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Laurence Bouton « Garantir l’indépendance du pharmacien »

Bénéficiant de la force de frappe d’Alliance Healthcare, Alphega s’est imposé comme le premier réseau indépendant de pharmaciens européens. La directrice d’Alphega Pharmacie France revient sur ce succès.

Pharma. Les 28 et 29 novembre 2013, la 6e Convention européenne Alphega Pharmacie a réuni plus de mille adhérents autour de la compréhension des patients. Pourquoi ce choix ?

Laurence Bouton. Comment faire du conseil pharmaceutique un élément différenciant pour l’officine ? Pourquoi soigner l’accueil au comptoir ? Quelle stratégie de communication adopter ? Quelle stratégie commerciale ? Pour quelle clientèle ? Durant deux jours, nous avons décrypté le patient sous toutes les coutures. Son accompagnement est dans les gènes du réseau Alphega Pharmacie. Il fait d’ailleurs partie de notre signature, « Votre santé est notre priorité ». Pour autant, une mise à jour de nos connaissances s’imposait. Le patient n’est plus le même qu’il y a dix ans. Aujourd’hui, ce n’est plus uniquement un individu qui cherche à se soigner mais un consommateur exigeant, de mieux en mieux informé, qui vient à l’officine pour des solutions de bien-être, pour recueillir des informations qui concernent sa santé. Un pharmacien doit être capable de renseigner sa clientèle sur une problématique de nutrition, d’hygiène de vie ou de soins pour la peau… Ce n’est pas un simple dispensateur de médicaments, il est un acteur de santé au sens large. C’est d’ailleurs tout l’enjeu du texte conventionnel et des nouvelles missions du pharmacien : convertir l’unique délivrance de médicaments vers une prise en charge globale du patient.

Votre carrière professionnelle s’est d’ailleurs construite sous le signe du patient…

C’est exact. J’avais fait pharmacie par vocation, animée par cette noble mission qui consiste à soigner son prochain. Mais après dix-huit mois de comptoir, j’ai décidé de me tourner vers une carrière de commerciale dans la répartition. J’avais besoin de bouger, de découvrir d’autres horizons professionnels. J’ai donc rejoint le groupe Alliance Healthcare en 1987, avant de prendre la direction commerciale de Locapharm, rebaptisé Alcura en mai 2013. Une expérience qui m’a profondément marquée. Avec le soin et le maintien à domicile, on quitte l’échange au comptoir pour entrer dans l’intimité du patient. En effet, quoi de plus intime que de se rendre chez le malade pour lui apporter des soins ? Qui peut se targuer d’être le premier professionnel de santé de proximité au comptoir ou à domicile ? Qui vient-on voir sans rendez- vous pour une urgence, un conseil,un soutien ? Qui est capable, lors d’un entretien d’informer, de rassurer et, le cas échéant, de réorienter vers le professionnel de santé adapté ? Le pharmacien bien sûr !

Si le patient a confiance en son pharmacien et reconnaît sa disponibilité, on a l’impression qu’il reste peu ou pas informé des nouvelles missions, notamment d’accompagnement des patients chroniques. Pour beaucoup, le pharmacien demeure un dispensateur de médicaments. Comment informer le patient de cette évolution ?

La réorientation du pharmacien vers ce nouveau statut est en train de se faire, il reste maintenant à en informer les patients. Cela passe par un travail de communication de longue haleine. Je parle souvent de révolution pour évoquer ce changement de statut. Le terme n’est pas galvaudé. Les pharmaciens partent de zéro. Rendez-vous compte, il y a encore quelques années, nos études traitaient de médicaments, de posologie, de pathologie, de préparations, de législation, de chimie organique, de biologie cellulaire… mais jamais du patient. Pourtant, c’est bien lui qui est au coeur de notre activité ! J’ai trop souvent entendu des pharmaciens se plaindre du fait qu’ils ne pouvaient pas faire de publicité. La publicité non, mais la communication oui. Au pharmacien de communiquer sur son expertise, sa valeur ajoutée, sa spécificité. Avec le suivi des patients sous AVK, il est entré dans une nouvelle dimension. La loi HPST et la nouvelle convention ont en effet donné la possibilité d’élargir et de valoriser les compétences du pharmacien, notamment au niveau des missions de santé publique. Il est impératif de communiquer sur cette évolution. Avec l’ouverture du point de vente, l’apparition d’espaces de confidentialité, ce sont de nouveaux réflexes qui naissent comme la visite à domicile. Aux pharmaciens de les adopter.

