?

Non, car je ne place pas ce débat sur le terrain de nos émotions ! D’ailleurs l’observatoire sociétal du médicament, dont nous venons de publier les résultats, montre que les Français ont une image à la fois positive et sans complaisance de nos entreprises. En outre, je fais le constat suivant : on admet parfaitement que le pharmacien d’officine puisse être à la fois entrepreneur et professionnel de santé, mais on conteste cette double casquette chez les industriels du médicament. Il convient de lever le malentendu qui consiste à opposer notre rôle d’acteur de santé publique et nos logiques d’entreprise.

Quels sont les chantiers mis en œuvre pour redorer l’image de marque de l’industrie pharmaceutique française ?

Le Leem a engagé trois chantiers de réforme. Le premier concerne la poursuite de la modernisation de la visite médicale. Là encore, de nombreux soupçons de conflit entre l’activité promotionnelle des visiteurs médicaux et leurs responsabilités en termes d’information et de pharmacovigilance pèsent sur cette profession. C’est pourquoi le Leem propose que soit défini un cadre permettant aux professionnels de santé de signaler toute dérive ou manquement constaté dans cette activité. Cette dernière doit être associée, dans l’esprit de tous, à la promotion du bon usage du médicament auprès des acteurs de santé, sur la base d’une information médicale de qualité. Le deuxième chantier porte sur les relations avec les associations de patients. Le Leem souhaite être dans le dialogue permanent et dans la co-construction. Il me semble important que le Codeem, qui est notre instance indépendante de déontovigilance, entame une réflexion sur ce sujet et notamment sur la question des relations financières entre nos entreprises et les associations de patients, au regard des modifications législatives et réglementaires récentes et à venir. C’est à ce titre que, le 21 mai, le Leem organisera un forum sur la place de la recherche clinique dans le parcours de soins des patients, et sur le rôle particulier des associations de patients. Enfin, troisième chantier, la transparence des liens financiers entre les industriels et les professionnels de santé. C’est pour moi un principe essentiel qui permet, entre autres, d’assurer l’indépendance des acteurs de santé et de nourrir la confiance des Français dans leur traitement. Mais il est un autre domaine, qui relève lui aussi de la transparence de nos pratiques, et sur lequel nous voulons avancer : le lobbying. Cette pratique doit répondre à des principes déontologiques stricts. C’est pourquoi, en association avec le Comité des parties prenantes du Leem (Coppem), nous réfléchissons à une charte de bonnes pratiques du lobbying, qui sera soumise à l’avis du Codeem.

Vous avez maintes fois fait allusion au Codeem, outil d’autorégulation des pratiques professionnelles des industriels du médicament. Après un an d’activité, le bilan est plutôt maigre avec une fonction sanction peu mobilisée. Comment accroître la visibilité de cet organe ?

Il faut préciser les choses. Le Codeem a deux grandes missions : la fonction d’initiateur de bonnes pratiques pour le secteur et un rôle d’investigateur et d’arbitre disciplinaire. Il faut commencer par le commencement et je rappellerai que le Leem est, à ma connaissance, la première organisation professionnelle à se doter d’un tel comité de déontovigilance composé majoritairement de personnalités extérieures au secteur. À rebours de votre commentaire sur un bilan soi-disant maigre, je crois au contraire, qu’en un an, il a su trouver sa place au sein du secteur, avec notamment trois recommandations majeures et des chantiers importants initiés en 2012 et qui se poursuivront en 2013. J’ai ainsi souhaité que le Codeem lance, en 2013, une réflexion autour de la visite médicale et de son évolution vers toujours plus de qualité, autour des relations entre les associations de patients et les entreprises du médicament, et enfin qu’il prenne position sur la charte de bonnes pratiques du lobbying.

Les pharmaciens pourront-ils, comme c’est déjà le cas avec le dossier pharmaceutique, faire remonter des informations au Codeem ?

Les pharmaciens peuvent tout à fait, à titre individuel, faire remonter des signalements ou des informations au Codeem. Au-delà, les statuts du comité prévoient que les organisations représentatives de professionnels de santé puissent officiellement saisir le Codeem, au même titre que les autres parties prenantes de notre industrie. Je les encourage d’ailleurs à user de ce droit et à contribuer ainsi de manière proactive à l’amélioration des pratiques au sein de notre secteur.

Bio express

2005 : Directeur général des opérations commerciales de la filiale allemande Sanofi-Aventis.

2008 : Président-directeur général du laboratoire GlaxoSmithKline France.

Depuis septembre 2012 : Senior vice-président de GlaxoSmithKline en charge d’une zone européenne comprenant quinze pays, dont la France et le Royaume-Uni

1er janvier 2013 : Président du Leem

 

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Propos recueillis par Olivier Valcke

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