On a également beaucoup parlé de l’importance de la marque durant votre convention…

Dans le contexte économique actuel, être une marque leader est un gage de compétitivité. Alphega Pharmacie est l’unique réseau de pharmaciens indépendants, reposant sur une identité de marque commune. Le réseau fonctionne au travers d’un partenariat gagnant-gagnant développé par chaque adhérent pour chaque adhérent. L’avantage de notre réseau paneuropéen est double. C’est un espace de bonnes pratiques entre les pharmaciens européens. On compare, on échange et on s’inspire de ce qui se fait de mieux au sein du réseau. Côté patients, le réseau gagne en visibilité avec plus de 5 000 points de vente facilement identifiables dans huit pays européens : France, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Russie, République tchèque, Pays-Bas et Allemagne.

Vu de France, le modèle libéral proposé par les chaînes de pharmacies Boots fait peur. N’y a-t-il pas incompatibilité entre Alphega Pharmacie, réseau de pharmacies indépendantes, et Alliance Boots, chaîne de pharmacies ?

Je peux comprendre les inquiétudes mais ces deux modèles ne sont pas contradictoires. Ils correspondent au cadre réglementaire dans lequel ils évoluent. On compare en France les pharmacies Boots à des centres commerciaux. Je rappelle quand même que, dans ces pharmacies, il y a une très nette distinction, pour ne pas dire séparation physique, entre le drugstore où se trouvent les produits en libre accès et la zone prescription où un pharmacien diplômé délivre des médicaments. L’association produits de consommation (sandwichs, boissons, sodas…) et médicaments peut surprendre en France mais elle a toujours existé au Royaume-Uni. Cela n’a rien de choquant. D’ailleurs, les deux modèles peuvent cohabiter. Le marché britannique est intéressant puisque des chaînes de pharmacies y coexistent avec une pharmacie indépendante qui est restée puissante et prospère.

Le réseau est également connu pour son engagement dans les grandes causes de santé publique. Pouvez-nous en dire deux mots ?

L’engagement solidaire fait partie de notre ADN. Alliance Boots et Alliance Healthcare ont noué un partenariat de cinq ans, jusqu’en 2016, avec l’EORTC, organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer. Parmi les six pays d’Europe où Alphega est implanté, Alphega Pharmacie France a été le premier à s’engager avec une opération qui a mobilisé 600 officines en 2012. En 2013, les équipes du réseau ont renouvelé leur soutien à la recherche contre le cancer en participant à un concours pour récolter des dons. Il est naturel que les pharmaciens, en tant qu’acteurs de santé, s’investissent dans des actions de ce type. Le réseau est également engagé depuis deux ans aux côtés de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France à travers l’opération « + de vie » qui vise à améliorer les conditions de vie des personnes âgées hospitalisées. En 2012, nous avons réuni 10 000 €.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du mode de rémunération du pharmacien ?

C’est une évolution inéluctable. La rémunération ne peut rester dépendante des prix et des volumes des médicaments. Il est désormais acté que le pharmacien est rémunéré en dehors de sa marge. J’aime particulièrement l’idée de primes sur objectifs. On peut regretter le caractère incitatif mais c’est la première fois qu’on paie le pharmacien sur des objectifs de santé publique, notamment au niveau des génériques. Il aura fallu du temps depuis la signature de la convention en 2012 mais la réforme est actée. Rien ne pourra l’arrêter. Mais elle est à double tranchant pour la profession : il y a ceux qui vont s’adapter et ceux qui refuseront le changement. Je fais en sorte que les pharmaciens Alphega Pharmacie soient ceux qui s’adaptent le mieux !

Propos recueillis par Olivier Valcke

Bio express

  • 1985 : Diplômée de la faculté de Nantes
  • 1987 : Rejoint Alliance Healthcare France
  • 1999 :Direction commerciale de Locapharm/Alcura
  • 2008 : Directrice grands comptes Alliance Healthcare France
  • 2010 : Directrice d’Alphega Pharmacie France
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